LIVRE TROISIÈME
Ou VOUS pendre par désespoir;
Car vraiment il ferait beau voir
En un gibet le fils d'Anchise
Avec une sale chemise :
Certes, quand blanche elle serait,
Sans doute elle vous messiérait,
Et quand on est là pour une heure,
Toute sa vie on y demeure.
Quand donc vous aurez bien pleuré.
Et serez bien désespéré, ,
Ne jetez pas, mon cher Énée,
Le manche après votre cognée.
Vos travaux sont là limités;
Et qu'ainsi ne soit, écoutez :
Quand sur les bords d'un petit fleuve,
Qui la terre Italique abreuve.
Dont bien bourbeuses sont les eaux,
Vous trouverez trente pourceaux,
Allaités d'une seule mère,
Bénissez bien monsieur leur père,
Qui sut faire tant de cochons;
Regardez s'ils sont blancs et blonds,
Comme leur mère est blanche et blonde»
Car alors, en dépit du monde
Et de tous les chiens d'envieux
Que vous avez dedans les cieux,
C'est là que contre votre attente.
Et vous, et vorre troupe errante
Guère moins que la nef Argo,
Vivrez un long temps à gogo,
Et quant à manger votre assiette,
Que cela ne vous inquiète,
Puisque vous la digérerez,
Alors que vous la mangerez;
Et, quand elle serait plus dure,
Le destin, qui de vous a cure.
Comme Apollon, porte-laurier.
Vous tireront de ce bourbier.
Au reste, le long de la côte
ÎS'allez pas compter sans votre hôte,
N'allez pas faire le nigaud,
Prenez-y garde, il y fait chaud :
Toute là contrée est Grégeoise,
Par exemple, la gent Locroise,
Qu'on appelle Naryciens,
Et puis les Salentiniens,
Sur qui commande Idoménée,
Dont la haine est enracinée
Contre le peuple Phrygien
Et le grand cî;ef Méfibéen,
Philoctète est dans Pétille,
Où sa demeure est établie.
Etant échappé de ces lieux.
Au grand Dieu qui régit les cieus
Yous ferez un bjau sacrifice
Pour vous avoir été propice.
Et voici ce que vous ferez
Alors que vous sacrifîrez :
Couvrez votre face d'un voile,
Ou de taffetas ou de toile,
Car il faudrait recommencer,
Si vous alliez, sans y penser.
Jeter les yeux sur un visage
Qui fût d'une terre sauvage,
Et qui n'eût pas le nez tourné
Comme un homme à Pergame né.
Croyez ceci comme Evangile,
Et n'allez pas faire l'habile,
Intentant altération :
C'est un point de religion
Particulier à tous les vôtres,
Et qui n'est pas fait pour les autres.
Après force dangers courus.
Lorsque vous verrez Peiorus,
Prenez le chemin de l'école,
Et n'allez pas en tête folle
Choisir le chemin le plus court : •
En ce détroit-là, l'eau qui court
Est bien pire que l'eau croupie.
Jadis Sicile et l'Hespérie