‹ Le Virgile travestiChapitre 28 sur 218 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Au palais elle se rendit ; Mais en partant, Virgile dit Qu'afin d'avoir les dieux propices, Elle mît ordre aux sacrifices.

Enée, en peine si ses gens Etaient bien buvants et mangeans, Fit marcher devers ses navires Cent pourceaux choisis, dont les pires Avaient quatre grands doigts de lard; Ils n'arrivèrent que bien tard.

Encore qu'on les menât en laisse, Parce qu'ils avaient trop de graisse.

Il fit aller aussi vingt bœufs, Chargés chacun d'un sac plein d'oeufs Pour faire omelettes baveuses ; De plus, cent brebis non galeuses, Chacune ayant son gras agneau, Et six pièces de vin nouveau.

Cependant la maison royale Ses plus riches meubles étale On ne voit que tables dresser, Et que murailles tapisser; Les moindres meubles sont d'ivoire Historié d'ébène noir ; Les rideaux de lit, sans mentir, Sont du plus fin pourpre de Tyr Et même les tapisseries; Dans les riches orfèvreries Que soutiennent de grands buffets .

On voit dépeints les nobles faits, Et toutes les rudes mêlées, Très-artistement ciselées, Des rois de Tyr et de Sidon, Où fut reine autrefois Didon.

Devant ^Eneas et sa troupe On servit quelques plats de soupe, Attendant un meilleur repas.

Ils ne s'en étonnèrent pas .

En fort peu de temps ch» assiette Comme chaque écuells ^*-v tte.

Aussitôt qu'ils furent soûlés,

Ils furent aussi régalés.

Enée eut des gants chargés d'ambre,

Une belle robe de chambre,

Un habit et son baladran,

Qui, pour n'être que du bougran.

Etait riche pour ses paillettes,

Et six douzaines d'aiguillettes.

Achates eut du drap d'Usseau,

De quoi se faire un long manteau,

Ou, s'il veut, une houppelande.

Chacun de la troyenne bande

Eut aussi de dame Didon

Quelque assez bonne nippe en don.

Chaque dame eut une hongreline.

Avec sa jupe d'étamine,

Et chaque homme un grand justaucorps

Piqué d'un beau fil retors,

Et rebrodé d'une pistagne.

Cependant pour son hls Ascagne, Encore quïl ne fût pas loin, ^neas était en grand soin.

Il pria son fidèle Achate De l'aller trouver à la hâte, Monté sur un vite éléphant.

Afin de réjouir l'enfant, Et lui faire part des nouvelles; Et que des nippes les plus belles Qu'il avait dedans son vaisseau.

Il apportât tout le plus beau, Pour faire aussi quelque largesse, Afin que leur courtoise hôtesse Connût quels gens ils étaient.

Et de quel bois ils se chauffaient.

Yoici, si j'ai bonne mémoire (Quiconque ne le voudra croire Prendra la peine d'en douter).

Les dons qu'on devait apporter, Par Tordre du fameux Enée, Quand sa ville fut ruinée,

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