‹ Le Virgile travestiChapitre 194 sur 218 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

Je VOUS apprends que je suis folle,

Et que je tiendrai ma parole.

Quoi ! Mars, un soudrille, un fâcheux.

Tout mon fils qu'il est, un franc gueux,

A pu perdre la gent Lapithe,

Et Diane, une chattemite,

Qui fait la prude et ne Test pas,

A mis les Calydons à bas!

Et Jupiter la laisse faire.

Alors qu'il la voit en colère;

Et moi, Ton me laisse enrager,

Au lieu de mes aifronts venger!

Et moi, j'ai beau faire la guerre

Aux Troyens par mer et par terre,

Leur ouvrir en mer des pertuis

Profonds comme gouffres ou puits.

Et mes Charybdes et mes Scylles

Sont des embûches inutiles!

Ils en sont quittes pour la peur.

Les gredins, les faquins d'honneur!

Sans me craindre, ni la marée,

Je leur vois la face assurée

Par la bonté du roi Latin,

Et leur destin sur mon destin,

Quoi que j'entreprenne, l'emporte l

Ma foi, je voudrais être morte!

Mais ma sotte divinité

M'exclut de la mortalité :

Il faut malgré moi que je vive,

Et que j'enrage toute vive,

De voir un homme haï de moi

En passe de devenir roi.

Mais devant qu'il porte couronne,

A sa détestable personne

Je ferai tant mordre les doigts,

Fût-il pieux cent mille fois

Plus qu'il ne s'imagine d'être !

Mon mari, qui l'aime, est le maître,

Mais ma tête, pleine de vent.

Le fait enrager bien souvent ;

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Nous nous trouvons en ce rencontre,

Lui pour yEneas, et moi contre :

Tous les dieux seront au plus fort,

Mais tous les diables m'aiment fort,

Et fourniront à ma colère

Cent mille moyens de mal faire,

Et de reculer bien ou mal

Le jour de cet hymen fatal

Du fils de la putain céleste,

Qu'autant que son fils je déteste.

Le Destin, un capricieux,

Qui même gourmande les di«ux,

Voudra lachever à ma barbe ;

Mais je jure par sainte Barbe,

Ce qui m'arrive rarement,

Car je n'aime pas le serment,

Par sainte Barbe donc je jure

Qu'il souffrira plus d'une injure,

Et de retardement plus d'un,

Ce soudrille souffle-petun.

Devant qu'en face de l'église

Il épouse la fille exquise

Que cet impertinent Destin

Lui garde chez le roi Latin.

Le fils de Vénus la Succube,

Aussi bien que le fils d'Hécube,

Fera, par son hymen fatal,

A plusieurs peuples bien du mal.

Latin, aux noces de son gendre,

Verra du sang humain répandre.

Et du vin moins on y boira

Que de sang on y répandra.

Or çà, mettons la main à l'œuvre.

Une dame au crin de couleuvre,

De qui le diable même a peur.

Parce qu'elle est de mon humeur,

C'est-à-dire franche tigresse,

Est une très-propre diablesse

A faire au beau-fils d'Anchises

Un tour plus fâcheux qu'un procès. »

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