LIVRE PREMIER
Lors aussi poli qu'un miroir.
Lors vraiment il le fit beau voir, Et les dieux marins qui le virent Là-dessus compliment lui firent ; Et le soleil pareillement, Revenu depuis un moment, Quand il vit que vent et nuage, Et tout ce qui faisait l'orage, S'était enfui vers l'horizon :
Tout ainsi, par comparaison, Qu'en une populace émue, Où ron oit crier : Tue! tue?
Et que les bâtons et caillous Tolent, faisant bosses et trous; Si quelqu'un à la grande barbe Et de majestueuse garbe.
Sans craindre pierre ni bâton.
Vient haranguer comme un Caton, 11 impose aussitôt silence, Fait cesser toute violence, Et chacun retourne chez soi, Disant: « C'est lui, ce n'est pas moi,iK De peur d'être mis en séquestre ; Tant l'honorable bourguemestre, Grondant ici, caressant là, Dans la ville met le holà, Avec une conduite telle, Qu'on dirait que ce n'est plus elle.
Le roi des flots, ni plus, ni moins, Par sa diligence et ses soins.
Après avoir lavé la tête Aux vents, auteurs de la tempête, Rendit la mer, malgré le vent.
Aussi paisible que devant.
Cependant les soldats d'Enée, Malgré Junon la forcenée.
S'efforçaient, à force de bras, Encore qu'ils fussent bien la?, De gagner la terre voisine, Mal satisfaits de la marine ;
Enfin, ils ramèrent si bien,
Qu'ils virent le bord libyen.
Là, mademoiselle Nature
Fait un port sans architecture.
D'une petite île couvert,
Où personne n'est pris sans vert,
Car en tous temps d'herbe nouvelle
(Mais entre autres de pimprenelle)
Elle est pleine jusqu'en ses bords,
Au grand bien de ceux du dehors,
Qui viennent chaque jour de terre
En prendre pour jnettre en leur verre.
Ce port, peu connu des nochers,
Tout environné de rochers,
Représente une scène antique;
Deux écueils font comme un portique,
A l'abri desquels les vaisseaux
N'ont peur de la fureur des eaux.
Ni des vents qui leur font la guerre,
Non plus que s'ils étaient sur terre :
On prendrait ces écueils hideux,
Dont les arbres sont les cheveux,
Pour des géants qui sont en garde,
S'ils étaient armés d'hallebarde.
Les rochers de l'autre côté
Sont très-commodes en été.
Chacun d'eux ayant dans son ventre
Une caverne oubien un antre.
Où logent (maudit soit qui ment)
Les nymphes ordinairement.
Là, de belles sources d'eau douce.
Dont les bords sont couverts de mousse.
Disent à celui qui les voit :
« Ne voulez-vous point boire un doigt! »
Tout auprès une forêt sombre
Où l'on est en tout temps à l'ombre,
Et dont les arbres toujours verts
Sont de l'âge de l'univers,
N'a jamais senti, que je sache,
Coup de serpe, cognée ou hache,