AVERTISSEMENT
continue à faire effort pour s'étendre et s'accréditer; il a des partisans fort distingués en Angleterre; il cherche à en acquérir en France. On se demande si la charité, telle qu'elle s'exerçait jusqu'à ce jour, ne va pas contre son propre but; si, en s'étudiant à soulager le malheur, elle n'accroît pas indéfiniment le nombre de ceux qui le subissent. On entend quelquefois reléguer avec dédain parmi les rêves philanthropiques, le régime de secours qui avait paru le plus sage et le plus salutaire. Cette question est d'une immense gravité, et, si ces doutes spéculatifs s'étendaient à la pratique, ils ne tendraient à rien moins qu'à faire fermer tous les asiles ouverts à l'indigence. En attendant, ils peuvent glacer le zèle , jeter l'incertitude dans les mesures. L'auteur a pensé devoir saisir l'occasion qui s'offrait à lui, pour prévenir un semblable danger , autant qu'il était en son pouvoir , pour repousser de toutes ses forces une théorie erronée et funeste. L'occasion se présentait en effet d'elle-même : car, il ne s'agit, pour dissiper les nuages et rectifier les idées sur cet important sujet, que de démêler et de distinguer avec soin, ce qui, dans les établissemens publics et dans la distribution des secours, devient, par une application aveugle et abusive, un véritable encouragement à l'indigence factice, de ce qui doit être le remède indispensable des besoins trop réels. Or , le moyen d'opérer cette distinction consiste précisément dans une connaissance exacte et
AVERTiSSEMHiNT.
approl'ondie de la vraie situation du pauvre, et par conséquent dans l'institution qui fait l'objet du présent écrit.
On désire y montrer combien il est nécessaire d'établir une entière harmonie et un parfait concert entre la bienfaisance publique et la charité privée ;
Comment l'office du Visiteur du Pauvre est l'instrument le plus utile de la première, le meilleur moyen pour l'exercice de la seconde;
Comment, à coté de la charité imparfaite et oiseuse qui se borne à donner, il est une charité plus vraie, une charité active, vigilante, qui apporte plus que des dons , qui apporte des soins , des conseils, des encouragemens ;
Comment cette charité active est à la portée de tous ceux qui prennent quelque intérêt au sort des malheureux ;
Comment cette charité active trouve en elle-même sa plus noble récompense , en contribuant puissamment à l'amélioration morale de ceux qui s'en rendent les ministres.
On réunit donc dans cet écrit , toutes les considérations qui peuvent engager l'administration publique à invoquer l'assistance du Visiteur du Pauvre , et les simples particuliers à faire , de la visite du pauvre , la condition essentielle du bon emploi de leurs aumônes.
On s'occupe en même temps de prêter à cette