LIVRE SIXIÈME
Qui leur offusquait la prunelle A la lune, alors que, nouvelle, Un brouillas qui l'air épaissit La rend blafarde ou lobscurcit, Ou bien à la nuit, quand obscure Elle rend tout d'une peinture.
Rien ne saurait être mieux dit; Et, ce néanmoins, moi, petit Et très-ridicule interprète, Je dis, sans mépris du poëte, Qu'une lampe sous un boisseau, Ou, si l'on veut, sous un chapeau.
Et même, si l'on veut, éteinte, Est chose qui rend mieux, dépeinte, Les lieux où marchait ^neas Que la lune avec son brouillas, Ou la nuit quand elle est obscure, Et rend tout de même peinture.
Finissons la digression Et suivons la narration.
Nous avons laissé le bon sire, Qui n'était pas en train de rire.
Et qui cheminait à tâtons Apres la vieille aux longs tétons. On le reçut à grand cortège Dans cette infernale Norwége; Il fut complimenté d'abord Par le Sommeil et par la Mort; Pour lui faire honneur, la camarde Contre son humeur fut gaillarde Et pour le Sommeil lui parla, Qui cependant toujours ronfla.
Après vinrent les Maladies, Les faces toutes enlaidies.
Et puis quantité de vieillards, Tous méaisans et babillards, Qui marchaient devant la Vieillesse, Qui s'appuyait sur la Tristesse, Laquelle tenait par la main La Pauvreté, sœur de la Faim=
20 LS VIRGILE TBAVESTI
Et puis marchaient cent belles-mères
Qui menaient autant de beaux-pères;
Ensuite des fils de putains,
Pires toujours que des lutins;
Des gendres, des brus, des dévotes,
C'est-à-dire fausses bigotes,
Qui tiennent que le grimacer
Peut tous les péchés effacer,
Et, sans être humble et charitable.
Qu'à Dieu l'on peut être agréable.
Il y vint aussi des bigots
Pires que Goths ni Visigoths;
Ce sont les galants de ces sottes
Que je viens de nommer bigotes :
Ces gens-là, quoique doucereux,
Sont quelquefois bien dangereux.
Puis vinrent les Soins en grand nombrQ,
Tous la face grondeuse et sombre ;
Ils étaient suivis des Dépits,
Autant des grands que des petits;
Ensuite force gouvernantes.
Toutes les haleines puantes ;
Force pédants et gouverneurs.
Aussi grands fats que grands parleurs;
Des tyrans et de mauvais princes.
Un ^ros d'intendants de provinces,
Suivis de larrons fuseliers,
Mêlés de (^[uelques maltôtiers;
De créanciers une brigade,
Et des présenteurs d'estocades;
Enfin tous les maux qu'ici-bas
On craint autant que le trépas.
Les Euménides, dont les nuques
Ont des serpenteaux pour perruquss^
Et la Discorde, dont les crins.
Qui lui vont jusque sur les reios,
Sont des couleuvres venimeuses
A considérer très-affreuses,
Avaient là leur appartement.
Tous ces serpents, dans le moment