‹ Le Virgile travestiChapitre 29 sur 218 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Qu'il avait garantis du feu, En suant non pas pour un peu :

Une belle robe de sois, Que Léda pour plaire à son oie, Tous les jours qu'il la visitait, Sans jamais y manquer mettait; Un merveilleux et riche voile Encor qu'il ne fût que de toile, Si précieux pour sa façon, Qu'il valait d'un roi la rançon :

^neas, d'Hélène la belle.

Avait, au jeu de la merelle, Autres disent au quinola, Gag-né ces belles nippes-là; D'Hecuba les chaussons de laine, Et le vertugadin d'Hélène ; De Priam la peau de vautour; De fines perles un beau tour Que portait la belle Ilione, Comme aussi sa riche couronne; La béquille de Priamus; Le livre de ses Oremus; Un almanach fait par Cassandre, Où l'on ne pouvait rien entendre:

La perruque d'Andromacha, Quand de noir elle se toqua, Voyant la moitié de son àme, Hector, mis à mort par la lame D'Achille, en la fleur de ses ans.

Voilà tous les riches présents Que destinait à dame Elise Le généreux enfant d'Anchise.

Mais cependant ne s'endort pas La dame qui a tant d'appas, Qu'elle peut à crédit en vendre :

Il est bien aisé de m'entendre, C'est Vénus dont je veux parler.

Elle fait dessein de mêler.

Parmi les riches dons d'Enée, Quelque ruse d'âme damnée.

LB YIRGILE TRAVESTI. — I, »

Elle sait que les 'Tyriens

Sont pour la plupart des vauriens,

Gens sans honneur et sans parole ;

Et, de plus, que Junon la folle,

Dont la tête est près du bonnet,

S'est donnée au diable tout net,

De faire aux Troyens pis que pendre.

Sans jamais se lasser ni rendre.

Pour empêcher un tel dessein,

Qui ne part pas d'un esprit sain,

La bonne dame Cythérée,

La chose bien considérée,

Trouva que son fils Cupidon

Pouvait en donner à Di !on

Si très-avant dans la poitrine,

Et l'embraser d'amour si fint,

Que la pauvrette ne pourrait,

Quand Junon lui commanderait.

Faire du mal au sieur Enee,

Qui tiendrait son âme enchaînée.

Il est vrai que pour cet effet

Cupidon était son vrai fait,

Quoique enfant, quoique Dieu céleste,

"Une très-dangereuse peste.

Et qui brûle, dont j'ai pitié,

Du monde plus de la moitié.

La bonne dame de Cythère,

Avec autorité de mère.

Fit donc appeler Cupidon :

Ce petit Dieu porte-brandon

Fut trouvé qui trempait ses flèches,

Dont les fers sont vives flammèches.

Dans de l'essence de chagrin,

De laquelle il ne faut qu'un grain

Pour rendre une âme forcenée.

Presque autant qu'une âme damnée.

Voyant sa mère, il s'inclina;

Demi-livre elle lui donna

De sucre, faute de dragée,

Qui fut en peu de tem.ps mangée :

Page 1