‹ Le Virgile travestiChapitre 5 sur 218 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Qui, pis est, la cane souvent ; Mais ainsi le voulait le Vent.

Ces maîtres balayeurs du monde Faisaient ainsi rage sur l'onde ; Mais Neptune au poil bleu-mourant, Qui n'a pas l'esprit endurant, Se douta bientôt de l'affaire, Encor qu'on tachât de lui taire, De peur qu'en étant irrité 11 n'en altérât sa santé ; Mais, voyant l'obscurité telle, Qu'il avait besoin de chandelle, Encor quil ne fût que midi, Et que le poisson étourdi S'allait cachant dans les rocailles, Le roi du peuple porte-écailles Poussa son char fait en bateau Devers la surface de l'eau.

Lorsqu'il mit hors de l'eau la tête.

Les flots, nonobstant la tempête, S'abaissèrent de la moitié.

Les Troyens lui firent pitié, Et les auteurs de leur misère Le mirent bien fort en colère.

Connaissant la mauvaise humeur Et le chien d'esprit de sa sœur, Il ne douta point que l'orage Ne fût un effet de sa rage.

Aussitôt qu'en paume il siffla.

Au diable le vent qui souffla.

Et qui lors eut le mot pour rireî Il appela le vent Zéphyre, Et le vent Eure : tout honteux, Ils vinrent devant lui tous deux, La joue à demi désenflée, Et jusqu'au menton avalée.

Alors qu'il les eut devant lui :

a Ce n'est pas, dit-il, d'aujourd'hui Que, sans regarder qui vous êtes, Sans songer à ce que vous faites,

Et si je le trouverai bon, Vous exercez votre pouoion A troubler le repos du monde.

Faire des vacarmes sur l'onde, Et jeter de la poudre aux yeux Au premier chapitre des cieux, J'ai bien peur, si mon avis passe.

Que le roi du ciel ne vous casse Et la brouée et les frimas*, Par la mort... » Il n'acheva pas, Car il avait l'âme trop bonne :

«Allez, dit-il, je vous pardonne; Tirez-vous vitement d'ici.

Et ne pensez plus faire ainsi Sur mes flots votre soufflerie; Je n'entendrai pas raillerie, Et que votre beau roi de vent Porte respect à mon trident :

La mer n'est pas de son domaine.

Qu'en sa demeure souterraine Il vous donne, s'il le veut, la loi.

Sans rien entreprendre sur moi. ;> Le vent Eure et le vent Zéphyrs A cela n'eurent rien à dire.

Un vaisseau troyen échoué Par Triton et Cimothoé Fut dégagé d'un banc de sable, N'ayant plus ni voile ni câble; Trois autres tout déharnachés, Par les vents sur les rocs juchés, Par les mêmes à grande peine Regagnèrent l'humide plaine.

Le bon Neptune cependant Rendit, d'un seul coup de trident^ La mer, auparavant si fière, Paisible comme eau de rivière; Et puis, devenu tout gaillard, Fit faire avecque beaucoup d'art A son char mille caracoles, Sur le lac où l'on prend les soles.

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