‹ Le Virgile travestiChapitre 204 sur 218 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

On m'a dit que dans l'Italie,

Cette région tant jolie,

Est un certain vilain vallon

Par où passe un torrent félon

Qui se perd dans un affeux gouffre

D"où s'exhale une odeur de soufre,

Et ce grand gouffre est. m'a-t-on dit,

De Pluton le séjour maudit,

Et c'est par ce trou, dit l'histoire.

Que se fourra la vierge noire.

L'esprit grandement satisfait

De tous les maux qu'elle avait faits.

Cependant Junon l'implacable Fait autant, voire plus qu'un diable»

Les manants, rudement frottés Par les Troyens exercités Au métier de faire la guerre, En peu de temps perdirent terre, Ensuite ga^-nèrent au pié, Plus d'un d'entre eux estropié :

Les corps d'Almon et de Galèze Furent par eux mis à leur aise Sur un vénérable brancard.

Et puis coururent faire part Au roi de la déconfiture, Chacun en piteuse posture.

Latin, le désordre entendu.

Leur répondit lanturelu (Ce mot, en langage vulgaire, Veut dire allez vous faire faire...

Je ne saurais honnêtement Vous l'expliquer plus clairement).

Turnus aussi vint à la charge, Exagérant la chose au large, Et soutenant que les Troyens N'étaient bons qu'à jeter aux chiens.

Les dames, de fureur éprises, Qui couraient les champs en chemises.

Vinrent à l'entour du palais Faire plus de bruit que jamais,

Pour plaire à leur madame Aimée,

Criant, d'une voix enrhumée,

Qu'^neas n'était qu'un pendart

Digne pour le moins de la hart,

Et qu'il fallait à belle guerre

Le renvoyer hors de la terre,

Et, devant que le renvoyer,

De mille coups le rudoyer;

Mais à ces discours d'ivrognesses,

Le roi dit : « Je m'en bats les fesses :>

Et, pour les arguments cornus

Que lui fit le brutal Turnus,

Il se renfrogna le visage,

Dont le jouvenceau plein de rage

Dit tout bas, ne parlant qu'à soi :

a Maugrebieu du fantasque roi ! »

Lors chacun dit tout ce qu'il pense Et tout s'en va dans la licence, Et n'est le moindre petit fat Qui ne veuille régler l'Etat ; Mais le roi demeure intrépide Comme un roc, quand la mer se ride, Et que ses flots audacieux Semblent vouloir mouiller les cieux, Le roc n'en change point de place..

Quoi qu'autour de lui la mer fasse; Et l'on peut, parlant de ce roc, L'appeler hardi comme un coq.

Enfin ce prince débonnaire, Voyant qu'il n'y savait que faire.

Et que, tout sage çiu'il était.

Le plus fou sur lui l'emportait.

Il perdit force et patience.

Qui, comme on dit, passe science :

« Heu, disait-il en s'arrachant Son crin, et maint soupir lâchant Dont il eût pu fendre une pierre, Nous aurons donc enfin la guerre.

Et le Destin, qui n'est qu'un fou, Nous entraîne je ne sais où,

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