LIVRE TROISIEME
Puis s'écria : « Debout! debout! »
Ayant bien examiné tout, Oridn, l'Ourse, les Hyades :
« Nous n'avons aucunes bourrades A craindre, dit-il, sur la mer:
Remettons-nous donc à ramer. »
Tout aussitôt on se rembarque ; Ma nef la route aux autres marque.
Nous n'avions pas longtemps vogué.
Que l'Aurore, au visage gai, Dune lumière zinzoline Enzinzolina la marine.
Quand le jour vint à s'éclaircir, Nous vîmes de loin épaissir, Sur les confins des eaux salées, Des montagnes amoncelées.
Achates le premier cria Si fort, que sa voix s'enroua :
« Courage, je vois l'Italie ! «
D'une aise sentant sa folie, Chacun des nôtres fut ravi.
Chacun s'écriant à l'envi.
Une heure au moins cette huée Fut dans les nefs continuée.
Anchise prit un gobelet Plein d'un vin aussi doux que lait; Puis, ôtant bonnet et calotte, D'une action toute dévote Il dit : oc 0 grands dieux immortels, Si jamais servant vos autels.
J'ai vidé dignement ma coupe, Donnez-nous bien le vent en poupe, Faites-nous aller de droit fil Dans ce pays gras et fertil D'où sont sortis messieurs nos pères, Où mon fils, après ses misères.
Doit se joindre au second hymen.»
Nous nous écriâmes : « Amen! »
Le vent grossissant son haleine, Nos navires voguaient sans peine :
A nos vaisseaux s'offrit un port
Près duquel, au-dessus d'un fort,
Etait de Minerve le temple.
Je vous dirai qu'il était ample,
Non que je le sache autrement,
Mais pour rimer plus aisément.
Les rochers les voiles calèrent
Et de proue en ce port entrèrent:
Ce port, à l'abri de tout vent,
Contre les g-rands flots du Levant
Et les efforts de la tempête
Se recourbe en arc d'arbalète.
Quantité de rochers pointus,
Des Ilots salés toujours battus,
A Topposite de l'entrée
Rompent l'effort de la marée,
Et, pour n'être point pris sans vert,
Par les côtés il est couvert
De rochers qui font deux chaussées
Ou deux murailles avancées,
Et le temple dont j'ai parlé
Du port est un peu reculé.
Quatre chevaux blancs comme neige,
Ou de carrosse ou de manég-e.
Furent, arrivant dans ces lieux,
Le premier objet de nos yeux;
Ils se repaissaient d'herbe verte.
Mon père, dont l'esprit alerte
De tout tâche à faire profit.
Assez mauvais jugement fit
De ces chevaux faisant pâture,
Et cria : « C'est mauvais augure,
Il ne me plaît point, j'en dis fi;
Ce pays nous fait un défi
En même temps qu'il nous présente
Entrée et retraite apparente.
Le coursier, guerrier animal,
Ne pronostique que du mal.
Mais, étant attelés ensemble,
Paix et concorde les assemble :