ANNEE 1804. ANNEE
Cochers 75 96
Palefreniers 20 42
Garde-malades et d'enfans. . 115 493
Frotteurs 10 95
7° Professions relatives anx
objets de luxe.
Ouvriers en tabac. 9 395
Tourneurs et tabletiers. . . 203 339 Imprimeurs en caractères et
en taille douce 139 256
Ouvriers en papiers. ... 3 182
Relieurs » 60
Brocheuses 11 55
Graveurs • . » 38
Perruquiers 75 218
Gaziers 160 137
Gantiers et faiseuses de gants. « 420
Polisseurs 9 217
Tapissiers 19 115
Teinturiers 15 180
Ciseleurs 19 45
Doreurs ^ . . . 23 »
8° Professions janalogues aux
travaux des champs.
Jardiniers 91 177
Charretiers et voituriers. . . 164 33 9° Ouvriers sans désignation
spéciale 1,418 «
10° Aveugles 250 924
Ces rapprochemens peuvent fournir quelques lumières sur la question qui nous occupe j ils tendent à confirmer le principe que nous avons cru devoir établir ;
DU pauvue. 245
cependant ils ne peuvent offrir des inductions très-positives, pour plusieurs motifs . D'abord , il faudrait pouvoir comparer au nombre des indigens de cbaque profession , le nombre total des individus qui, à la même époque , exerçaien t la même profession ; et ce dernier renseignement nous manque : en second lieu , ils ne concernent que la capitale, qui est toujours une grande exception ; en troisième lieu, ils ne se réfèrent qu'à deux années; nous n'avons ni les années intermédiaires, ni celles qui ont suivi; de plus, ils se rapportent à une époque où le nouveau régime de secours à domicile n'était point encore établi à Paris, où le nombre des indigens admis aux secours était fort exagéré, comme l'a prouvé le résultat du recensement opéré depuis l'introduction du nouveau régime ; enfin , le grand nombre d'individus compris sous la désignation générale de profession inconnue, jette une grande incertitude sur les nombres qui appartiennent aux professions désignées.
Les différences que l'on remarque entre les deux époques tiennent sans doute en partie à cette dernière cause, et à ce qu'on'n'a pas suivi absolument le même mode de classification en i8o4 et 181 3 : mais elles tiennent certainement aussi à ce que l'année i8o4 était une époquede paix et de prospérité intérieure, tandis que l'année 181 3 vit la situation politique de la France gravement compromise; de là sans doute l'accroissement considérable des indigens reçus pendant cette dernière année.
On s'afflige de voir un aussi grand nombre de domestiques figurer dans les états des hôpitaux et dans ceux des secours à domicile; on s'afflige de voir que la plupart des domestiquessortant des hôpitaux, en convalescence, ne
retrouvent plus leurs places. On aimerait à penser que les maîtres donnent plus de soins à leurs domestiques pendant leurs maladies, et n'abandonnent pas dans la vieillesse et la misère ceux qui les ont autrefois servis. D'un autre côté , on doit réfléchir aussi qu'à Paris , les domestiques changent souvent de service; qu'il peut y avoir parmi eux des sujets vicieux, et que ceux-ci doivent finir par se trouver sans place , en même temps qu'ils demeurent peu propres à un autre genre d'occupation.
En i8o4 , on trouvait 1 55 militaires sur le tableau des indigens secourus; en i8i3 il n'y en avait pas un seul.
En i8o4, on y voyait 8 ex-religieux et 44^ exreligieuses.
En i8i3, seulement ii ex-religieux et 4y ex-religieuses.
Nous n'avons fait entrer et classé dans les relevés qui viennent d'être rapportés que les professions les plus abondantes en indigens; elles ne forment guère que le quart de celles qui sont portées dans les tableaux du rapport de i8i6. Il est remarquable que les boulangers qui envoient plus de malades aux hôpitaux que les autres professions , fournissent très-peu d'indigens aux secours à domicile : 52 en i8o4, 82 en 181 3.
