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DES INSTITUTIONS DE PREVOYANCE

Si le soulagement de l'indigence appelle toute la sollicitude de l'administration publique , il est pour elle un devoir non moins sacré , c'est de taire tout ce qui est en elle pour prévenir l'indigence à son origine, et lorsque ce résultat est possible à obtenir, il est bien plus précieux encore.

Le travail est le vrai , l'universel antidote contre la pauvreté , mais le travail accompagné d'ordre, d'économie et de prévoyance.

L'administration publique a mille moyens pour encourager le travail , ne fût-ce que par la protection qu'elle accorde à la propriété , à la liberté de l'industrie , à la concurrence, par les déboucbés qu'elle concourt à ouvrir, par les communications qu'elle rend plus faciles.

Elle peut aussi encourager l'esprit d'ordre, d'économie et de prévoyance, en fondant, et surtout en favorisant les institutions destinées à recevoir les épargnes et à les rendre productives. Mais ici, elle a besoin d'être secondée par l'opinion publique, dans les mœurs des conditions laborieuses. Il faut répandre la lumière , la faire pénétrer dans les ateliers , offrir des exemples , et convaincre.

Celui qui a été témoin des misères du pauvre , qui, confident du pauvre , aura bien connu comment l'im-

prévoyance et le désordre conduisent graduellement dans l'abîme, celui-là, dis-je, sera le plus éloquent interprète de ces vérités qu'on ne peut trop faire entendre dans toutes les classes de la société. S'il vient à rencontrer quelqu'un de ces industrieux individus qui vivent au jour le jour , sans s'inquiéter de l'avenir , il lui révélera les dangers qui le menacent; il lui peindra ce qu'il a vu.

Les deux tiers (i) des indigens secourus dans les villes , n'éprouvent qu'une détresse passagère. Le visiteur du pauvre qui est entré en rapport avec lui, pour lui procurer le soulagement temporaire qu'exigeait la circonstance , qui a obtenu sa confiance, est donc favorablement placé pour donner à son protégé la direction propre à le garantir du danger de retomber dans la même situation où il a tant souffert, d'où l'on a eu tant de peine à le retirer. Nouvelle mission pour notre visiteur du pauvre, mission non moins belle, non moins fructueuse ! Il enseignera à celui qui sort de l'abîme, qui renaît à l'indépendance, l'art de pourvoir désormais lui-même à son propre avenir.

Oh ! si en effet il a obtenu assez d'empire sur l'esprit du malheureux qu'il vient de sauver, pour que ses conseils soient écoutés, qu'il préserve avant tout son protégé des pièges qui lui sont tendus, des fallacieuses promesses qui, en le flattant de l'enrichir facilement, lui prépareraient eu effet une ruine nouvelle ! Serait-il vrai que les séductions des jeux de hasard viennent quelquefois assiéger l'ouvrier au sein de sa vie innocente etlabo-

(1) C'est à peu près la proportion que nous trouvons à Paris, d'après le classeinfiit qu'opèrent les bureaux de charité.

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rieuse ? — « Mon ami, cette fatale séduction a-t-elle jamais » eu quelqu'empire sur vous ? aurai-je besoin de vous » préserver de l'illusion grossière qui, sous l'espoir d'un u gain honteux, même s'il était obtenu, vous cacherait » un précipice sans fond, où iraient s'engloutir votre » repos , votre temps , vos mœurs , votre existence en- » tière ? Non ; vous vous éloignerez avec horreur d'un » semblable péril ! » Mais, voici d'autres jeux non moins perfides , non moins cruels , et dont peut-être il se défie moins : serait-il vrai qu'on a pu imaginer une combinaison aussi machiavélique que celle de lever une contribution publique illimitée sur les classes même les moins fortunées , en abusant de leur crédulité , en exaltant leur imagination par de fausses espérances , en se mettant à leur portée par la modicité des sommes exigées, mais en préparant, par la fréquente répétition des mêmes mises, une ruine d'autant plus inévitable, qu'elle se sera opérée d'une manière insensible , en créant pour quelques-uns , aux dépens du grand nombre, des gains fortuits , obtenus sans mérite , gains vraiment corrupteurs ? Serait-il possible qu'une telle combinaison eût été conçue, réalisée par ceux-là même qui devaient protection aux mœurs et au bien-être de tous? — « Mon ami , » ne voyez-vous pas qu'on vous trompe, qu'on se joue » de vous ? Le produit de l'impôt ne vous donne-t-il pas » la preuve évidente du prélèvement qu'on fait sur le » joueur, dans ce jeu inégal qu'on appelle la loterie?... « Vous pouvez aujourd'hui perdre votre petite épar- » gne; demain vous voudrez réparer votre perte; vous » emprunterez;vousvousengagerezdans un défilé dont « le terme n'est autre que cette même misère à laquelle » vous venez d'échapper. Voyez cette maison de prêt !

