LIVRE TROISIÈME
Ses yeux se mirent à pleuvoir ; Je lui présentai mon mouchoir, Dont elle s'essuya la face.
Je me composaila grimace Quand je la vis pleurer ainsi, Et tâchai de pleurer aussi ; Mais jamais en jour de ma vie, Quoique j'en eusse grande envie, Je ne fus &i dur à pleurer, Dont je pensai désespérer.
J'étais en cet embarras, comme Voici venir à nous son homme, Suivi de cent hallebardiers, Et d'autant de crànequiniers. • Dieu sait s'il eut beaucoup de joie, Quand il vit tant de gens de Troie Qu'il pensait n'être plus vivants.
Il salua tous mes suivants, Et nous mena tous vers la ville.
Or, comme il a Tàme civile.
Il me voulut faire passer :
Nous fîmes, comme on peut penser.
Force compliments à la porte, Et ce fut de si bonne sorte, Que, faisant des saluts bien bas, L'un priant, l'autre n'entrant pas, Nous nous couchâmes sur le ventre, Lui, disant : a Maudit sois si j'entre ! » Moi, disant : a Maudit sois aussi! d Mais nos gens, nous voyant ainsi, Nous prirent et nous emportèrent.
Les uns et les autres entrèrent, Et lors cria maître Hélénus :
« Vous soyez les très-bien venus! »
Mes Troyèns eurent grande joie De voir cette petite Troie, Et d'y remarquer le Xanthus, Près duquel, battants ou battue.
Ils avaient joué de l'épée.
J'y reconnus la porte Scée,
De laquelle la larme à l'œil Je baisai les gonds et le seuil.
Je fus reçus dans cette ville, D'une façon toute civile.
Les moindres gens de nos vaisseaux Quittèrent le séjour des eaux.
One ne fut telle mangerie !
Jusqu'à la moindre hôtellerie, De mon monde tout regorgea, Chacun son scûj but et mangea.
Dans le palais les plus notables Furent sur magnifiques tables Servis de mets très-délicats, Et pouvaient en prendre les plats, Comme aussi les tasses dorées, Nappes et serviettes ouvrées.
Nous passâmes là quelques jours Que nous ne trouvâmes pas courts, La tristesse de nous bannie.
Il n'est si bonne compagnie Qui ne se sépare à la fin.
Je dis donc au sacré devin Que le vent paraissait bien sage, Et nous promettait bon voyage Mais, devant que de le quitter.
Que j'avais à le consulter Pour m'éclaircir de quelque doute.
Il me dit : « Commencez, j'écoute. »
Je lui dis ces mots à peu près :
« Par un commandement exprès Des dieux et de la destinée.
Ma troupe doit être menée Dans le pays Ausonien.
Là le pauvre peuple Troyen Doit avoir, après sa misère, Une fortune bien prospère, Et, comme on dit, vivre à gogo.
Mais une laide Celœno, Une malencontreuse harpie, Comme si c'était être impie