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LIVRE SEPTIÈME

Des premiers bâtons qnils trouvèrent,

Et sur les Troyens se luè-ent,

Qui de ranimai maltraué

Croyaient bien faire maint pâté.

Us reçurent des bastonnades, °

Ils donnèrent des platassades,

Recurent des coups de cailloux

Qui leur firent bosses et trous,

Et pour des trous et pour des bosses,

Firent des blessures atroces.

Tyrrhus, qui lors fendait du bois,

De rage se mordit les doigts,

Quand on lui conta que sa bête.

Par le procédé malhonnête

Des étrangers outrecuidés,

Avait les flancs de fer lardés ;

La face toute refrognée.

Il courut, avec sa cognée,

Se mettre à la tête des siens.

Itilus, suivi de ses chiens

Et de ses chasseurs pêle-mêle,

Fait choir des coups dru comme grêle-

Les manants, selon leur pouvoir.

Firent aussi des coups pleuvoir.

Alecton, la vierge infernale.

Les uns contre les autres halle

Et de ses exploits inhumains

S'applaudit en battant des mains;

Elle vole, l'abominable,

Sur le haut d'une vieille étable,

Autant élevé qu"un jubé,

Et là, d'un cornet recourbé

Qui fit du bruit comme un tonnerre,

Elle émut le ciel et la terre.

Mit les paysans en fureur,

Et remplit les esprits d'horreur.

Plus d'un poisson du lac Trivie

Par ce grand bruit perdit la vie,

Et le petit fleuve du Nar

En fit la cane ou le canard

118 LE VIRGILE TBAVESTI

Se plongeant au fond de sa source, Dont tout court s'arrêta sa course, M se séchèrent ses roseaux.

Velie en embourba ses eaux; Plusieurs femmes en avortèrent, Ou tout au moins s'en dévoyèrent.

Le bruit du cornet infernal Aux voisins servit de signal Pour venir en grosse assemblée Tâter aussi de la mêlée ; Les Troj^ens, aussi diligents, Du camp vinrent aider leurs gens :

Au lieu de bâtons et de gaules, Qui ne font frayeur qu'aux épaules, On vit le fer brillant agir, Qui de sang fit l'herbe rougir.

Comme on voit en mer la tourmente.

Qui petit à petit s'augmente, De même ce mortel conflit Devint enfin grand de petit :

Almon, le fils aîné de ïhyrre, D'un coup de flèche qu'on lui tire.

Fut dans le gosier assené, Dont il mourut fort étonné ; Et le bon vieillard Jean Galèze, Paysan des plus à son aise.

Fut aussi fort scandalisé De se voir le corps pertuisé.

Maints autres aussi qui moururent, L'esprit mal satisfait en eurent; Mais plus qu'aucun fut estimé Mal et méchamment assommé, Ce Galèze, homme débonnaire, Qui ne vint pas là pour mal faire, Mais seulement pour y prêcher La paix et le meurtre empêcher.

De grasses brebis non galeuses Il avait des troupes nombreuses, Des taureaux à l'équipolent.

Et dans son cofîre maint talent.

LIVEE SEPTIÈME 119

Sa richesse et sa prud'homie Son trépas n'empêchèrent mie.

Tandis qu'ainsi de toutes parts Dagues, piques, flèches et dards, Aux gens de Troie et d'Italie Servent à passer leur folie, Alecton, voyant si beau jeu, Ne s'en réjouit pas un peu^ Mais autant que le pouvau faire Dame d'Enfer qui ne nt guère.

Toute fière elle s'en alla Trouver Junon, et lui parla Ainsi que vous l'allez entendre :

«Madame, je viens de vous rendre Ce que je vous devais, et plus.

Les Dardaniens, dissolus Ont voulu manger d'une Dete

Qui leur fera rompre la te lb ; Entre eux et le peuple Latm, Malgré les arrêts du Destin,

J'ai semé tant de zizanie,

Que de longtemps la Lavmie

Ke sera mise entre les bras,

En même lit et mêmes draps

De votre ennemi maître Enee.

Dame Aimée est alectonée,

C'est-à-dire que dans sa peau

Elle a de diables un troupeau,

Et le Turnus, comme la reine

A de diables la tête pleine,

Et les manants ont, comme eux deux,

Chacun au corps un diable ou deux.

Regardez, pour vous satisfaire,

Ce qui me reste encore à faire, d Junon. riant à tout cela,

Répondit : « Demeurons-en la,

De peur qu'à mon mari qui frappe

La patience enfin néchappe,

Et que son naturel frappeur

Ne change en coup de pomg ma peur.

Et puis tu sais qu'à la lumière Tu ne saurais t' exposer guère, Ni sortir de ton pays bas, Que mon Jupiter de cent pas, Frappé de ta mauvaise haleine, N'évente que sur son domaine Quelque Furie et ses serpens Vient troubler le repos des gens.

Retourne-t'en donc, je te prie, Ma laide, ma chère Furie, Regagne ton royaume noir :

Cependant, selon mon pouvoir, Et les Latines débauchées Et les querelles ébauchées J'espère si bien cultiver.

Que je ferai tout soulever Et remplirai de brigandages, De séditions, de carnages.

Et de mille accidents honteux, Les pays du roi radoteux Qui sottement au sot Enée A trop tôt sa fille donnée. »

Alecton, ce discours ouï;, Sans dire non, sans dire oui.

Sur ses ailes de cartilage.

Ses serpents sifflant leur ramage, Se guinda, maudit soit qui ment, Vers le ciel effroyablement, Puis baissa bientôt vers la terre, Le grand jour lui faisant la guerre.

Mais c'est à beau jeu beau retour, Elle fait la guerre au grand jour.

Et la plus sereine journée Est par elle contaminée.

Elle se rensevelit donc Dans l'Enfer, où je ne fus onc.

La terre fut fort consolée De la voir en Enfer allée.

Et je croirais bien que les cieux De son départ furent joyeux.

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