» une portion des effets qui y sont déposés est sacrifiée » à cette fatale habitude! Combien d'indigens j'ai con- » nus dont la détresse n'avait pas d'autre cause! Vou- » lez-vous jouer à coup sûr ? mettez vos petites épar- » gnes en sûreté , au lieu de les jeter dans le gouffre : » vous obtiendrez le lot un peu plus tard, mais il ne » vous échappera pas. » — Cette fois, mon protégé se croit certain de faire une spéculation avantageuse: il a lu sur une affiche le prospectus d'une tontine qui lui promet un capital considérable, acheté seulement par de petites mises répétées et continuées. « N'est-ce pas » ici , me dit mon protégé, une vraie caisse d'épargne ? » On m'accumule mes petites économies , on les rend « productives; si je les perds, c'est que je mourrai de » bonne heure; mais alors elles me deviendraient inuti- » les. J'en ai besoin pour mes vieux jours. — Mon ami , » je veux pour un moment croire à tous ces beaux cal- « culs; mais, dites-moi, connaissez-vous bien les person- « nés qui offrent avec tant d'empressement de se charger « de vos affaires, en créant et dirigeant cette tontine? » vous êtes-vous assuré de leur capacité, de leur solva- » bilité, de leur délicatesse? Qui vous garantit qu'elles » tiendront ce qu'elles promettent? Mais ensuite, ces « calculs , les avez-vous en effet vérifiés ? pourriez-vous » les vérifier ? ne s'y est-il glissé aucune erreur volon- » taire ou involontaire ? Vous convenez qu'à cet égard » vous êtes dans une complète et inévitable ignorance. » Voici cependant un autre calcul; il est simple: les au- » teursdece projet ne sedévouent pas gratuitement pour » vous rendre service : ils veulent se créer à eux-mêmes » des emplois lucratifs; ils vont avoir un hôtel, des bu- » reaux, des commis qui seront aussi bien rétribués; et^

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" tout cela, aux dépens de qui? J'applaudis à votre » prévoyance pour l'époque de votre vieillesse : mais „ d'ici là, ne peut-il rien vous survenir qui vous rende „ nécessaires les épargnes que vous auriez réussi à con- » server? Ne pouvez-vous être atteint d'infirmités pré » coces et passagères? un accident, une circonstance » quelconque ne peuvent-ils suspendre votre travail? » n'est-ce pas là ce que vous enseigne l'expérience même w de la situation d'où vous sortez ?... Vous pouvez mou- » rir de bonne heure! mais alors même, n'aurez-vous » point à regretter que le fruit de vos économies soit » perdu? N'avez-vous pas une femme, des enfans qui » l'eussent recueilli ? Si vous êtes seul , avez-vous donc » renoncé à devenir époux et père ? Alors vos épargnes » vous serviraient à vous établir; un jour elles profi- » teraient à votre famille. Qu'est-ce que c'est d'ailleurs, » dites-le-moi, que ce jeu singulier où les hommes » jouenD sur leur propre tête, parient pour leur mort " mutuelle, et fondent l'espoir de leur gain sur celui » de voir périr avant eux leurs prétendus associés ? vous « avez trop de bon sens pour ne pas le reconnaître : ce » n'est point ici une caisse d'épargnes. C'est une combi- » naison immorale dans son principe, sans garantie , et « qui ne vous offre que des dangers sans avantages. » Oui, faites des épargnes, je vous en loue; mais ces « épargnes sont bien précieuses ; elle vous ont coûté « des sueurs, de privations; elle feront votre avenir; M ne négligeons rien pour ne pas les compromettre, » pour les rendre réellement productives. «

Je ne me borne point à ces faibles raisonnemens ; comme les exemples sont les meilleures preuves en ce genre, je lui raconte l'histoire de la caisse Lafarge, et d'autres encore.

