‹ Le visiteur du pauvreChapitre 19 sur 33 · DES ETABLISSEMENS POUR LE TRAVAIL · texte numérisé non relu

DES ETABLISSEMENS POUR LE TRAVAIL

Jetons maintenant un coup-d'œil sur les établissemens publics destinés à venir au secours des indigens valides; examinons quels rapports ils peuvent avoir avec les fonctions du visiteur du pauvre, soit qu'ils puissent s'aider de son concours, soit que le visiteur du pauvre y trouve les moyens d'être utile à son protégé.

Offrir du travail aux indigens valides qui en manquent, est certainement de tous les secours le plus utile. Il profile à la société entière; il économise les fonds destinés au soulagement du malheur; mais, ce qui est bien plus important , il accoutume l'indigent à s'assister lui-même par ses propres efforts , il entretient en lui l'activité morale et physique; il protège en lui la dignité du caractère; il prévient des maux plus terribles que la faim et la maladie, savoir : les vices et les désordres qui sont le fruit de la fainéantise. Malihus attribue tous les crimes à la faim; la plupart des crimes sont dus à une cause qui sans doute aussi produit la faim, mais qui est encore plus ristement féconde, c'est-à-dire au désœuvrement et aux passions qu'il favorise : les régions de l'Europe où il se commet le plus de crimes , sont celles où les denrées abondent

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davantage, où l'on vit à meilleur compte, mais où règne l'oisiveté.

Cependant dans quel cas, jusqu'à quel point, sous quelles formes, à quelles conditions, sous quelles réserves, l'administration publique peut-elle, doit-elle offrir le travail ?

Il convient de distinguer ici, de nouveau, les circonstances extraordinaires, et l'ordre de choses accoutumé.

Les branches d'industrie qui fournissent à une exportation considérable, peuvent se trouver frappées de paralysie par une circonstance qui leur ferme ce débouché; celles qui fournissent à la consommation intérieure peuvent se trouver atteintes par un changement dans les goûts et dans les usages; elles peuvent souffrir aussi par l'effet d'une gêne qui restreint les consommations delà généralité des habitans du pays; ce qui a lieu, par exemple, en certains ras de guerre et de disette; elles peuvent aussi éprouver une suspension par l'effet d'une saison rigoureuse. Alors , des classes entières d'ouvriers, demeurant sans occupation, se trouvent menacées d'une indigence qui leur était inconnue, et à laquelle ils n'étaient point préparés.

L'administration publique dispose seule de moyens assez prompts, assez étendus, assez puissans, pour remédier à une telle crise.

Il est certains pays , certaines cités où ce danger est plus particulièrement à craindre, où il peut se reproduire en quelque sorte d'une manière périodique : ce sont ceux dans lesquels s'exerce un genre d'industrie sujet à de grandes et fréquentes oscillations, ceux surtout où se fabriquent essentiellement des objets de

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luxe. Lesinconvëniens deviendront alors d'autant plus fâcheux, que les professions auxquelles les ouvriers sont appelés, exigeant une aptitude plus spéciale et une plus longue habitude, tendent à rendre ces ouvriers moins capables d'autres travaux. Dans un tel état de choses, pendant l'intervalle de temps où les demandes arrivent en abondance , il se forme un nombre d'ouvriers en proportion avec ce maximum , ou du moins qui tend à se mettre en équilibre avec lui; lorsqu'ensuite, ces demandes viennent à se ralentir, à se réduire considérablement, il y a cessation forcée de travail, cessation partielle pour quelques-uns, absolue pour d'autres, surtout si les capitaux manquent pour faire fabriquer d'avance, par approvisionnement, pour des temps plus heureux , ou si ce genre de fabrication étant soumis à l'empire capricieux de la mode, ne se prête point à des approvisionnemens anticipés, mais doit attendre la demande , pour satisfaire au goût du moment. Telle est singulièrement la situation propre à la seconde ville du royaume , la richesse éclatante des ouvrages qui sortent de ses ateliers est précisément ce qui en fait le danger. Dans de telles contrées , dans de telles villes , il faut prévoir de loin ; on ne saurait trop s'y appliquer à donner auxenfansune éducationpremière qui les dispose, dans l'occasion , à trouver des ressources en eux-mêmes pour être propres à des travaux divers ; là, on ne saurait trop aussi soigner leur éducation physique , et conserver leurs forces par un bon régime, pour qu'ils puissent employer du moins leurs forces , quand ils ne pourront plus exercer leurs talens; là, enfin, l'administration publique doit toujours tenir d'avance en réserve des travaux extraordinaires à exécuter pour les momens de crise.

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Quelquefois un certain genre d'entreprises acquiert, par une sorte d'engouement des spéculateurs, une activité immodérée; on fabrique au-delà delà demande; on commence plus qu'on ne peut achever; on dépasse la mesure de ce qui peut s'écouler par la consommation ou de ce que permettent les capitaux disponibles : une foule d'ouvriers est momentanément appelée pour l'exécution de ces travaux gigantesques : mais l'encombrement survient, les opérations avortent; la plupart des fabricans sont obligés de s'arrêter, plusieurs se ruinent; les ouvriers, qui avaient abandonné ou leur province ou leur ancienne profession, se trouvent sans emploi : tel est le spectacle que l'Angleterre a offert tout récemment , sur un vaste théâtre.

