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vidus auxquels il s'agit de procurer du travail : les uns sont des ouvriers ou des ouvrières valides et en santé, mais qui momentanément se trouvent privés d'occupation, par l'effet naturel de la réduction dans la consommation et les demandes, que les produits de divers métiers sont sujets à éprouver; les autres sont des personnes âgées, souffrantes, qui ne peuvent plus, par ce motif, exercer l(;ur ancienne profession, mais qui sont cependant capables encore de s'occuper d'une manière utile, par quelque autre travail à leur portée.
II est bien, sans doute, que les administrations charitables disposent, dans leur sollicitude, quelques ouvrages à faire exécuter par les uns et par les autres , que surtout elles leur fassent confectionner autant qu'il se peut les objets qu'elles consommeront elles-mêmes , comme les toiles , le linge , les vêtemens , etc. Mais il est difficile que ces ouvrages conviennent à l'extrême variété des situations dans lesquelles ces indigens sont placés, et des conditions qui en résultent. Ces administrations pourraient obtenir une précieuse assistance de l'industrie privée , en établissant des bureaux de placement et d'indications, que les particuliers viendraient consulter, lorsqu'ils seraient dans le cas de fournir quelque ouvrage aux indigens, et qu'ils seraient disposés à le faire.
Mais ici le concours du visiteur du pauvre se trouvera surtout nécessaire, sous plusieurs rapports.
En ce qui concerne d'abord la première classe d'indigens sans travail, on doit prévoir qu'elle renfermera souvent les ouvriers maladroits, ou paresseux, ou sujets à quelques vices j car, toutes les fois que les ateliers se restreignent, les bons ouvriers sont ceux qui restent
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les derniers, comme les mauvais sont les premiers qui se trouvent écartés. Un sage discernement , une grande surveillance , sont donc indispensables pour prévenir les abus , dans l'assistance que cette classe d'individus va recevoir; une fermeté sévère peut même être indispensable aussi pour les décider à l'accepter et à en profiter convenablement. Nous éviterons que ces indigens ne soient détournés de rechercher et de saisir les occasions de s'industrier par eux-mêmes et de retourner à leurs premières occupations. Que , si nous rencontrons des ouvriers estimables , qui malgré leur application et leur habileté, ont le malheur de ne pouvoir obtenir de l'ouvrage, nous ne les confondrons point avec les pauvresd'habitude, nous aurons pour eux des égards particuliers, nous mettrons tous nos soins à ce qu'ils conservent ce courage et cette activité que l'adversité peutêtre tendrait à abattre, mais qui bientôt seront appelé à s'exercer de nouveau par un retour de circonstances plus favorables.
La manière d'occuper lajseconde classe d'indigens que nous venons de distinguer, présente beaucoup de difficultés. D'abord , l'ouvrier ne se plie qu'avec répugnance à un genre de travail différent de celui auquel il était accoutumé ; l'âge, les infirmités , les souffrances , accroissent cette répugnance, font naître quelquefois le découragement, le dégoût. De plus, il faut trouver un genre d'ouvrage qui soit approprié à ce dont l'indigent est encore capable ; presque toujours il lui faut un ouvrage qu'il puisse exécuter chez lui , par conséquent aussi exécuter tout seul. Voilà bien des conditions fort peu aisées à remplir. Cependant on ne peut assez le redire : il est essentiel que le pauvre qui peut encore es-
sayer quelque travail, l'exécute en effet , quelque borné qu'il soit, mais autant qu'il lui est possible; c'est le premier secours, le meilleur qui puisse lui être donné , ne fût-ce que dans l'intérêt de sa dignité^ de sa'^moralité et de son bonheur. Alors même que , par impossible, le pauvre ne pourrait tirer aucun profit du travail dont il est encore capable, il faudrait encore lui procurer cette occupation , comme un remède moral , comme un préservatif contre de funestes habitudes. Les aveugles, par exemple, sont naturellement disposés à la défiance, à l'inquiétude; dans les conditions inférieures, ils ne sont guère distraits par le charme des entretiens ; l'oisiveté leur est extrêmement funeste , elle ajoute beaucotipà leur malheur et le leur fait plus vivement sentir. Mais, qu'on leur trouve une occupation par laquelle leur attention soit captivée, tout est changé pour eux; ils retrouvent la sérénité; ils se sentent aussi moins dépendans des autres. C'est au visiteur du pauvre à convaincre l'indigent, pour qii'il emploie encore le peu de forces qui lui restent, à lui en offrir l'occasion , à le guider du moins par ses conseils, à faire, dans son indigence, la part exacte desbesoins auxquels il pourra satisfaire lui-même par le contingent que lui fournira le produit de son travail. En aucun cas, les secours accordés ne doivent excéder la part à laquelle l'indigent ne peut réellement subvenir par lui-même.