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D'autres , et ce sera le plus grand nombre , d'autres en rentrant dans leur vie accoutumée, à la suite d'une crise passagère, retomberaient naturellement dans leurs anciennes habitudes d'insouciance et d'incurie ; empresse's de jouir d'un retour de bien-être, ils répugneraient à s'imposer des privations nouvelles et volontaires, à la suite de celles que la nécessité vient de leur faire éprouver. Elles ont été cruelles; le père de famille était atteint d'une grave maladie; toutes les ressources manquaient; la femme et les enfans mouraient de faim ; nous avons eu le bonheur de les sauver. Notre mission est-elle terminée? Non, sans doute. Songeons à l'avenir de celui qui ne sait point y songer lui-même ! Rendons-lui du moins profitable la leçon sévère qu'il vient de recevoir ! l'instant est propice. L'infortuné est rendu à la santé; il a retrouvé un état; sa femme aussi a de l'occupation ; ses enfans sont en apprentissage ; tout se ranime; un rayon d'espérance pénètre dans cette demeure, où furent poussés tant de soupirs. L'esprit de notre protégé est plus serein , sa raison plus calme ; il nous écoute avec déférence; il s'est si bien trouvé de se confier en nous ; il a si bien connu la sincérité de notre bienveillance ! Alors nous lui faisons remarquer, avec force, mais sans amertume, qu'avec de l'ordre et de l'économie, il eût pu prévenir la détresse à laquelle il vient d'être soustrait; que de semblables accidens peuvent se répéter encore ; que des malheurs nouveaux et d'un autre genre peuvent aussi le frapper; qu'un jour la vieillesse, les infirmités atteindront sa compagne et lui ; qu'en prélevant chaque jour seulement quelques centimes sur le produit de son travail, il peut se former des épargnes suffisantes pour se mettre désormais

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à l'abri du retour de la misère; que ce sacrifice répété chaque jour sera à peine sensible; que, s'il ne lui survient aucun événement l'àclieux, cette réserve un jour lui composera un petit capital, à l'aide duquel il pourra mieux placer ses enfans, s'établir pour son propre compte, devenir plus indépendant, accroître son aisance par le développement de son industrie. Nous en appelons à toutes les maximes de la prudence, nous invoquons les affections de famille ; nous intéressons sa fierté.

Mais ces épargnes journalières, où les déposera-t-il? S'il les garde dans ses mains, il peut les perdre; il sera tenté à chaque instant d'en faire usage ; il ne leur fera produire aucun intérêt; il ne sait point comment on fait un placement utile et siir. Cette fois, c'est lui qui me demande conseil. Avant de le lui donner , j'examinerai avec soin sa situation , j'étudierai les ressources que peuvent nous offrir les établissemens locaux, la direction qui leur est donnée , les garanties qui les environnent.

Si notre protégé ne recueille encore qu'un faible salaire, s'il a beaucoup de charges, s'il ne peut donc mettre de côté , par semaine , qu'une très-petite somme, si nous le connaissons assez faible pour qu'il puisse se décourager aisément dans le nouveau plan d'économie qu'il vient d'adopter, s'il a besoin d'être lié par quelqu'engagement, s'il serait dangereux pour lui de pouvoir retirer ses épargnes à volonté, nous lui indiquerons d'abord un moyen très-simple, et nous aurons l'avantage de pouvoir le déterminer par l'exemple, celle de toutes les autorités qui est la plus puissante sur les esprits peu éclairés. Qu'on me permette de continuer

à me supposer à Paris , pour y puiser mes exemples. Je reprends donc mon entretien avec cet ouvrier imprévoyant dont je soigne la destinée : « Savez-vous , lui » dis-je, que, pendant que vous consumez chaque jour « le salaire acquis par votre travail , vme foule de vos » camarades, plus prudens et plus sages, ont formé » entre eux des associations fort bien conçues, à l'aide » desquelles ils se mettent à l'abri des dangers qui vous » menacent? Je pourrais vous indiquer près de 200 » sociétés de prévoyance mutuelle qui existent dans ce » but; près de 18,000 ouvriers y sont réunis ; les fonds » qu'elles ont placés ou qui leur restent en caisse , s'é- » lèvent à près de 1,200,000 fr. On estime qu'elles as- » sistent, par an, environ 4^0 infirmes ou vieillards » qu'elles mettent à l'abri du besoin, et environ 1600 » malades auxquels elles ne fournissent pas seulement » des médicamens , mais aussi le dédommagement des » pertes occasionées par la suspension des travaux ; il » en est qui tiennent compte à l'ouvrier blessé , d'une )) somme égale au salaire qu'il eût gagné dans un « jour (i); généralement elles fournissent de i fr. 5o c. » à 3 fr. par jour à leurs malades. Elles soutiennent aussi » un grand nombre de veuves. Plusieurs d'entre elles » ont employé leurs capitaux en métiers , et prêtent ces » métiers à ceux de leurs membres qui n'ont pas le » moyen de s'en procurer (2). N'est-ce pas là précisé- » ment ce que nous désirions pour vous? et quel sa- M crifice devrez-vous vous imposer? On exige de vous » seulement de i fr. à 3 fr. par mois, suivant l'asso-

