‹ Le Virgile travestiChapitre 37 sur 218 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Si c'est une dévotion ; Enfin quelle est l'intention De nos ennemis et des vôtres, Puisque je vous reçois des nôtres. «

Sinon dit : « C'est'bien la raison, Et, sans commettre trahison, Je puis vous découvrir l'aiiaire, Quand je devrais aux Grecs déplaire :

Ce sont gens qui ne valent rien, Et, de vrai, vous m'entendez bien.

Vous êtes un roi magnanime, De qui chacun fait grande estime, A c[ui je suis de tout mon cœur Très -obéissant serviteur. 0 grand Jupiter! grand Neptune!

Luisant Soleil, obscure Lune!

Puissants Dieux qui m'avez sauvé Comme on allait chanter salve!

Et vous, mort qui me vouliez prendre Si j'eusse voulu vous attendre !

Couteau qui m'eussiez égorgé.

Si je n'eusse pas délogé.

Action qui, malgré l'envie, Est la plus belle de ma vie !

Feu sacré pour qui j ai tremblé!

Sacrifice par moi troublé Très-prudemment par mon absence I (Hélas! je tremble quand j'y pense!) Bandelette, saint ornement Qui m'impoi'tunait grandement!

Fleurs dont ma tête fut ornée.

Ou, pour mieux parler, étonnée!

Enfin tout ce que le Grec feint A d'inviolable et de saint!

Vous-mêmes, Grecs, amis du crime, Qui m'avez choisi pour victime Comme si j'eusse été taureau !

Vous aussi, Calchas, mon bourreau!

Je vous appelle en témoignage Qu'aujourd'hui Sinon se dégage

94 LE VIRaiLE TRAVESTI

Du serment de fidélité Envers ceux qui l'ont maltraité; Et, puisque Priam le protège, Que, sans passer pour sacrilège, Il peut révéler vos secrets, Dût-il causer mille regrets Au grand fils de putain d'Ulysse!

Que vous et lui le ciel punisse, Et vous fasse choir sur le chef Bientôt quelque horrible mèchef !

Mais j'espère, pour récompense D'un secret de telle importance, Une charge en votre maison. »

Priam dit : « C'est bien la raison; Oui, de bon cœur je vous la donne.

Vous serez meneur d'Ilione, Son quinola, son écuyer. »

Sinon dit : « C'est trop me paj^er. » Puis il nous dit : « Notre patrie Eut toujours grande idolâtrie, C'est-à-dire dévotion, Pour Pallas, et la nation L'a toujours eue assez propice Jusqu'au temps que le chien d'Ulysse, De Diomède accompagné, Pensa qu'il aurait tout gagné.

Si, par quelque bon stratagème, Et par quelque tour de Bohême, Ils tiraient le Palladium Hors des murs de votre Ilium.

Comme ils le dirent ils le firent; Mais bientôt ils s'en repentirent.

Ce fut un fort beau coup de main; Mais, par malheur, de sang humain L'image de Pallas volée Par quelqu'un d'eux fut maculée, Dont fut bien plus qu'on n'eût pensé Le saint simulacre ofTensè.

Sitôt qu'on découvrit sa face, Elle nous fit une grimace

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