LIVRE SEPTIÈME
Depuis peu morte à son service ; Elle eut ainsi par artifice Un attelage sans pareil Parent de celui du soleil.
Or donc, la piétonne ambassade De chez Latin en cavalcade Revint, chacun des mieux monté Et tenant bien sa g-ravité.
Cependant Junon TArgienne, Selon sa coutume ancienne, D'Argos seule s'en revenait Dans un joli char que traînait Une paire de paons superbes :
Si j'étais un de nos Malherbes, J'en ferais la description; Mais j'ai ouï parler d'Ixion, Et sais bien que trop entreprendra Est le moyen de se méprendre.
Junon donc revenait d'Argos, Dame toujours sur ses ergots^ Toujours colère et glorieuse, Enfiji toujours capricieuse- Sur le promontoire Pachin Qui se trouvait en son chemin, Elle pensa faire une pose, Mais bien souvent ce qu'on propose Rencontre contrariété.
Elle avait son char arrêté Pour donner haleine à ses bêtes :
Elle vit des Troyeus les fêtes; Elle aurait bien mieux aimé voir Son Jupiter lui faisant noir, Lui faisant même une algarade, Par exemple, d'une gourmade Lui faisant application; Car, après la correction, La gourmade, n'en fût-il qu'une, Est d'une vertu peu commune.
La dame donc eût mieux aimé Voir son mari contre elle armé,
Que de voir les soldats d'Enée
Passant gaiement la journée
Comme ils tâchaient de faire alors.
Riant et se traitant le corps.
Parce qu'à la troupe envoj'ée
On avait la paix octroyée,
Et de plus à leur bon seigneur
Une pucelle en tout honneur.
Leurs nefs, à sec sur le rivage,
Ne craignaient plus vent ni naufrage;
Loin de songer plus à nager,
Ils travaillaient à se loger,
Dont Junon, plus qu'à demi morte,
Se mit à parler de la sorte :
«Bon, messieurs les Troyens, bon, bon,
Loin d'être réduits en charbon
Comme votre ville de Troie,
Vous n'avez que plaisir et joie,
Et moi j'enrage de bon cœur,
Moi de Jupiter femme et sœur !
Ont-ils pas leurs peaux garanties
Du feu de leurs maisons rôties,
Et dans leur ville prise pris,
Les ai-je vendus à vil prix?
Enfin les ai-je pu détruire?
Ma foi, je n'ai fait que leur nuire,
Et ne leur ai nui que si peu,
Qu'ils en tournent la chose en jeu.
Ne les vois-je pas, sur le Tibre,
Qui vont tranchant du peuple libre,
Et leur grand lourdaud d'^neas,
Qui va faisant le Fierabras,
Faisant des forts, traçant des lignes?
Ah! ma foi, mon beau" Jean des Vignes,
Si je laissais hausser vos forts.
Vous iriez croire que je dors!
Je vais vous montrer que je veille;
Je vous vais faire à la pareille
Enrager votre chien de soûl.
A faut se défier d'un fou;