(1) Celle des déchargeurs de fer des ports de Paris.

(2) Celles des bonnetiers.

« dation que vous aurez choisie, c'est-à-dire de 3 à 10 » centimes par jour (i). Une semblable épargne vous » serait-elle impossible,? lirsiieriez-vous à vous la pres- » crire, en considérant toute la sécurité qu'elle vous » promet? ne tiendrez-vous pas aussi quelque compte » de l'avantage qu'elle vous offre, en vous mettant en » rapport avec des ouvriers estimables, en vous appe- » lant à coopérer avec eux à une institution louable? » Vous en trouverez de toutes professions (2) et dans » tous les quartiers. J'ai votre parole ; j'y compte 5 c'est » de ce moment que vous êtes vraiment sauvé. »

Ces associations, je le sais et je le regrette, n'existent pas à beaucoup près partout où elles seraient né-

(1) Nous puisons ces détails dans le rapport de la Société Philanthropique de Paris , pour Tannée 1 825 , qui était distribué , au moment même où cet ouvrage était sous presse :

Nombre de sociétés de prévoyance connues

de la société philanthropique. '

Nombre dis sociétaires , 17,112

Fonds placés ou en caisse 1,124 000

(2) On remarque que les ouvriers qui %nrent en plus grand nombre dans ces associations sont les imprimeurs et ceux qui exercent des professions analogues , sans doute , parce qu'ils sont plus instruits , et par là sentent mieux le prix de ces institutions. On voit aussi avec regret, que les garçons boulangers qui fournissent une multitude si considérable de malades aux hôpitaux, n'ont institué qu'une seule société de prévoyance, composée seulement de 2-4 membres.

Les cordonniers et bottiers qui occupent aussi le premier ran"parmi les malades de nos hôpitaux , et les indigens secourus à domicile, forment deux sociétés, ne réunissant ensemble que 152 membres.

cessaires; mais si , dans les villes où elles sont encore inconnues, des personnes zélées, expérimentées, entretenaient des rapports habituels avec les indigens, étudiaient les causes et les remèdes de la pauvreté, on ne tarderait pas à sentir le besoin d'établissemens analogues, à en provoquer la formation : le ministère des visiteurs les mettrait naturellement à portée de faire cette bonne action de plus; il leur suffirait d'engager, par leurs conseils, quelques ouvriers à donner l'exemple. Il est peut-être aussi quelques villes où l'on a même redouté la création de sociétés semblables; on a appréhendé qu'elles ne servissent à favoriser les coalitions d'ouvriers. Mais, l'expérience doit rassurer pleinement contre ce danger : l'on vient de voir que près de 18,000 ouvi'iers sont ainsi réunis en association dans la capitale, sans qu'il en soit résulté aucun inconvénient. Dans le nombre de ces institutions, on en trouve dont l'origine remonte à 1694, à 1760, etc. Il convient sans doute de leur donner une sage direction; à Paris, elles reçoivent des encouragemens et de précieux conseils de la Société Philanthropique , qui exerce à leur égard une sorte de tutelle bienfaisante. Mais les réunions formées dans un but favorable aux bonnes mœurs, dans un esprit d'ordre, sont naturellementanimées d'intentions louables. Tout ce qui tend à faire naître, à entretenir l'esprit d'ordre, d'économie et de prévoyance, dispose par cela même aux habitudes les plus salutaires pour les mœurs. Les réglemens des sociétés de secours mutuels renferment d'ailleurs ordinairement des dispositions très-louables et qui doivent exercer une semblable influence d'une manière plus directe encore : la plupart excluent de toute répartition dans l'assistance

inuluellc, ceux des associés qui ne souffrent que par suite d'intempérance, de déhauche, de rixe volontaire (i).