Les professions les plus lucratives étant celles qui exigent une habileté particulière, un long exercice, une habitude contractée dès l'enfance, l'ouvrier qui ne peut plus continuer sa profession, soit que le travail lui manque, soit qu'une infirmité l'en empêche, ne peut recourir qu'aux genres de travaux les moins productifs , ceux qui sont accessibles à tout le monde , qui s'exécutent sans préparation, et qui, par cette circon'
stance, sont cependant recherchés par un grand nombre de concurrens. L'administration des hospices civils de Paris a conçu l'idée la plus judicieuse et la plus sage pour offrir à ces malheureux la ressource la plus convenable à leur position , en formant son établissement de filature et de tissage : il occupe essentiellement des femmes ; mais ce sont les femmes surtout qui sont exposées à se trouver sans ouvrage; il leur laisse le moyen de travailler à domicile; car on leur livre la filasse sur un certificat du propriétaire ou du principal locataire de leur maison, visé par l'administrateur de charité; il leur permet de ne travailler qu'autant que leurs forces le leur permettent, et dans les instans favorables; enfin les hôpitaux et les hospices consomment eux-mêmes les toiles. En remontant à l'an XII, et suivant pendant plus de vingt ans la marche de cet intéressant établissement, nous voyons que le nombre des indigens auxquels il a donné du travail s'est élevé, suivant les années de 1900 à 3ooo, sur lesquels de 1700 à 2800 fileuses, 4o à i45 tisserands, 22 à 33 ouvriers divers. En 1822, 2894 indigens ont reçu du travail de l'établissement de la filature; une somme de 151,872 fr. 4i c- leur a été répartie à titre de salaires; c'est environ 63 fr. , terme moyen, par an et par tête; mais les tisserands ont un prix de journée plus élevé de 1 fr. 75 centimes que celui des fileuses, qui, par jour s'élève à peine à 20 cent. Il est vrai que la plupart d'entr'elles sont vieilles, infirmes, ou se livrent en même temps à d'autres occupations. On voit que l'emploi offert par l'administration ne saurait ici avoir l'inconvénient d'enlever la main-d'œuvre aux établissemens d'industrie privée. Dans l'origine, on faisait confectionner aussi
aux indigons des rubans, padous et lacets : on y a sagement renoncé.
L'enlèvement des neiges et le balayage des rues , en certains momens de l'hiver , donne momentanément de l'emploi aux nombreux ouvriers que la rigueur de la saison prive momentanémen t de leurs travaux ordinaires. La permission d'étaler, de colporter et vendre des fruits, des légumes , des fleurs, de la pâtisserie, des sucreries, laisse à des malheureux qui ne peuvent que stationner dans les rues, ou les parcourir, la faculté de se créer une sorte d'état, pour peu qu'ils puissent disposer de quelques petites avances.
Les écoles d'industrie et les ateliers d'indigens qui existaient à Hambourg, ont été justement cités comme des modèles. Ces beaux établissemens ont succombé pendant le cours des événemens politiques dont Hambourg a été le théâtre il y a près de vingt ans , et par l'effet des malheurs qui ont accablé cette ville , à l'époque où elle fut occupée par les armées françaises : on ne saurait assez le déplorer. Il nous reste du moins l'intéressant tableau qui en a été tracépar un philanthrope qui avait beaucoup contribué à leur création^ à leur organisation , à leur direction , et qui a acquis par ses honorables travaux de grands droits à la reconnaissance des amis de l'humanité, M. le baron de Voght.
Une réunion de généreux amis de l'humanité avait fondé en i8o3, à Paris, hôtel de Pons, rue des SS.-Pères, un établissement de secours dans lequel étaient réunis à des écoles de charité, à un asile pour les enfans égarés , à une chambre de secours pour les individus surpris par des accidens, etc. , un pensionnat de jeunes filles, et un atelier de filature et de métiers à bas. Mais
ru l'A IVRE. 249
cet établissement n'a pu se soutenir, et cause des pertes considérables à ses créateurs (i). Un atelier déjeunes filles fut ouvert à Chai Ilot, vers la même époque. On a essayé à diverses reprises et récemment encore, de formera Paris, pour les orphelins, des maisons d'apprentissage où ils seraient instruits dans divers métiers ; ces entreprises ont échoué en peu de temps.
On ne peut donner sans doute assez d'éloges aux motifs qui suggèrent l'idée de ce genre d'établissemens : ils offrent l'avantage de donner aux enfans, avec legoi\t du travail, et l'aptitude nécessaire pour un métier productif, cette bonne éducation, ces habitudes d'ordre et de discipline, ces instructions salutaires, qu'ils ne recevraient point ordinairement chez les maîtres particuliers auxquels ils seraient confiés pour l'apprentissage. Mais on ne peut aussi s'empêcher de reconnaître que, sous les rapports économiques , ces établissemens doivent avoir toujours beaucoup de peine à se soutenir. Jamais ils ne fabriqueront à aussi bon marché que les particuliers; il est rare qu'ils puissent fabriquer aussi bien; les élèves ne s'y forment pas aussi rapidement au travail que dans l'apprentissage ordinaire. On ne peut d'ailleurs y enseigner qu'un petit nombre de métiers : enfin , on court le risque de donner à une profession plus d'élèves qu'elle n'en demande, tandis que les apprentissages particuliers se mesurent toujours au besoin d'ouvriers.
