‹ Le Virgile travestiChapitre 206 sur 218 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

C'est d'^^neas de qui je parle, Vaillant comme l'empereur Charle, Charlemagne ou Charles le Grand; Qui fut un si grand conquérant.

Le premier qui vint fut un homme.

A ce qu'on dit, bâti tout comme Arioste peint Rodomont, Quasi de la taille d'un mont, Robuste au lit cojnme à la table.

Qui ne craignait ni Dieu ni diable, Ne se confessait nullement, Et blasphémait horriblement.

Il s'appelait sire Mézence, Ne payant point, faisant dépense, Et qui ses sujets maltraitait Comme un franc tyran qu'il était.

Avec lui marchait "^son fils Lauze, Jouvenceau frais comme une rose, Et lequel, Turnus excepté.

N'avait point d"égal en beauté; Grand dompteur de chevaux non rosses, Assassin de bêtes féroces, Rude danseur de tricotets, Musicien d'airs et de motets.

Adroit joueur de quinquenauve.

Mais d'un poil tirant sur le fauve ; D'ailleurs le meilleur jouvenceau Qui jamais ait été rousseau, D'âme toute loyale et bonne, Et plus digne de la couronne De son père, que d'être né D'un homme pire d'un damné :

Mais pour un fils qui dégénère, Maint autre vaut mieux qu'un père. Deux à deux, en bâtons ferrés.

Après lui marchaient bien serrés Mille drôles de bonne mine, Natifs de la ville Agiline ; Ils étaient joueurs d'espadons, Et grands destructeurs de dindons.

Aventinus, le fils d'Hercule,

Lequel chevauchait une mule

Qu'on avait dressée aux combats,

Y vint armé de haut en bas,

Depuis les pieds jusqu'à la tète,

De la peau d'une grande bête,

D'une lionne ou d'un lion,

Dont la têtière en morion

Etait ajustée à. la sienne.

Faite en bourguignotte ancienne.

Il portait peint en son écu

L'n3^dre par son père vaincu,

Et des vilains serpents sans nombre.

Sire Hercule, dans un lieu sombre

Du mont qu'on appelle Aventin,

Par accouplage clandestin,

Le fit à ]a prêtresse Rhée;

Elle faisait bien la sucrée,

Mais enfin il la corrompit

Par un beau présent qu'il lui fît

De quelques vaches mal acquises,

D'un collet et de six chemises.

Je ne me souviens plus comment

Etait armé son régiment.

Coras et son frère Cratille, Grecs de je ne sais quelle ville, Frères du baron de Tibur, Quittèrent le débile mur De Tibur que fonda leur frère.

Et vinrent en démarche fière Présenter à Turnus sans pair Leur service en l'art de frapper :

Le fort Tarnus en fut fort aise, Et leur fit offrir une chaise.

Mais eux, qui savaient leur devoir.

Ne voulurent jamais s'asseoir.

Ils faisaient d'estoc et de taille lilerveilles en une bataille, Et l'on les tenait entendus A mener les enfants perdus.

LIVEE SEPTièME 127

Notre auteur, esprit fin et rare,

A propos ou non les compare

A deux Centaures mi-chevaux,

Alors que par monts et par vaux

Leur corps humain, où gît leur tête,

Fait galoper leur corps de bête :

Ainsi ces deux frères hardis

Donnaient comme des Amadis

Dans leurs troupes contre eux rangées.

Leurs personnes étaient chargées

D'armes et de longs braquemarts

Comme on en donne aux Jaquemarts.

L'un d'eux avait pour sa devise

Une jouvencelle en chemise;

L'autre avait peint sur son pavois

Deux camisoles de chamois,

Avec une devise aiguë

Qu'on n'a jamais bien entendue.

Cécule, bâtard de Yulcan,

Y vint, faisant un grand cancan

De sa nation de Preneste.

Je ne me souviens pas du reste

Des gredins qui, sous son drapeau,

Accoururent en gros troupeau,

Nobles et vilains tous ensemble,

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