Quatre choses peuvent manquer à un indigent, pour exécuter le travail qui serait à sa portée : les instrumens, la matière, le débit, ou la confiance de ceux qui le feraient travailler pour leur compte. Le visiteur du pauvre s'attachera à découvrir quel est celui de ces obstacles contre lequel son protégé lutte sans succès ; il pourra
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lui procurer les deux premiers objets, l'aider à trouver et à obtenir les deux dernières ressources.
Il est une règle générale, fondamentale, qui embrasse tous les genres de travaux qu'on peut procurer aux indigens, mais surtout ceux que leur fournit l'administration publique , règle au reste trop connue, et dont le motif est trop évident, pour qu'il ne suffise pas de l'énoncer : c'est que le salaire attaché à ces travaux doit rester toujours au-dessous de celui que le même individu eût obtenu par sa propre industrie. On voit à Gênes un beau palais de marbre, entouré de jardins délicieux , ou des filles orphelines , admises dans l'enfance, s'occupentà faire des fleurs; elles sontbien velues, bien nourries ; on croit voir un élysée: ce soni\es F'iescki nés, nom qui leur vient de ce que ce somptueux établissement a été fondé par la famille Fieschi. Certes , pas une de ces heureuses orphelines ne songerait à quitter son asile, et toutes les filles y accourraient, si on voulait les y recevoir. Nous admirons la munificence des créateujs de cette somptueuse retraite; nous envions la félicité des êtres privilégiés qui sont admis à y mener une si douce vie; mais une charité plus éclairée eût élevé un monument plus utile; elle eût conçu un meilleur plan pour donner l'éducation du travail à la condition indigente.
Le luxe des élablissemens charitables est un des plus grands fléaux de la société; il peut faire autant de pauvres que la disette. 11 est une contrée de l'Europe où les établissemens de charité ont été multipliés avec profusion , richement dotés , variés sous toutes les formes , où les aumônes sont distribuées chaque jour avec abon dance; c'est la contrée de l'Europe où il y a le plus de
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pauvres : on n'y a oublié qu'une seule chose; mais on y a oublié la chose essentielle : on n'y a guère pourvu à offrir du travail à ceux qui en manquent; on y a surtout négligé d'exciter ceux qui sont sans travail, à en chercher, à accepter celui qui s'offre.
Dans un pays bien réglé, qui n'éprouve aucun trouble dans son industrie, qui ne souffre d'aucune circonstance particulière, l'administration publique ne sera guère appelée à entretenir, d'une manière constante et habituelle, des établissemens où un grand nombre d'individus valides, momentanément sans emploi, puissent obtenir du travail : ils y devront bientôt et facilement retrouver de l'occupation. Il y a plus, et nous ne craindrons pas d'avancer que, dans de tels pays surtout, il serait, sous tous les rapports, beaucoup plus avantageux d'aider, par tous les moyens possibles, les ouvriers qui manquent momentanément d'activité, à se placer chez de simples particuliers. De même aussi , quelle que soit l'utilité des écoles d'industrie, pour arracher les enfans à la fainéantise , leur donner le goiit du travail et leur préparer une carrière, nous estimons encore qu'il est bien préférable de placer autant qu'il se peut les mêmes enfans en apprentissage chez des maîtres particuliers. De cette manière , on laisse mieux suivre aux choses leur cours naturel ; il s'offre à chacun des ressources plus variées ; l'indigent s'en trouve mieux; l'administration y trouve aussi son avantage; elle est soulagée de grands embarras. Il est reconnu d'ailleurs qu'elle fait toujours confectionner moins bien et à des prix plus élevés , et cela s'explique de soi-même. Nous aimerions à voir étabhr, autant que possible, au lieu d'ateliers publics, des bureaux de placement pour
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les apprentis et les ouvriers sans travail ; les visiteurs du pauvre pourront, jusqu'à un certain point, en tenir lieu, et toujours en seconderont les opérations.