(1) Qu'il nous soit permis de citer ici un seul exemple du l)ori esprit qui rèjjne dans (]ueltpies-uiis de ces ré{;lemcns : nous le prenons au hasard dans la société des secours mutuels des ferblanticrs-lampisles , instituée en 1814.

Titre 5. — Art 17. — Les trois survcillans font, cliacun d'eux pendant quatre mois , le service actif que le besoin réclame près des malades, pour s'assurer de la moralité des candidats , enfin dans toutes les circonstances où leurs bons ofilces sont nécessaires. Lors des réunions , ils se placent de manière à voir chacnn une portion des membres et à en être vus. Ils veillent aussi au maintien de l'ordre , et avertissent le syndic de tout ce qui est irrégulier.

Art. 20. — Aux membres du bureau appartient exclusivement le droit de prendre , de la manière qu'ils jugent la plus convenal)le , les rensei{jncmciis sur la conduite présumée répréhensible , sous quelque rapport que ce soit , des membres , et de proposer à la société les moyens de répression , qui sont la cotisation extraordinaire on la radiation.

Art. 25. — Dans le cas où une proposition faite par un on plusieurs membres serait danjjercusc ou inconvenante , le bureau , après avoir pris l'avis du conseil, aurait droit d'écarter la proposition, en faisant connaître à l'assemblée les motifs de sa décision. Titre. 6. — Art, 3. — Tous les membres seront induljjens les uns pour les autres.

Art. 5. — Le bon ordre et l'intérêt de la société exigent que les membres ne s'occupent et ne parlent dans les réunions , que des choses utiles , ou au moins , qui ne sont point déplacées. Ils ne peuvent parler plus de trois fois sur le même sujet.

Art. 7. — Tout membre qui se présenterait dans un état d'ivresse ou d'indécence serait éloigné sur-le-champ, mais sans amende .

Dans le midi de la France, et en Italie, des associations analogues ont réuni un caractère religieux à des vues de secours mutuels, et pris la forme de confréries; à Rome, elles sont fort anciennes et fort nombreuses; elles pourvoient à la sépulture de leurs membres; plusieurs ont été assez opulentes pour élever de magnifiques églises. Mais l'esprit d'ordre, d'économie et de prévoyance n'est point toujours celui qui préside à leur existence.

Je suppose maintenant que mon protégé soit en mesure de porter un peu plus haut ses petites épargnes journalières , qu'il en aitle courage, qu'il y ait pris goût d'après l'essai qu'il vient d'en faire; je suppose qu'il

A.j.t, 8. — Le membre qui troublerait la tranquillité par de . propos inconvenans , menaces ou injures , et qui n'obéirait pas à l'ordre que le syndic lui donnerait, de garder le silence, ou de se retirer , paierait une cotisation extraordinaire , etc....

Titre 10. — Art. 3. — L'ouvrier malade par suite d'intempérance ou de débaaclic , de provocation ou de rixe volontaire , ne recevra aucun secours , etc..

Titre. 13. — Art. 14. — Pour consacrer par un acte religieux la fondation de la société, tous les ans', le jour de la Saint-Eloi , anniversaire de cette fondation , il sera célébré une messe sur la paroisse où se tiendra le bureau de la société. La piété et non l'ostentation dictant cette disposition solennelle, une somme de 20 francs sera consacrée pour cette messe , à laquelle tous les membres , hors ceux qui ne professeraient pas la religion catholique , seront invités à se rendre. Une autre somme de 20 francs sera remise dans les mains du maire de l'arrondisscmement , peur être distribuée aux indigens. Si , par des circonstances imprévues, cette dernière partie de la mesure ne recevait pas son exécution , la désignation des indigens serait faite par la société , et la somme dç 20 francs leur serait exactement remise.

prévoie un moment où il aura besoin d'un petit capital , soit pour acheter on renouvelerun métier, soitpour se mettre clans ses meubles , soit pour rembourser une somme qui lui a été prêtée , soit pour se marier , soit , s'il est marié , pour l'époque des couches de sa femme, soit enfin pour placer ses enfans; et à quoi un petit capital ne pourra-t-il pas lui être utile? Alors , j'aurai de nouvelles indications à lui donner. Ces indications lui seraient également utiles, s'il ne voulait ou ne pouvait pas recourir aux sociétés de secours mutuels qui nous occupaient tout-à-l'heure ; tel est , par exemple, le cas où il ne serait pas assuré de séjourner quelques années dans la ville où ces sociétés sont établies.

