LIVRE SEPTIÈME
Et coucher en cérémonie
Avec l'infante Lavinie.
A cet oracle de Faunus
Rêve le bon roi Latinus,
Si fort, que toute l'assistance
Ne dit pas tout ce qu'elle en pense;
Mais si longtemps il rêvassa,
Que plus d'un Troyen s'en lassa.
Il le vit bien, dont il eut honte,
Comme s'il eût fait un sot conte.
Enfin son esprit se calma,
Et voici comme il déclama :
« Mes beaux messieurs de l'ambassade.
Vous n'avez qu'à faire gambade;
Ce que vous avez demandé
Vous sera par nous accordé :
Nous embrasserons avec joie
Le révérend prince de Troie,
Et voulons bientôt lui donner
A souper ou bien à dîner.
Lequel des deux n'importe guère,
Pourvu qu'il fasse bonne chère.
Mon vin vieux, depuis peu percé,
Lui sera largement versé ;
J'y veux tout mettre par écuelles,
Y dire des chansons nouvelles,
Y boire en trou, manger en loup.
Et, sceptre à part, faire le fou.
Allez donc dire à votre maître Que je lui veux faire paraître Que je l'aime avec passion,
Et que, de mon affection Pour lui donner un riche gage.
Je lui destine en mariage Un enfant que Dieu m'a donné.
Un esprit bien morigéné, Ma fille, que la Destinée Me défend d'être en hyménée Donnée à quelqu'un de ces lieux :
Ainsi me l'ont appris les dieux,
Qui n'entendent pas raillerie.
J'aurais de la forcenerie Assez pour me faire enchaîner, Si je m' ail ai s embéguiner D'un gendre de cette contrée, La volonté m'étant montrée Des Dieux, à qui de tout mon cœur Je suis très-humble serviteur. »
Audience aingi fut donnée A l'éloquent Ilionée, Puis après il fut question, En symbole d'affection, De donner au bon fils d'Anchise En présent quelque chose exquise.
Le roi choisit dans son haras Cent chevaux, tant maigres que gras, Tous dressés à porter des malles ; Sur le tout deux fines cavales Que Latin avait fait dresser A bien adroitement verser Dans le plus beau chemin du mondo :
J'entends ici quelqu'un qui gronde.
Et qui dit que verser un char.
Ou par dessein ou par hasard, A tout quadrupède est un vice; Mais il saura que par caprice, Autant que pour la rareté, Ces cavales avaient été Par le roi des Latins dressées Et soigneusement exercées A verser char ou chariot Sans ornière, pente ou cahot.
De plus, ce très-noble attelage Etait du noble parentage Des coursiers du blondin Phœbus.
Ce qui fut nn très-grand abus :
Circé, la méchante sorcière.
Aux chevaux du porte-lumière Supposa maquerellement La cousine d'une jument