LITRE QUATRIEME
Car de cet honnête nom-là
Dame Didon nomma cela;
Mais je sais bien que quelques prudes
Lui donnèrent des noms plus rudes,
Et, nonobstant la qualité,
Qu'à Tyr l'on a bien caqueté,
Tant de Didon que de son hôte.
Certes, jamais pareille faute
Ne causa pareil repentir,
Et la pauvre infante de Tyr
En mourut, dont ce fut dommage.
Que maudit soit son mariage,
Et maudite soit sa vertu !
Je veux qu'il se soit ébattu
Avec elle, ^Eneas de Troie :
Ce n'est qu'une action de joie,
Et laquelle ne devait pas
Produire un funeste trépas.
En fallait-il cesser de vivre?
La suive qui la voudra suivTe!
Je connais de forts bons esprits
Qui ne voudraient pas à tel prix
Acheter de la renommée,
Qui n'est, ma foi. qu'une fumée.
Autre renommée il y a, Laquelle partout publia Que Didon avec maître Enée Etait jointe par hyménée.
Cette renommée e'^st un mal, Ou plutôt un traître animal Qui ne se peut tenir en place :
Il n'est malice qu'il ne fasse ; Il est menteur et médisant.
Et prend force chemin faisant.
Dans les commencements il semble Que de peur en parlant il tremble, Puis, après tout il se prend, Et de petit devient si grand, Qull s'étend par toute la terre.
On dit qu'après l'étrange guerre
Que contre les dieux intenta
Encelade, lequel planta
Contre leur donjon escalade,
La mère de cet Encelade
Et de Csee, autre grand voleur,
En accoucha par grand mallieu.
(Ceci soit dit sans lui déplaire),
La terre ne pouvait pis faire :
Quand elle en aurait avorté,
Elle aurait bien plus mérité.
Ce monstre bizarre et fantasque
Va vite du pied comme un Basque,
A le corps de plumes couvert,
Sur chaque plume un œil ouvert.
Une oreille toujours ouverte,
Langue à craindre, et bouche disert*.
Qui dit tout indifféremment
Ce qu'elle sait, et souvent ment.
La nuit elle fait diligence,
Cette pernicieuse engeance,
Et vole comme un chat-huant,
Ses vastes ailes secouant
Entre deux airs sans prendre terre ;
Puis le jour elle fait la guerre
(S'entend à l'œil) sur une tour,
Et prend garde tout alentour,
L'oreille ouverte pour apprendre
Ce que sa bouche doit répandre.
To'H beau, je parle en singuliei.
Devant que parler en plurier:
La maie bête a des oreiiles.
Des bouches pâles ou vermeilles,
Et des 3'eux jour et nuit ouverts,
Noirs, bleus, gris, blancs, jaunes ou verts
(De la couleur il ne m'importe),
Autant que son maigre corps porte
De plumes, dont il est aussi
Porté tant par-là que par-ci
(Ou par-ci par-là, l'un vaut l'autre.
En un métier comme le nôtre,