« Il nous faut, mon ami, trouver réunies, à la fois , » trois conditions difficiles : il nous faut trouver un » dépôt où vos épargnes soient en parfaite sûreté ; il » nous faut aussi trouver un établissement oùellesfruc- M tifient autant que possible ; il est nécessaireenfin que M vous soyez libre de les retirer au moment peut-être » imprévu , où vous aurez besoin de votre petit capi- » tal. Et bien ! les voici réunies en effet dans la Caisse » iV épargnes. Elles est gérée par les hommes les plus » recommandables,qui l'ont dotée eux-mêmes , qui don- » nent gratuitement leur temps et leurs soins pour la « servir. L'ordre, l'habitude, l'économie la plus rigou- » reuse président à ses opérations. Si vous pouvez met- <> treen réserve 4o c. par jour , vous retrouverez à votre » disposition, sans peine , sans inquiétude, au bout

>' de 10 ans 1,871 fr. 28 c.

dei5 3,221 08

de 20 4>954 ^^

deaS 1 t^l^ ^^

de 3o • . . 10,029 fr. 78 c. (1).

» On peut vous garantir ce capital; vous êtes libre de » déposer plus ou moins, pourvu que vous n'excédiez » pas 5o francs par semaine, ce que vous n'êtes guère » en mesure de faire quant à présent. Allons-y ensemble » dimanche prochain. Vous verrez' de vos propres yeux ; » vous verrez que la foule se presse pour pro fiter de M cet avantage; avec quel ordre, quelle célérité, avec » quelle bienveillance les déposans sont servis. » Mais non , au lieu de discourir avec mon protégé , je lui donnerai à lire les trois visites de M. Bruno (2). Nousjouissons de voir ces salutaires institutions, jadis ignorées en France, s'y multiplier et s'y consolider de jour en jour^ étendre dans nos provinces leur bienfaisante influence. La Caisse d'épargnes de Paris , a offert le premier exemple, et a aussi justement servi de modèle : fondée en i8i8,elle a rapidement atteint le plus haut degré de prospérité, c'est-à- dire le plus haut degré d'utilité» Le revenu de sa dotation , formé en partie des dons de ses fondateurs s'élève à 55,ooo fr. environ; ses dépenses annuelles ne s'élevant ,qu'à 44jOOO f^* sont beaucoup au-dessous de l'intérêt de son capital. Le nombre des comptes ouverts aux déposans, est en ce moment d'environ 28,000, et la totalité des sommes déposées, savoir :

1° Rentes inscrites au nom des déposans , 235,620 francs en bons de rentes;

(1) Voir la table de M. Francœur, sur la Société d'épargnes de Paris.

(2) Charmant opuscule de feu M. Léniontcy , où l'esprit le plus piquant et le plus aimable s'est mis an service de la bienfaisance. Heureux les hommes de lettres quand , d'un écrit, ils peuvent faire ainsi une bonne action !

2" Sommes ni numéraire et eapilal , 1 , 385,525 fr. 17 c. (1).

Jusqu'à ce jour, les femmes elles filles se présentent en plus j^fiand nombre (jue les hommes; les filles de boutique, les commis de magasin, les domestiques surtout forment la plus grande partie des déposans. Le nombre desouvriers n'est pasaussi considérable. Mais, indépendamment de ce que les ouvriers sont probable^ ment moins instruits, moins prévoyans, moins économes , de ce que leurs salaires aussi sont plus modiques , il ne faut pas oublier que près de 18,000 ouvriers niettenten commun leurs épargnes dans des sociétés de prévoyance. Plusieurs deces sociétés viennent au reste elles-mêmes déposer à la caisse d'épaignes le montant des collectes faites parmi leurs membres.

II peut être intéressant de comparer à cette situation celle d'une caissed'épargnes de province: celle de Lyon a été fondée le i5 décembre 1822; jusqu'au 3i décem- ])re i8'i5 ,elle avait reçu. . . 4^2, i56 fr. 17c. dont elle avait encore. . . . 882, 485 fr. 3i c.

