LIVRE SEPTIEME
Un pronostiqueur d'aventures.
Fort savant aux choses futures.
Et qui pourtant parfois mentait, Jura que ce prodige était Signe d'une prochaine guerre, Et que gens d'une étrange terre Viendraient vivre à discrétion Chez la Latine nation, Comme fait alors que je parle En France monsieur le duc Charie; De plus que leur chef bien et beau Se rendrait maître du château.
Il s'offrit aux coups d'étriyieres.
En jurant de toutes manières, Et même offrit, quoiqu'mdigent, De parier beaucoup d'argent.
En cas que la chose prédite N'arrivât comme il l'avait dite.
On le crut (car qui ne croirait Un iureur qui si bien jurait?).
Le peuple, qui n'est qu une bete, S'en gratta tristement la tête.
Et le prince, à ce que l'on dit, En garda quinze jours le lit, , Feignant, pour n'éventer la mmc, Une difficulté d'urine.
Voilà le prodige premier.
Voici le second et dernier :
Un jour l'infante Lavinie Vint, en grande cérémonie, Avec son père Latinus, Faire au temple ses Oremus, La pucelle était fort dévote, Et n'était nullement bigote; Les dimanches elle quêtait.
Et la quête aux pauvres portai ^r Et par la ville n'allait guère Sans heures à la chancelière ; €ela sera dit en passant.
Or, comme elle allait encensani,
S-î LE VIRGILE TEAAT;STI
Avec ambre, musc et civette, Les dieux, friands de cassolette, Un feu non grégeois, mais follet, Parut en l'air tout violet.
Et vint, en guise de fusée, Se prendre à la tête frisée De l'infante Lavinia, Qui grandement s'en effraj^a.
Le roi dit, l'àme perturbée :
« Ah! voilà ma fille flambée! »
Des assistants s'en fallut peu Que tous ne criassent au feu.
Ce feu, parcourant la couronne Qui le noble chef environne, N'ofl'ensa ni poil ni bijou.
Comme aurait fait quelque feu fou, Mais, comme feu prudent et sage, Il ne fit lors rien davantage Que la pucelle illuminer Et les assistants étonner; Après quoi, la flamme ondoyante Fut dans l'air longtemps tournoyante, Puis se perdit dans le même air.
Tout ainsi qu'eût fait un éclair.
Aux connaisseurs cela fit dire Qu'elle aurait un fort grand empire, La fille au noble roi Latin.
Et pourtant, sans être putain, Qu'elle ferait naître en sa terre Une très-sanguinaire guerre.
Latin, qui bien fort se troubla, N'en voulut pas demeurer là :
Il alla voir son oncle Faune, Qui l'avenir devine et prône.
Et rend ses oracles pour rien Tant aux méchants qu'aux gens de bien.
Ce bon oracle n'a qu'un vice :
Il aime fort le sacrifice.
Et même n'en veut que de gras, Autrement il répond tout bas,