(1) Le règlement de ces établisemens ( Paris , chez Baudouin , nivôse an xi ) , est un modèle de sagesse. Parmi les fondateurs et administrateurs se trouvait M. le duc Mathieu de Montmorency, dont If nom se retrouve constamment attaché à tout ce qui a été fait de bien à Paris , depuis 25 ans.
25o LE VISITEUR
Ces considérations cependant ne s'appliquent pas aux ouvroirs, pour les filles, qui sont souvent très-sagement associés aux écoles de charité. Il est, pour les filles , des genres de travaux auxquels elles ont toutes besoin d'être exercées, comme ceux de l'aiguille, et qui doivent former la profession du plus grand nombre, ou les aider à en trouver une; les ateliers où on les leur enseigne n'exigent point de grands établissemens, ne demandent point de capitaux ; il n'y a pas de matières premières à acheter, de spéculations à entreprendre ; lesproduits s'écoulent avec facilité et d'une manière toute naturelle. Dans les écoles d'enseignement mutuel , ces travaux se combinent d'une manière heureuse avec les leçons de lecture, d'écriture et autres; ils sont montrés par une méthode fort ingénieuse qui fait faire aux enfans des progrès rapides.
Un bureau de placement pour les apprentis des deux sexes serait une institution plus facile, moins coi\teuse, et à quelques égards plus utile que les écoles d'industrie; il pourrait du moins y suppléer. Des bureaux de ce genre sembleraient devoir naturellement se placer près des écoles de charité. Mais, nous avons eu déjà occasion de faire voir que l'intervention de notre visiteur du pauvre remplira en détail le même but (i).
Mais la charité privée, en prenant ce caractère d'activité, d'investigation que nous cherchons à personnifier dans les fonctions du visiteur du pauvre, en formant et multipliant les communications entre l'ouvrier sans travail et les particuliers qui ont du travail à offrir , procurera toujours à ceux-là la ressource la plus sûre ,
(1) Voyei-ci dessus, chap. ix, page 108.
la plus Utile, et celle enfin qui convient le mieux à leconomie générale de la société. Nous nous féliciterons donc devoir le visiteur du pauvre sortir lui-même des conditions industrieuses. Négociant, marcliand,manu- *aclurier,son expérience , ses relations , lui donneront des vues et des moyens pour offrir à l'indigent et de sages conseils et d'efficaces recommandations.
Dans les cantons situés sur les montagnes où l'hiver est tout ensemble et très-long et très-rigoureux, les simples journaliers qui ne vivent que du travail de leurs mains, sont condamnés pendant une portion de l'année à une fâcheuse oisiveté. Mais , si quelque genre d'industrie, qui puisse s'exercer pendant l'hiver, est venu s'introduire sous le toit des chaumières, le journalier y trouve une précieuse ressource pour nourrir sa famille et se préserver du désœuvrement pendant que le petit propriétaire et le fermier en recueille quelques bénéfices qu'ils emploieront avec succès pour l'amélioralion de la culture. La fabrication des montres a vivifié un canton du département du Doubs, situé sur le Jura et voisin delà Suisse; celle des mousselines a répandu la prospérité dans les montagnes du Beaujolais. Un de mes amis qui a créé de vastes établissemens d'industrie, et qu'anime le zèle d'une philanthropie éclairée, a introduit la fabrication des toiles dans une portion des montagnes du département de l'Isère , en faisant aux habitans l'avance du métier , leur fournissant le chanvre et leurachetant la toile fabriquée; le tissage du coton anime et enrichit les vallées des Vosges ; le vénérable Oberlin a civilisé en quelque sorte la population du Ban de la Roche, au sommet des Vosges, y a amené l'aisance avec les bonnes mœurs, en associant des travaux defabrica-