(l)La Caisse d'épargnes a, pour garantir cette dernière somme, 119,975 fr. de rentes sur l'état, inscrits en son propre nom, qui, au cours de 57 fr. 65 c, suffiraient pour rem])Ourser cette somme. En 1825 , il a été reçu par la caisse 70,032 dépôts , formant une somme totale de 3, 107, 251 fr.j il s'est présenté 6,126 nouveaux déposans, 5,836 ont demandé des rcmboursemens , dont 4,414 seulement leur remboursement total , et les sommes ainsi restituées se sont élevées pendant la même année à 535,834 fr. 83 c. Il a été délivré aux déposans des inscriptions de rentes pour 76,780 fr. de rente. L'établissement a constamment suivi une marclie progressive; il semble maintenant avoir atteint en développement tout ce que permettent les circonstances matérielles du service.

Savoir :

14,010 fr. de rentes en portefeuille , environ 280,000 fr.

Numéraire en caisse. . 102,295 51 c.

Cette somme appartenait à 512 ouvriers, dont 251 ouvriers

en soie.

312 domestiques.

70 employés divers.

68 enfans mineurs.

6Q petits rentiers.

1,028 déposans.

La dotation de cet établissement ne s'élève encore qu'à 26,000 fr. environ.

Le placement en rentes sur l'état, des fonds recueillis par les caisses d'épargnes est à tous égards convenable , et offre plusieurs avantages ; il a cependant, dans l'état actuel , l'inconvénient d'exposer ces caisses à des pertes considérables , si le taux courant des rentes venan t à éprouver une forte baisse et un grand nombre de remboursemens venant à être subitement demandés, ces caisses étaient contraintes de réaliser leurs rentes à un taux inférieur à celui de l'acquisition ; il a aussi l'inconvénient d'attirer l'attention des classes inférieures de la société sur l'oscillation des effets publics, lorsque ces oscillations sont sensibles , et de les exposer par là à s'occuper des chances de gain ou de perte qui en résultent. Il serait désirable qu'en France, comme en Angleterre, un crédit fut directement ouvert au trésor royal à un intérêt fixe, pour les sommes que ces caisses seraient autorisées à y placer, et on se flatte d'obtenir une faveur que sollicitent les motifs les plus plausibles. Plusieurs fabricans, propriétaires de grands établissemens d'industrie, ont érigé dans l'intérieur de leurs ma-

nti PAi;vnii. 2yi

n II fact lires, avec une sollicitude toute paternelle, des caisses d'épargnes pour les familles de leurs ouvriers (ij.

Si quelques grandes villes ont seules l'avantage de posséder des caisses d'épargnes, et si les grandes villes peuvent seules en effet les instituer dans leur sein , ne pourrait-on pas cependant y faire participer les autres localités , les simples villages eux-mêmes? Il m'est souvent arrivé de déposer à la caisse d'épargnes de Paris pour des personnes qui habitaient à plus de quarante lieues. Ne pourrait-on recevoir et inscrire dans les mairies, par exemple , les épargnes des habitans du lieu, qui voudraient jouir de ce bienfait , et les envoyeràla caisse d'épargnes la plus voisine , en une seule somme et sous un nom collectif? Si un semblable arrangement pouvait s'effectuer, il deviendrait facile d'établir une caisse d'épargnes, au moins dans les principales villes de chaque département ; ses opérations acquerraient, par le concours des habitans disséminés dans le territoire, l'extension nécessaire que peut-être les dépôts du chef-lieu ne suffiraient pas à lui donner.

Mais revenons à l'indigent que nous avons ressuscité, et dont nous voulons assurer la destinée.

Je l'ai accoutumé à envisager l'avenir: maintenant je ne le trouve point encore rassuré ; il veut tout prévoir ; il me dit :

« Une inquiétude me tourmente et m'assiège : en •> jetant les yeux sur ma femme, sur mes petits enfans , '» je pense qu'un accident imprévu peut demain me sur- » prendre, leur enlever l'appui que je leur prête ; ils ne

(1) Nous citerons dans le nombre la belle fabrique de Wcsserlinjj ( Ilaut-Rhin ), appartenant à MM. Gros, Davi!licrs, Odicr et RoQiau.

