LIVRE TROISIÈME
Comme toi, l'air un peu fripon), Je te donne son vieil jupon; Recois-le de dame Andromaque, Et le don de cette casaque, Le dernier que je te ferai.
Car jamais je ne te verrai. «
Ces mots firent pleurer mon père; J'en eus aussi douleur amère, J'en pleurai, mon fils en pleura, Andromaque se retira En un coin pour pleurer à l'aise, Et couvrit de pleurs une chaise.
En ayant tous bien répandu, Et nos mouchoirs mouillés tordu, Je baisai Tun et l'autre en face; Ils me firent laide grimace, Chantant : « Oh! regrets superflus!
Beaux yeux, je ne vous verrai plus. »
Je leur dis : « Trêve de tendresse* Séparons-nous, le temps me presse; Vous me faites fendre le cœur.
Jouissez de votre bonheur :
Votre fortune est établie.
Vous n'avez pas une Italie Comme nous à chercher partout.
Le destin qui nous pousse à bout, Et les dieux pour nous seuls fantasques, Nous font courir comme des Basques, Et nous bernent de mer en mer.
Nous ne faisons rien que ramer.
Nos mains, autrefois potelées, Ont des calus et sont pelées Comme celles des gens des champs Ou des forçats toujours gâchants.
Mais vous,^qui n'avez rien à faire Qu'à rire et faire bonne chère, Et jour et nuit vous divertir, Vous avez eu l'heur de bâtir De vos mains une neuve Troie; Vous voyez avec grande joie
Un nouveau Xanthus tous les jours, Et vous gobergez dans son cours.
Que si nous avons l'Ausonie Comme vous avez l'Albanie, Et si nous sommes reconnus Dans tous les lieux dont Dardanus Fut seigneur, notre grand grand-père, Avec l'aide des dieux j'espère Que l'Epirote et le Romain, Ainsi que les doigts de la main, Seront toujours unis ensemble Sans que noise les désassemble. »
Cela dit, leur sautant au cou.
Et les laissant pleurer leur soûl, Je m'en allai dans mon navire.
Où je fus bien longtemps sans rire.
Nos vaisseaux, sortis hors du port, Fendirent les flots bord a bord De cette dangereuse côte Où nous avions un si bon hôte.
Nous côtoyâmes les rochers, Plus hauts que les plus hauts clochers, Qu'on appelle de Cérauuie, Le droit chemin de l'Ausonie, Et cependant de l'Océan La nuit s'en vint pian, pian.
Changea la couleur de nos voiles, Et parsema le ciel d étoiles ; Je ne sais pas ce que devint Le jour, alors que la nuit vint, Je crois pourtant qu'il alla boire.
Nous prîmes terre â la nuit noire, Et campâmes le long de l'eau, Chacun étendu comme un veau.
Tôt après notre premier somme, Palinurus, le galant homme, Se leva pour épiloguer S'il faisait beau temps pour voguer.
S'étant appliqué des lunettes.
Il considéra les planètes,