‹ Le Virgile travestiChapitre 78 sur 218 · T.IVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

T.IVRE TROISIÈME

N'étaient qu'un pays contigu,

Et formaient un individu;

Mais, soit par le temps qui tout ciiange,

Ou par Teau qui la terre mange.

Ou bien par quelque tremblement,

Ou plutôt je ne sais comment,

Les deux terres se séparèrent,

Les flots entre eux se fourrèrent,

Et, depuis qu'ils s'y sont fourrés.

Ils ne s'en sont point retirés.

Ce fameux détroit de Sicile

Est gardé par Charybde et Scylle,

Et ces deux Suisses du détroit.

Sont l'un à gauche, l'autre à droit.

Charybde de son profond gouffre

Gobe" les flots couleur de soufre,

Et puis trois fois les revomit

Vers le ciel, lequel en frémit.

Scylle ne bouge de son antre,

D'où l'eau sort, entre, ressort, rentre, "

Tâchant d'attirer les nochers

Dans les pointes de ses rochers;

Elle a le museau de pucelle,

Estomac à double mamelle,

Le reste du corps loup marin,

Et la queue ainsi qu'un dauphin.

Plutôt que de la voir en face,

Il faut que votre flotte fasse,

Côtoyant Pachin, un grand tour :

Car dedans l'horrible séjour

De cette donzelle marine

Et de sa cohorte canine,

Je me trompe, ou vous et vos gens

Passeriez fort mal votre temps;

Et, si vous me croyez fidèle,

Et que maître Apollon révèle

A moi, son serviteur discret...

L'art de deviner un secret,

Je vous avertis, et pou-i' cause,

De tâcher . sur toute autre chose,

190 LE VIBGILE TBAVEETI

D'apaiser la dame Junon.

De célébrer partout son noni> Lui faire souvent sacrifice, Afin de la rendre propice :

Autrement tous vos vains efforts Vous lasseront l'âme et le corps, Et sans elle, dans votre affaire, Vous ne ferez que de l'eau claire.

Et quand, du bord Sicilien Vous gagnerez l'Italien, Au travers des flots pleins d'écume, Et que vous serez dedans Cume, Si vous me croyez, allez voir La Sibylle dans'^ son manoir :

C'est une vieille, bien barbue. Mais de grande science imbue.

Qui sait faire tourner le sas, Et dont tout le monde fait cas.

Vous verrez sa sombre caverne Au milieu des lacs de l'Averne; Elle n'en sort ni peu ni prou.

Et vit comme un vrai loup-garou.

Alors que quelqu'un l'interroge Devant la porte de sa loge, Dessus des feuilles elle écrit , Ce qu'elle apprend de cet esprit Qui lui révèle toutes choses.

Mais, devant que ces portes closes S'ouvrent avec grand vent et bruit, Si le suppliant, mal instruit, Ne lit ces feuilles arrangées.

Aussitôt par le vent changées D'ordre et de situation, , Tout se met en confusion; Pour avoir été mal habile, Mal Siatisfait de la Sibylle, Il s'en retourne aussi savant Le nigaud, qu'il était devant.

Or, vous n'allez pas, par faiblesse.

Soit que votre troupe vous jiresse.

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