‹ Le Virgile travestiChapitre 74 sur 218 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Ou si... — De grâce brisons là, »

Me dit-elle. En disant cela,

La bonne dame devint rouge

De honte qu'on l'estimât gouge ;

Mais l'être par nécessité,

Ce n'est qu'un peu l'avoir été.

« 0 Polyxène bienheureuse.

Dit-elle après, toute pleureuse,

Alors qu'on lui coupa le coll

Quand avec un honteux licol

On aurait terminé sa vie,

Encor lui porterais-je envie;

Au lieu que servir un soldat,

Qui le plus souvent n'est qu'un fat.

Qui vous a gagnée à la chance.

C'est une très-piteuse chance ;

Outre que, quand on ne plaît plus,

Il vous vend pour un carolus.

Ma fortune a bien été pire.

D'être faite esclave de Pyrrhe,

Esprit superbe et sans repos.

Qui me battait hors de propos,

Comme si j'eusse été de plâtre;

De plus, fils de lacariâtre

Par qui mon mari fut vaincu,

Et son corps, à l'écorche-cu

Traîné le long de notre ville,

Action, ma foi, peu civile.

Quoique mon corps soit bon et beau,

Il fut bientôt soûl de ma peau ;

Ayant passé sa fantaisie,

Sans que j'en eusse jalousie.

Pour la Spartine Hermioné

Il devint quasi forcené

D'un amour qui n'eut point de bornes :

Oreste, qui sentit les cornes

Lui durcir les deux coins du front,

Ne peut souffrir un tel affront.

Et, rempli d'une rage extrême,

A mon galant de Neptolême.

Qui le voujait faire cornard,

Il donna cent coups de poignard.

Par la mort de ce fou de Pyrrhe,

La belle moitié de TEpire

Fut offerte par grand bonheur

Au sage Hélénus mon seigneur,

Qui me fait partager sa couche;

Sans faire la petite bouche,

A laquelle fait venir l'eau

Ordinairement tel morceau,

Et pour lequel morceau l'on ose,

Bien plus que pour toute autre chose,

Du peuple qui lui présenta

Le diadème il accepta,

Dont j'eus une joie infinie.

Lors il voulut que Chaonie,

Du nom de Chaon le Troyen,

Succédât au nom ancien,

Et fit faire une citadelle

Le mieux qu'on put, sur le modèle

D'ilion, pour que Tavenir

Du vrai Pergame eût souvenir.

Or voilà toute mon histoire.

Allons, mon cher hôte, il faut boire,

Et me faites, chemin faisant,

Le réoit fâcheux ou plaisant

De vos aventures passées,

Et combien a de dents percées

lUlus que vous aimez tant.

A propos, il n'est plus enfant,

Il est grand comme père et mère.

A-t-il senti douleur amère

Quand il a perdu sa maman?

Faites-lui montrer l'allemand,

C'est une langue fort en vogue.

Est-il d'un esprit doux ou rogue?

Tient-il de vous, tient-il d'Hector?

Le bonhomme vit-il encor? »

Après demande sur demande,

U lui prit ime douleur grande .• .

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