LIVRE SIXIEME t
Dedans Rome, aux Romains qui prône, Assis sur un superbe trône; Mais ce n'est pas pour notre nez, Oui bien pour ceux qui seront nés Au temps de ce merveilleux homme, Qui, sans sortir les pieds de Rome, Assujettira sous ses lois.
D'un côté les liers Rochellois, De l'autre le^ faux Allobroges (Je ne parle point de Limoges, Car qui fait le plus peut le moins) : C'est ce grand liéros dont les soins Feront porter du Rhin en Gange Sans port une lettre de change, Et retourner d'un même train, Si besoin est. du Gange au Rhin.
Hercule à la lourde massue, Bacchus à la pique feuillue, Par les rimailleurs tant vantés, N'ont pas tant dlionneurs mérités.
Oh ! que riiomme qu^on voit bien faire Sert a tous d'un bel exemplaire !
Ce vieillard à bonnet carré.
C'est Numa, des siens adoré Pour plusieurs œuvres méritoires, Des oraisons jaculatoires.
Des sacrifices solennels Et de beaux parements d'autels Dont il introduira l'usage.
Tullus. qui suit, n'est pas si sage* Mais il est plus vaillant aussi ; Et le vain Ancus, que voici, Fait bien voir à, sa mine îière <juïl aime fort le pied derrière.
Toilà les paillards de Tarquins Aussi superbes que bouçiuins.
Voilà Brutus par trop sévère, Bon citoyen, et mauvais père, Mais, en gros, un brave Romain.
Ce vieillard, la hache à la main,
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66 LE VIEGILE TRAVESTI
C'est Torquat. Cet autre est Camille.
Ceux qui les suivent à la file Sont les Druses et Curiens, Tous fort honnêtes citoyens.
Vois-tu ces deux qui s'entre-lorgnent^ Et d'intention s'entre-éborgnent?
C'est le beau-père et le beau-fils.
L'un d'eux se plaindra de Memphis ; L'un et l'autre grand capitaine, Dedans je ne sais quelle plaine Feront pions et chevaliers S'entre-choquer comme béliers, Tout beau, tout beau, valeureux sires, De grâce, refrénez vos ires !
Oh! combien jasera l'écho Aux environs de Monaco, Quand l'un d'eux, avec ses buccines, De ces roches du ciel voisines Descendra pour aller trouver Son gendre, et le clou lui river!
Mais, auparavant qu'il lui rive, Il faudra bien crier : « Qui vive ! » Vous feriez mieux, beaux conquérants.
De finir tous vos différends.
Tout beau, tout beau, valeureux sires.
De grâce, refrénez vos ires.
Au moins toi, qui te puis vanter D'être parent de Jupiter.
Celui qui détruira Corinthe, C'est cet homme à la face peinte, Qui sur le nez porte un poireau.
Cet autre fera du tombeau D'Achille une chaise percée, Et de la Grèce terrassée Tirera pleinement raison D'Iliumpris en trahison.
Voilà Caton qui fut un drôle, Cossus, franc Amadis de Gaule, Serranus, grand homme de bien, Gracchus, qui ne lui cède en rien.
LIVBE SIXIÈME 67
Les deux Scipions, en la guerre Plus redoutés que le tonnerre; Le mangeur d'ail Fabriclus, Le temporiseur Fabius ; Enfin, je ne sais combien d'autres Issus de nous, ou bien des nôtres.
On voit en plusieurs nations De très-rares inventions :
Plusieurs en sculpture et peintur3 Savent surpasser la nature, Et maints autres arts curieux ; Plusieurs savent le cours des cieiix, Plusieurs font rage de la lyre, Et de la danse, et du bien dire; Mais tout homme vraiment Romain Doit de la tète et de la main Aller droit dans le ministère, Et s'il s'en acquitte au contraire, Que... » Le vieillard tout court se tut, Car à bon entendeur, salut !
Et puis il reprit de la sorte :
« Celui qui pour ses armes çorte En son grand et lourd bouclier, De cuivre, de fer ou d'acier, Deux os de mort semés de larmes, En français baisez-moi^ gendarmes.
Et ce qiîi suit de la chanson, Ecrit autour de l'écusson, C'est Marcel, qui seul en vaut mille, A la brette un vrai Boutteville, Autant à pied comme à cheval, Qui rossera bien Annibal, Et le mettra tout en bredouille, Gagnera l'opime dépouille, Et puis à la fin, comme un fou, S'ira faire rompre le cou, Et fera grand dépit à Rome. »
Enée aperçut un jeune homme, Beau comme un ange ou comme deux, Mais beaucoup triste et nébuleux ;
« 0 Dieu, le beau visage à peindre î Se dit-il ; qu'a-t-il à se plaindre, ; Cet Adonis, ce, beau garçon?
]:]st-ce un enfant de la façon :
De Marcellus qui l'accompagne, Ou quelque enfant futur d'Ascagne?
Que lui veui ce troupeau dolent Qui le considère en hurlant?
Et d'où vient que d'une nuée Sa tète est obscurifiée? »
Anchises dit : « N"as-tu pas tort, De réveiller le chat qui dort?
Pourquoi veux-tu que je te fasse Un conte à faire la grimace, A faire pleurer comme un veau?
Cet adorable jouvenceau.
Cette fleur trop tôt moissonnée.
Est un bien que la Destinée Doit montrer au peuple P^omain^ Pour rôter presqu'au lendemain.
Oh ! l'admirable personnage !
S'il ne meurt point en son jeune âge.
Son cœur ne fera pas un pli.
One n'en fut un plus accompli A fronder et courir la bague, Et bien manier une dague.
Ma foi, fût-ce défunt Marcel, On n'en verra jamais un tel.
Oh ! que l'on fera de dépense A sa mort, ainsi que je pense, Et que l'on brûlera de bois l Mais ici me manque la voix.
Et l'affliction me suffoque. »»
Là-dessus il ôta sa toque, Et fit à son intention Profonde génuflexion, Le visage dolent et blême :
Maître ^neas en fit de même, Et la vieille Sibylle aussi Humecta sa peau de roussi. ■