‹ Le Virgile travestiChapitre 42 sur 218 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Et dont je ne bus quasi pas,

Parce que le vin était bas.

Dormant donc ainsi dans ma chambre

(Hélas! j'en tremble en chaque membre),

11 me sembla de voir Hector,

Et je pense le voir encor.

0 Dieu, la piteuse fig-ure !

Qu'il était de mauvais augure !

O Dieu, qu'il me parut hideux!

Il était fait comme deux œufs;

Sa cotte d'armes délabrée

De poudre et sang était marbrée :

Vous l'eussiez pris pour un souillon

Qui n'est couvert que d'un haillon.

Sa très-désagréable face

Malgré lui faisait la grimace,

Pleine de bosses et de trous.

Son corps était percé de coups ;

Enfin il était tout de même

Qu'il était, quand sanglant et blême,

Achille, après l'avoir vaincu,

Le traînait à l'écorche-cu.

Ses pauvres pieds traînaient encore

La longe de cuir que ce Maure,

Ce Turc, ce félon des félons,

Avait passé dans ses talons.

Hélas ! qu'il était peu semblable,

Cet Hector tout épouvantable,

A cet Hector tout éclatant.

Qui les Grégeois allait battant,

Mettait le feu dans leurs galères,

Et, béni des pères et mères.

Revenait vers nous triomphant,

Rendant à chacun son enfant;

Ou bien, tel qu'après la défaite

De ce beau mignon de couchette

Dont Achille vengea la mort,

On le vit, cet homme si fort.

Paré de ses funestes armes

Qui firent verser tant de larmes ;

Armes que sans peine il conquit, Sur un que sans peine il vainquit,, Mais armes un peu trop payées Pour n'avoir été qu'essayées !

Sitôt que je le vis ainsi, "^ Je fus d'abord mi peu transi; Mais, reprenant bientôt courage, Je lui tins ce hardi langage :

ce Si vous êtes de Dieu, parlez.

Et si du diable, détalez.

— Je suis Hector le misérable, Dit-il d'une voix effroyable.

— Vous soyez le très-bien venu, »

Lui dis-je après l'avoir connu;

Et puis j'ajoutai, ce me semble :

ce Cependant qu ici chacun tremble.

Mon cher monsieur, en quelle part.

Vous, qui nous serviez de rempart, Avez-vous, bien loin de l'armée, Fait tort à votre renommée ?

Sans doute l'on en médira.

Est-ce la peur des Libéra Et des fréquentes funérailles Qui vous fait quitter nos murailles? Au nom de Dieu, songez à vous, Et ne craignez plus tant les coups, Et me dites, cher camarade, D'où vous venez ainsi maussade, Comme un corps qui pend au gibet, Et tout crotté comme un barbet?

A votre mine tout étrange Vous paraissez un mauvais ange.

Je hais la fréquentation De ceux de cette nation; C'est pourquoi dépêchez, beau sire, Ce que vous avez à me dire, Autrement je m'en vais crier.

Car je commence à m'effrayer. d

Lors, me semble, il ouvrit la bouche Et» me re2:ardant d'un œil louche,

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