Dans ces crises extraordinaires, il est heureux que le génie de l'administration publique puisse créer une matière de travail, nouvelle et également extraordinaire. Car il est évident que, si elle ne savait employer les bras inactifs qu'aux genres de travaux déjà exécutés pour les besoins ordinaires de la consommation, elle ne ferait que déplacer le mal sans le guérir; elle reproduirait sur un autre point le vide qu^elle se propose de combler. Or, l'administration publique a presque toujours, en effet, quelque moyen de créer un ordre nouveau de travail utile à la société, sans déranger en rien la marche générale des professions établies : elle a des routes et des canaux à ouvrir, des déblais, des remblais, des transports, des constructions à effectuer. Malheureusement ce genre d'occupations ne peut convenir également à tous les individus que laissent sans emploi les circonstances fâcheuses dont il s'agit : il en est dontle sexe, l'âge, le tempérament se refusentà ces fati-

gues ; les odvrîers accoutumés à un genre de vie sédentaire, «Lont la constitution est affaiblie, seront mal disposés à les supporter; les ouvriers exercés à des opérations délicates, ne pourront tirer parti de l'habileté et de l'aptitude spéciale qu'ils avaient acquise. Enfin , l'intempérie des saisons pourra mettre obstacle à ce que les entreprises qu'on aur ait conçues, reçoivent leur entier développement.

Il restera donc toujours un certain nombre d'individus, surtout de femmes, de filles et d'enfans , qui, dans des crises semblables, ne pourront profiter des mesures générales prises par l'administration, et auxquels l'assistance, les conseils et l'appui de la bienfaisance privée seront indispensables.

L'administration publique, lorsqu'elle se voit appelée à offrir du travail aux bras oisifs, ne peut assez éviter de déranger les combinaisons naturelles de l'industrie particulière, et de lui susciter une concurrence fâcheuse. Les travaux de filature et de tissage , par exemple, entrepris par l'administration, s'ils jettent leurs produits dans le commerce, réduisent la consommation destinée à écouler les produits des manufactures ordinaires ; et , si la règle de tenir les salaires plus bas, dans les ateliers de charité, est observée, ils font aussi baisser les prix : on s'expose donc à faire des pauvres nouveaux, par le chômage des fabriques, en voulant aider les pauvres qui existent. Si l'on confie à des indigens les travaux publics d'un ordre constant et régulier, on rejette dans l'inaction une partie des ouvriers qui, comptant sur cet emploi, avaient embrassé cette profession.

Il est toujours préférable que l'administration fasse,

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dans le cas dont il s'agit, exécuter des ouvrages destines à son propre service , plutôt que de faire confectionner des produits destinés à être verses dans le commerce; il en est qu'elle peut tenir en réserve pour les temps de calamités : c'est dans cet esprit qu'elle saisira l'occasion , par exemple, pour renouveler certains approvisionnemens, pour exécuter certains travaux relatifs à des améliorations qui n'avaient rien d'urgent.

Lorsque de semblables calamités menacent de se prolonger, ce qu'il y a de plus sage pour l'administration publique, c'est de tendre à donner, autant du moins qu'il est possible , un plus grand développement à l'industrie, en ouvrant de nouveaux débouchés, en secondant, par des encouragemens bien entendus, les entreprises particulières qui ouvrent de nouveaux ateliers au travail.

Combien, dans ces occurences , on aura à se féliciter de rencontrer l'assistance de ceux qui se sont déjà exercés dans les fonctions de visiteurs du pauvre! Que de sages conseils leur expérience pourra fournir ! Leur concours sera nécessaire pour ne pas laisser confondre l'individu estimable et laborieux , auquel manque réellement un utile emploi de ses bras, avec le fainéant toujours empressé et souvent habile à surprendre un secours qu'il n'a point mérité !

Quelquefois les désastres dont nous venons de parler, ne frappent, dans un pays, qu'une localité particulière, et s'y renferment. C'est un incendie qui dévore un village j c'est une inondation, une grêle, une épizootie, qui lui enlèvent ses récoltes ou ses bestiaux. Une ville, un canton peuvent être presque exçlusive-

ment livrés à ungenre de fabrication qui se trouve arrêté; un port de mer peut être privé de son activité, par un blocus ou par un changement de direction dans le commerce maritime. Alors , les effets d'un tel désastre deviennent bien plus terribles pour la localité qui en est atteinte, parce qu'ils embrassent d'une manière plus générale la masse de la population ; alors , l'héroïsme xle la charité privée pâlit en présence de malheurs qui excèdent la puissance de ses bienfaits; mais, alors aussi, l'administration publique a plus de remèdes à sa disposition , pour un tel mal , dans l'ensemble des moyens dont elle dispose; elle appelle alors une généreuse émulation pour faire arriver sur le canton , sur la cité souffrante, les secours du reste du pays; des souscriptions se formeront, si l'esprit public a reçu l'éducation qui dispose à un semblable concert, et la direction convenable; alors une autre mission sera conférée sur les lieux , au génie de la charité ; il inspirera ceux qui se dévouent à consoler, à encourager, ceux qui deviennent les ministres de l'assistance envoyée du dehors.

Il est aujourd'hui, au fond de l'Adriatique , une ville célèbre, jadis opulente, qui a perdu tout ensemble et son vaste commerce, et son indépendance, et la présence du gouvernement qui siégeait dans ses murs, dont la population décroissante erre, misérable, au milieu des palais de marbre; ses malheurs semblent être sans remède , comme elle semble être elle-même sans avenir. Mais de pareils exemples sont heureusement fort rares.

Rentrons maintenant dans l'ordre de choses accoutumé. Dans l'état ordinaire, il est deux sortes d^indi-

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