‹ Le Virgile travestiChapitre 181 sur 218 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Il mourra d'une ardeur d'urino, Regretté de la gent Latine.

Tois Capis, homme de valeur, Mais il jouera de malheur, Il fera la fausse monnoie, Et jeune encore mourra de joie.

Auprès de lui, voilà Procas, Dg qui Von fera fort grand cas ; Il mourra bien avant dans l'âgo, Empoiscmné dans du fromage.

Voila le brave Numitor, Lequel vaudra son pesant d'or.

L'autre est Sylvius, dit Enée; Son ânie royale et bien née Ton beau nom renouvellera, Tant homme d'honneur il sera.

Tous ceux-là, couronnés de chêne, Qui se tiennent comme une chaîne, Sont tes illustres descendants, Lesquels feront bien les fendant3 :

En paix ils seront fort habiles, Ils fonderont de belles villes, Pleines de force gens de bien.

De leurs noms je ne dirai rien; Ce n'est pas que je les ignore.

Mais sur pied n'étant pas encore.

Je ne serais pas bien sensé,' Ni toi pas beaucoup avancé.

Mais voici lillustre Romule Qui fut un bel homme de mule, De plus, bel homme de cheval, Il fera du bien et du mal, Car il doit faire bâtir Rome.

Et tuer son frère, un brave homme ; Son aïeul il rétablira, Son père au ciel l'attirera.

Veux-tu savoir pourquoi son casque A deux cornes à la fantasque?

Je te le dirais, mais, ma foi, Je ne sais pas trop bien pourquoi.

Mais j'oubliais, quant à sa race,

Qu'il vient de droit fil d'Assarace.

0 le brave fils de putain.

Que cet auteur du nom R,omain !

Il fera mentir le proverbe.

La peste, qu'il sera superbe

De voir les gens de lui sortis

Faire enrager grands et petits !

Ainsi la vieille Bérécinthe,

Grave comme une femme enceinte,

Vénérable comme un prélat

Qui prétend au cardinalat,

Par deux maîtres lions tirée,

Sur sa tête une tour carrée

Qui lui fait ployer le chignon,

Ses mains sèches sur le rognon,

Sur un char propre à faire entrée

Par la Phrygienne contrée,

Va partout se glorifiant

Seule, à soi-même se riant

D'avoir, par sa vertu féconde,

Mis tant de déités au monde.

Plus de cent dieux, de compte fait,

Qu'elle a tous nourris de son lait.

0 la succulente nourrice !

Mais j'aperçois de la milice

Le protomagister César :

Ah! considérez-le bien^ car

Le drôle, avec sa tète chauve,

Sera, pour le noir et le fauve.

Le plus fin chasseur des humains.

Il fera bouquer les Romains,

Eux qui font enrager les autres ;

Il fera la gloire des vôtres,

Et puis dans le ciel aura part,

Mais à beaux grands coups de poignard.

Ah! le voici, le grand Auguste,

Vaillant, courtois, beau, sage et juste!

Dieu nous le devait, sur ma foi ;

En esprit déjà je le voi

Page 1