‹ Le Virgile travestiChapitre 20 sur 218 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Si le jour qu'au temple elle alla, Rien de charmant comme cela A jamais paru dans l'Afrique, Enée en est tout extatique, Achate si fort ébloui, ,

Qu'il ne faisait que dire : Oui, Que bégayer et que sourire A tout ce qu'on lui pouvait dire, ^neas s'en fût bien moqué ; Mais il n'était pas moins piqué.

N'avez- vous point vu sur le fleu\3 Que le pavs de Sparte abreuve.

Une nymphe qui va chassant ; Ou Diane, lorsque dansant Au miUeu des Amadryades, Des napées, des oréades, Elle les passe, ou peu s'en faut, Toutes de la ceinture en haut?

Sa trousse lui pend sur l'échiné; Enfin, elle a si bonne mine, Et paraît avec tant d'éclat.

Que, la voyant en cet état.

Sa sotte m^ère de Latone Ne fait rencontre de personne, Qui ne s'en éloigne au galop, A cause qu'elle parle trop Des vertus dont sa fille abonde, Et qu'elle en accable le monde.

Telle, et plus aimable encor Dans son cotillon de drap d'or, Et sa fraise goderonnée, Parut Didon à notre Enée.

0 Dieu qu'il la faisait beau voir l Qu'elle faisait bien son devoir De donner à chacun courage pe travailler après Carthage !

Sous un grand dôme lambrissé.

Dans un grand fauteuil tapissé, S'étant mise bien à son aise, On cria trois fois ; « Qu'on se taise ! »

On lui présenta des placets.

Cent Suisses, portant cabassets.

Lorsque la foule était trop grande, Ajoutaient à la réprimande Quelquefois des coups de bâton; Quand bien elle eût été Caton, Elle n'eût pas mieux fait justice; Elle n'y prenait nulle épice, La renclait libéralement, Et toujours équitablement'; Elle ne prononçait sentence, Qui ne fût pièce d'éloquence :

Tout se jugeait là sans appel, Tant au civil qu'au criminel, Et les affaires non plaidées Sans avocats étaient vidées.

Quand quelqu'un était convaincu, On lui donnait du pied au eu; Si c'était pour de grandes fautes On lui faisait briser les côtes ; Enfin, chacun était traité Ainsi qu'il l'avait mérité.

Elle ne fut pas moins habile A la police de la ville.

En chassa tous les berlandiers, Mit taxe sur les usuriers, Ordonna que les maquerelles Filous, putains laides et belles, Et tous les chanteurs de chansons Servissent d'aides à maçons.

La justice distributive, " Par cette reine fugitive S'exerçait ainsi sagement, -^neas. à chaque moment, D'Achate disait à l'oreille :

« Cette reine est une merveille. »

Achate. enchérissant dessus.

Disait : « Elle en est trois, et plus ! »

Quand avec foule et rumeur grande Entra dans le temple une bande,

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