LIVRE SEPTIEME
Fut engendré; quant à sa mère,
Son nom ici n'importe guère.
Latin d'héritier n'avait point
Qui portât chausses et pourpoint,
Mais il avait une héritière,
Fille sans tache et fort entière.
Qui tenait un peu du garçon,
D'ailleurs de fort bonne façon.
Parmi ceux qui la convoitèrent,
Et de sa beauté se coiffèrent,
Turnus très-remarquable était,
Et sur ses rivaux l'emportait
Par son ilJustre parentelle,
Qu'aucun sans doute n'avait telle,
Car il comptait pour ses aïeux
Plusieurs grands seigneurs demi-dieux,
Ou du moins qui le pensaient être,
Tellement qu'il faisait le maître
Parmi les autres prétendants
Qui n'osaient lui montrer les dents,
Car ils savaient que dame Aimée,
Comme si Turnus l'eût charmée,
Tous les jours hautement jurait
Que Turnus son gendre serait,
Ou que sa îille serait nonne,
Malgré Latin et sa couronne ;
Mais le ciel n'était pas d'avis
Que les desseins fussent suivis.
En matière de mariage,
De cette reine fort peu sage.
Maints présages à tous connus
Faisaient bien juger que Turnus,
Comme époux, en toute sa vie,
Ne tàterait de Lavinie ;
Comme galant, je ne dis pas
Qu'en vertu de beaucoup d'appas
Il ne pût la rendre amoureuse,
Mais la chose était bien douteuse.
.^neas, quoique déjà veuf,
Etait aussi bon que tout neuf.
En la paix un vrai Bassompierre,
Un vrai Machabée en la guerre^
Et, pour gouverner un Etat,
Nullement mol, ministre, ou fat.
De tous ces présages célestes,
Aux peuples Latins manifestes,
Et non pas forgés à plaisir
Par quelque drôle de loisir,
Il faut que je vous en raconte
Deux dont chacun faisait grand compte
Quand Latin, comme de raison,
Se voulut faire une maison
(Car alors ce grand personnage
N'en avait qu'une de louage),
Un laurier aux feuillages verts,
Craignant peu le froid des hivers,
Moins encor les coups de tonnerre,
Se trouva dans l'arpent de terre
Où ce prince, franc et loyal,
Dessinait son Palais-Royal.
A Phœbus, qui porte guirlande.
Il en voulut faire une offrande,
Et la fit, car ce prince était
Ponctuel quand il promettait.
Ce laurier à la verte tète
Vit un jour percher sur son faîte
De mouches à miel un essaim ;
Je ne sais pas à quel dessein
Cette cohorte melliflue
Vint par lair, en guise de nue,
Se loger à ciel découvert
Sur ce laurier vêtu de vert :
Tant y a qu'elles s'y logèrent.
Et cire et miel y composèrent.
Dont depuis, durant plusieurs ans,
On fit d'excellents lavements.
Et force chandelles de cire,
Dont Latin se servait à lire.
Par ce prodige si nouveau,
Du roi se troubla le cerveau.