Il serait intéressant de rechercher quelles sont les professions qui fournissent un plus grand nombre d'indigens , et quelles sont les espèces de travail les mieux appropriées à la situation de ceux qui en sont encore capables.
Il est trois sortes de professions qui conduisent le plus ordinairement à l'indigence : ce sont celles qui occasionnent le plus fréquemment des maladies, des accidens ou des infirmités; celles qui sont le plus sujettes aux interruptions de travail ; enfin , celles dont le^salaire est le plus modique.
Nous avons eu occasion , dans le chapitre précédent, de signaler les professions qui paraissent plus spécialement appartenir à la première sorte, telles que celles des cordonniers, de tailleurs d'habits, des tisserands, à cause du genre de vie sédentaire , de l'immobilité auxquels elles les condamnent; celle des ouvriers en bâtimens,sousle rapport des accidens et blessures; celles des peintres , des doreurs , et à Paris , celle des portiers , à cause de certaines maladies particulières auxquelles elles les exposent. Les professions qui sont le plus sujettes aux interruptions, sont, dans les campagnes , celle des vignerons; dans les villes, celles des ouvriers qui exécutent les objets de luxe et particulièrement les articles sujets aux caprices de la mode.
Les professions qui ne supposent aucun art , aucune étude, aucune capacité ou habileté marqués, sont naturellement celles dont le travail est le moins récompensé; en même temps elles sont celles aussi pour lesquel-
les il se présente un plus grand nombre de bras, ce qui en fait encore baisser le salaire. Ce salaire se trouve donc insuffisant pour entretenir un ménage, une famille, souvent même pour permettre à l'individu isolé de faire de petites épargnes réservées pour subvenir aux frais des maladies. Tel est par exemple, à Paris, la profession de chiffonnier : elle compose en quelque sorte une race à part qui habite dans les faubourgs Saint-Victor et Saint-Marceau ; on aurait peine à se faire une idée de l'état misérable dans lequel végètent ces •pauvres gens 5 vêtus de haillons , le jour errans dans les rues ; la nuit, entassés pêle-mêle dans de vastes greniers où des amas de chiffons leur servent de lit comnmn; leurs mœurs, à quelques égards, semblent à peine offrir quelques vestiges de civilisation. C'est au sein de la capitale la plus élégante de l'Europe, que séjourne et se répand cette nation à moitié sauvage. Un chiffonnier recueille à peine chaque jour, i fr. 5o cent., des longues courses qui remplissent sa journée; et cependant une foule de malheureux persévèrent dans cette triste industrie. C'est que , ne supposant aucune adresse, aucune application , elle flatte les goiits de fainéantise et de vagabondage; c'est une promenade plus qu'un travail.
Tel était autrefois à Naples la condition des Lazzaroni, laquelle n'était en réalité que la profession des porte-faix , des commissionnaires, mais exercée par une multitude de gens accoutumés à vivre de rien , réduits par leur nombre même à faire très-peu, à se contenter d'un modique salaire, mais portés aussi par leurs habitudes et leurs goûts à accepter cette conséquence. Le rapport fait en 1816 sur les hôpitaux et hospices
de Paris, de i8o4ài8i4, rapport que nous avons déjà eu occasionde citer et qu'on consulte avec tant de fruit pour une foule de documens, nous donnent sur les professions qui fournissent à Paris le plus d'indigens, les deux termes de comparaison suivans: