‹ Le Virgile travestiChapitre 159 sur 218 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Les oiseaux de Vénus la belle, Quand il était visité d'elle).

Mais pour vesce ni huchement Ils n'obéirent nullement, Quoiqu'il ajoutât ces paroles :

« Beau couple de pigeons qui voles, Si tu voulais t'aller jucher Où je dois la branche arracher, < Qui doit faciliter l'entrée, Dans la ténébreuse contrée, Où je veux, si je puis, entrer, Quoi qu'on me puisse remontrer, Je fonderais, par chaque année, Moi qui m'appelle maître Enée, Cent boisseaux de vesce et de pois Qu'on vous délivrerait par mois; Et vous, ô ma divine mère ! Par le secours de qui j'espère Devenir empereur romain, De grâce, tenez-y la main. »

Inutile fut la promesse De ce beau prometteur de vesce :

Les vénérables pigeonneaux, De Vénus les sacrés oiseaux, Sans rabattre un petit coup d'aile, Fendirent le vent de plus belle ; Lui se mit à doubler le pas.

Afin de ne les perdre pas.

Or, comme la couple volante Le tenait la gueule béante, Tête haute et les yeux ouverts.

Il donna deux fois à travers De deux petits monceaux de pierres^ Tellement qu'il fit deux parterres ; Mais, aussitôt se relevant.

Il alla toujours poursuivant Les pigeons, qui si bien volèrent Qu'à tire-d'aile ils arrivèrent Où l'air d'Enfer se fait sentir.

J'ai bien peur ici de mentir;

î LE VIRGILE TRAVESTI

Mais Maron écrit qu'un grand gouffre

Exhale illec un air de soufre,

Pour laquelle odeur éviter,

Les oiseaux furent vus pointer

Jusqu'en la région des nues,

D'où, les deux ailes étendues,

Ces pigeons, aux yeux d'^neas,

Qui de courir était bien las,

Vinrent tout à propos descendre

Sur le rameau qu'il voulait prendre^

Qui rendait les yeux éblouis

Comme un jacobus ou louis.

Tant reluisait ce rameau rare.

Messire Maron le compare

A la gomme jaune qui luit

Sur la branche qui la produit;

La comparaison est faiblette.

N'en déplaise à si grand poëte :

Il devait, en sujet pareil,

Mettre lune, étoile ou soleil.

Dieu sait si la branche dorée,

Du bon seigneur tant désirée,

Fut arrachée avec ardeur!

Il l'arracha d'aussi bon cœur

Qu'un chien ou un chat pille ou grippe

Un morceau de chair ou de tripe.

Cela fait, riant comme un fou,

Il alla trouver en son trou

La vieille sibylle Cumée,

Cependant tous ceux de l'armée

Donnaient la dernière façon

Au corps aussi froid qu'un glaçon

De Misenus le bon trompette : "

De sa charogne putréfaite

Le sale cuir fut nettoyé

Et de bonne eau rose ondoyé ;

On lui releva les moustaches.

On lui mit de belles gamaches,

Un bonnet de nuit de satin,

Dont la coiffe était de quintin ; ■

Page 1