tion à une agriculture mieux dirige'e. Utiles exemples qu'on ne saurait trop faire connaître et propager. Nous avons dit que les aveugles eux-mêmes étaient capables de se livrer à des occupations utiles et lucratives. Il en est qui n'exigent de leur part aucun apprentissage particulier; il en est qui n'exigent qu'un apprentissage facile. Dans les établissemens formés à Londres , et à Liverpool, pour ce genre d'infirmités , les aveugles confectionnent des nattes, des tapis, etc. A l'hôpital royal des Quinze-Vingts de Paris, un certain nombre d'aveusles se sont créé des métiers : douze d'entre eux sont tourneurs de roue, trois sont horlogers , d'autres fabriquent des jouets d'enfant , du papier de verre , des lacets , des bourses , des coffrets et boîtes en carton ; on compte parmi eux un rempailleur de chaises , un sonneur, un souffleur d'orgue, un porte- faix , deux porteurs d'eau , quelques marchands de détail. Ceux qui ont pu apprendre la musique , trouvent dans l'exercice de cet art une ressource doublement précieuse; d'une part en ce qu'elle leur est profitable, de l'autre en ce qu'elle leur procure la plus douce distraction : il y a aux Quinze-Vingts vingt-trois musiciens, neuf musiciennes, un organiste, un accordeur de piano. Enfin, avec une culture plus étendue encore, ils peuvent remplir des fonctions encore plus distinguées : le même établissement possède trois aveugles professeurs de grammaire et de langues, un professeur de mathématiques, et a donné un professeur de la même science à l'un des collèges royaux. En commençant dès l'enfance l'éducation de l'aveugle, on peut lui faire acquérir dans les professions industrielles une habileté remarquable ; nous sommes frappés d'admiration en voyant tout ce
qu'exécutent les jeunes aveugles dans l'institution formée dans l'origine, par M. Huiiy, et qui est redevable à M. Piguer, directeur actuel, des plus notables perfectionnemens (i). Combien il serait à désirer que cette intéressante institution devînt un atelier normal, que chaque département du royaume y envoyât des élèves, qui, de retour chez eux, instruiraient à leur tour leurs
(1) Voici le tableau des métiers qui sont raaiateaant en activité dans l'institution royale des Jeunes Aveugles.
Tjpograpliie en relief.
Tricot à l'aiguille en laine , fil ou coton. Bas , jupons , gilets , camisoles, robes d'enfant de diverses couleurs. Bonnets basques de différentes formes et diverses couleurs. Bourses, etc.
Cravaches en fil et en boyau.
Chaussons de lisière, de tresse , de peluche.
Tapis de lisière.
Paniers, chapeaux de paille et paillassons de diverses couleurs. Empaillage de chaises.
Tricot sans aiguilles, bourses de diverses couleurs et à différens dessins , sacs à ouvrage , bonnets , brassières , gilets , bas à jour , franges , etc., en soie et en coton.
Bourses au moule.
Bracelets, cordons et chaînes de montre.
Croix , bagues et autres bijoux eu tresses de cheveux ou de soie.
Tapisserie à l'aiguille.
Filature au rouet et au fuseau.
Tisseranderie qui comprend la fabrication de la toile , celle du molleton de laine et de coton , couvertures, langes de laine, etc.
On compte établir la corderie , la vannerie, la passementerie , lorsque le local le permettra et qu'on aura des fonds suffisans. Ou doit aussi introduire incessamment dans l'Institution la fabrication des limL'S. Plusieurs élèves toucheat dti l'orgue dans les paroisses.
compagnons d'infortune! En attendant, la plupart des aveugles reçus dans nos hospices , ou secourus à domicile, restent oisifs. Il n'est pas un d'eux qui ne pût, par quelque travail, gagner au moins la moitié, les trois quarts de sa subsistance (i).
Ce qu'on peut faire dans ce genre pour les aveugles, met sur la voie pour découvrir ce qu'on peut faire aussi pour les vieillards, les infirmes à qui leur âge et leurs infirmités permettent encore quelque occupation.
(1) Tin aveugle aussi intéressant par ses connaissances, son caractère honorable , par les malheurs dont il a été accablé , que par le zèle qui l'anime pour le soulagement de ses frères d'infortune, M. Heilmann, avait établi , il y a quelques années, aux Invalides, une manufacture de draps pour l'habillement des troupes , dont tous les travaux étaient exécutés par des aveugles. Cet établissement a malheureusement croulé , non par des vices intérieurs ou par la faute de son chef, mais parce qu'on a abusé de la confiance de celui-ci.