LIVRE QUATRIÈME
Lui faisait passer des fossés, Qui font peur quand ils sont passés.
Oh! que le compag-non désire Qu'un grand sang-lier de bonne mire V^ienne déchirer, furieux, Les chiens au milieu des épieux, Ou que quelque lion descende Au milieu de toute la bande, Faire trembler les plus ardens En leur montrant griffes et dents, Quoique béte si ravissante Ne soit guère divertissante!
Cependant qu'ainsi l'on chassait, Le ciel serein s'obscurcissait, Et, par de grands coups de tonnerre, Déclarait la guerre à la terre.
Le tonnerre, ayant bien grondé, De la grêle fut secondé; La grêle le fut de la pluie.
Il n'est personne qui ne fuie.
Tant cet orage véhément Pensa tout perdre en un moment.
11 tonne, il grêle, il pleut, il vente ; L^horrible tempête épouvante Les esprits les plus assurés, Et les éclairs réitérés, Au lieu d'aider dans les ténèbres.
Font naître des craintes funèbres.
Les Tyriens, comme des fous.
Pour se cacher cherchent des troua; Les Phrygiens en font de même, lulus, le visage blême, Demande partout son papa, Lequel cependant s'échappa Avec Didon toute pleureuse, Et néanmoins tout amoureuse.
Et laquelle eût joué beau jeu, Qui l'aurait voulu croire un peu.
Ils patrouillèrent dans les crottes, Sans se soucier de leurs bottes
Non plus que de leurs pauvres gens, Et se sauvèrent dillgens Dans une profonde caverne:
Faute d'avoir une lanterne, Ils s'y fourrèrent à tâtons Et s'entre-servant de bâtons.
Etant dans cette noire grotte, Chacun avec un pied de crotte, Ils recouvrèrent leurs esprits :
C'est ce qu'on peut avoir appris D'une chose faite en cachette; Outre que ma plume est discrète, Virgile, qui n'est pas un fat, Sur un endroit si délicat A passé vite sans décrire Chose où l'on pût trouver à dire; C'est pourquoi je n'en dirai rien, Mais je crois que tout alla bien, -^neas, comme un homme sage, N'en a jamais dit davantage.
Et Didon n'a jamais rien dit De ce qu'en la grotte elle fit.
Sachez seulement qu'ils s'y tinrent Assez longtemps, et que survinrent, Tandis qu'ils lurent là-deàans, De très-funestes accidens.
On dit que Junon la nocière.
Et dame Tellus nourricière, S'entre-donnèrent le signal; Si c'est pour bien, si c'est pour mal, Encore un coup, je m'en veux taire.
Le ciel, complice de l'affaire.
Soit qu'il en fût d'avis ou non, Tira force coups de canon.
Les nymphes des lieux en hurlèrent, Et leurs têtes déchevelèrent; C'est pourquoi le monde a pensé Qu'il s'était sans doute passé Entre Didon et maître Enée, Une manière d'hyménée,