» vivaient que de mon travail ; que deviendront-ils ? » les faibles épargnes que j'aurai pu accumuler en quel- » ques mois, en quelques jours ne leur seront peut- » être d'aucun secours. » — « Eh bien î mon ami , nous » avons encore un préservatif contre ce danger. Vou- » lez- vous assurer à votre veuve, a vos enfans, une » ressource déterminée, une somme fixe qui ne puisse » leur échapper, alors même qu'en effet vous leur se- » riez enlevé demain ? je vais vous en indiquer les « moyens : vous avez trente ans : je suppose que vous « désiriez porter à 2,5oo fr. le petit patrimoine dont « vous voulez les mettre en possession à votre mort , » quelle que soit l'époque où elle arrive; il suffira que » vous vous engagiez à verser 62 fr. par an ; ce n'est » guère que 5 fr. 20 c. par mois ; ce versement suffira » pour remplir vos vues, n'eussiez-vous pu vivre qu'un » mois pour remplir votre généreux dessein. — Une » somme de 5oo fr. vous est arrivée d'une manièreinatten- » due, par un legs , un bénéfice quelconque ; v ous voulez » aussi la mettre en réserve, pour servir seulement à » l'héritage de ceux qui vous sont chers ; eh bien! en » la déposant de la même manière, vous garantissez » 1,200 fr. à votre famille, pour le jour de votre décès. » Je ne vous donne ici que la proportion ; vous coin- )> prenez que le patrimoine créé par vous croîtra en rai- » son de votre mise. » — « Comment cela ? me dit-il , et » que ne ferais-je pas pour être en paix sur le sort de » ma famille ? »

Alors je lui indique les assurances sur la vie; je lui explique ce mécanisme et le but de cette ingénieuse combinaison dont les avantages, si bien appréciés en Angleterre, sont encore si peu connus en France; com-

nu FAUVUE. 2^3

binaison éniinenmicnt favorable aux affeclions généreuses, puisqu'elle aide seulement celui qui en profite à faire jouir ceux qui lui survivront un jotir, des fruits du sacrifice qu'il aura lait lui-nicme pendant sa vie! tant de causes détruisent les patrimoines ! Combien est précieuse celle qui sert à en recomposer de nouveaux !

Peut-être mon protégé désire-t-il obtenir un capital à une époque déterminée; le même genre d'établissement lui offrira encore cette facilité : en déposant chaque année une somme de j oo fr. , un peu moins de 28 c. par jour, il se créera le capital ci-après :

Apres 10 ans. . 1,338 fr'

15 ans 2,298

20 ans 5,576

30 ans 8,086

C'est encore une caisse d'épargnes , où d'un côté , les produits de l'accumulation sont plus élevés; qui d'un autre côté, exige que le versement soit périodiquement et régulièrement continué pour la même somme, et qui ne permet pas d'^ retirer le dépôt à volonté, mais seulement à une époque fixe. Elle ne convient ni aux mêmespersonnes, ni aux mêmes circonstances.

Le même genre d'établissemens offre encore d'autres combinaisons variées, qui se plient à la variété des situations et des vues de ceux qui veulent se créer des ressources dans l'avenir. C'est en Angleterre surtout que ces combinaisons ont subi la fécondité la plus remarquable , et quelquefois produisent aussi les résultats les plus compliqués. En France, où ces institutions sont encore si récentes , où l'esprit de prévoyance a trop peu pénétré encore dans les mœu/s des diverses classes de

la société où les événemens qui se sont succédé depuis quarante ans, ont disposé les esprits à voir des cliances nombreuses d'incertitude dans l'avenir, le principe des assurances sur la vie a besoin de se présenter sous la forme la plus simple , pour s'accréditer dans l'opinion. Toutefois , avant d'engager notre protégé à profiter de ce genre d'établissemens, nous apporterons les soins les plus scrupuleux à nous assurer qu'ils offrent les plus complètes garanties, qu'ils sont administrés avec intégrité et prudence ; nous ne nous en rapporterons point aux programmes, aux prospectus , aux articles de journaux : nous nous informerons du nom des administrateurs, du capital de l'établissement, de l'emploi qui en est fait; nous examinerons les comptes annuels, qui doivent être rendus et publiés (i). C'est un examen auquel

(1) Plusieurs établisscmens à^ Assurances sur la Vie, ont été formés à Paris , par les compagnies qui s'occupent en général d'assurances. Si nous ne nous trompons il n'en existe plus en ce moment que deux : l'une cV Assurance mutuelle sur la Vie, formée en 1820 , l'autre celle qui appartient à la Compagnie d'assurances générales : cette compagnie, administrée avec une grande sagesse par les hommes les plus recomraandables , a affecté un capital de 5 millions , à la garantie des assurances sur la vie : voici quel était au 31 décembre 1825 , l'état de ses diverses opérations :

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