CHAPITRE XXI
DE L HARMONIE DANS LE SYSTEME GENERAL DES SECOURS. RÉSUMÉ ET CONCLUSION.
Il y a une bienfaisance publique qui s'exerce par l'administration générale ou municipale, une bienfaisance privée qui s'exerce isolément par chaque individu, une bienfaisance qui tient à la fois de l'une et de l'autre, et qu'on pourrait appeler collective , qui s'exerce par des associations indépendantes et volontaires.
La bienfaisance individuelle peut se borner elle-même à une contribution pécuniaire, et dans ce cas nous l'appellerions oiswe; elle peut aussi devenir active, en employant elle-même soit ses propres dons, soit ceux d'autrui.
Celte bienfaisance s'applique aux pauvres, de trois manières :
Ou bien en les réunissant dans des établissemens communs , hôpitaux pour les malades et les convalescens , hospices pour les vieillards et les incurables , ateliers de travail pour les valides, écoles d'instruction ou d'industrie pour les enfans, dépôts de mendicité ;
Ou bien , en les laissant disséminés , par les secours à domicile, donnés soit en santé, soit en maladie; par les consultations gratuites; par les apprentissages , les placemens en pension à la campagne;
Ou enfin, les réunissant par de certains rapports, quoiqu'en laissant chacun d'eux dans son domicile ,
comme par les institutions de prévoyance, les caisses d'épargnes, les associations d'assistance mutuelle.
Le but commun que se proposent tous ces genres de secours , consiste :
1° A prévenir, autant qu'il est possible, l'indigence dans ses sources;
2° A réprimer , autant qu'il se peut, l'indigence, volontaire et factice;
3° A faire en sorte que l'indigent tire lui-même tout le parti possible des ressources qui lui restent ;
4° A lui procurer, dans le cas de détresse momentanée , par maladie , accident , manque de travail , ou surcbarge de famille, le genre d'assistance qui lui est nécessaire , dans la juste mesure de ses besoins ; mais de manière à ne prolonger cette assistance que pendant la durée de sa détresse, à accélérer le moment où il en sera délivré, à prévenir enfin le retour des mêmes embarras ;
5° A assurer une assistance durable à celui dont le malheur est sans terme et sans remède ;
6° A procurer cette assistance , avec les moindres frais possibles ;
^° A faire en sorte que l'espèce et la quotité des secours soient dans un rapport constant avec la situation physique et morale de l'indigent , avec la nature de ses besoins , et à ce qu'il ne soit point exposé à en abuser.
On voit d'un coup d'oeil que ce but ne peut être atteint qu'autant que l'harmonie la plus vaste, la plus constante, la plus générale règne entre les trois modes de secours, comme entre les trois ordres de bienfaisance.
On voit aussi que les fonctions du visiteur du pau-
vre sont le moyen le plus simple et le plus assure d'obtenir cette harmonie.
Il y aura d'autant plus de secours réclames , que les institutions de prévoyance seront plus imparfaites et plus rares; les hôpitaux et les hospices devront être d'autant plus vastes , et les conditions d'admission d'autant plus faciles, que les secours à domicile auront moins de régularité et d'étendue ; les dépôts de mendicité seront sans objet, si les indigens valides trouvent du travail , et les invalides du soulagement. Les établissemens publics doivent se coordonner entre eux, se partager les diverses misères humaines, se servir de complément les uns aux autres.
Si la bienfaisance publique, la bienfaisance privée et la bienfaisance coUeclive ne s'entendent pas entre elles, il y aura bientôt confusion et désordre. Ici l'intempestive accumulation des secours et les doubles emplois encourageront la fausse misère; là les lacunes et le vide occasipnneront un injuste abandon; l'une détruira ce que l'autre aura fait. Au contraire, siles trois bienfaisances savent se concerter entre elles , il y aura économie, simplicité, sage et juste répartition; on s'éclairera, on s'aidera réciproquement. 11 est même à désirer qu'il irègne quelque concert entre les travaux des diverses associations charitables, et quelque accord entre les charités privées.
La bienfaisance oisive donne au hasard; elle peut faire autant de mal que de bien ; elle fait le bien sans discernement, et presque sans mérite. C'est dans le visiteur du pauvre que la bienfaisance active prend son vrai caratère.
Le visiteur du pauvre peut exercer ces fonctions
seulement pour son propre compte, c'est à dire pour se diriger dans l'emploi de ses dons particuliers : il peut les excercer pour le compte et au nom d'une association charitable, pour le compte de l'administration publique, comme, par exemple, dans l'office que remplissent les dames de charité, les administrateurs et commissaires chargés des secours à domicile.
En remplissant les fonctions pour son propre compte le visiteur du pauvre donne à l'exercice de la bienfaisance active, le plus haut degré de perfection dont elle soit susceptible ; à la bienfaisance privée , son plus haut degré d'utilité : seul il a un guide , une règle , une mesure dans l'emploi de ses dons. Mais le ministère du visiteur du pauvre est encore le seul moyen d'établir le concert possible entre les actes de la bienfaisance privée , exercée par une foule d'individus isolés , étrangers les uns aux autres. Car il opère une répartition , une division naturelle des familles, sous des tutelles séparées. Chaque visiteur adoptant ainsi quelques malheureux , on éviterait les doubles emplois ; le visiteur connaîtrait trop bien la situation de celui qu'il a pris sous sa protection , pour ignorer l'assistance habituelle accordée à celui-ci par quelque autre bienfaiteur. C'est même le seul et unique moyen de prévenir la confusion qui devient inévitable lorsque les personnes bienfaisantes donnent au hasard , chacune de leur côté : certains pauvres, alors, reçoivent de plusieurs mains , et ce sont les plus intrigans, souvent les moins à plaindre: d'autres restent abandonnés, ignorés, précisément parce qu'un reste de fierté, parce qu'une pudeur respectable les empêchent de se produire.
En remplissant son ministère pour le compte de lad-
ministration publique ou des associations charitables, le visiteur du pauvre deviendra également l'anneau naturel qui unira la bienfaisance publique ou collective, à la bienfaisance privée. Par là, les deux premières recueilleront abondamment, et les secours variés , et les lumières que celle-ci leur portera; celle-ci à son tour fera jouir les malheureux auxquels elle s'intéresse , des diverses institutions fondées et entretenues par celles-là.
L'administration publique ne doitjamais se charger de ce que les simples particuliers feraient aussi bien qu'elle. Cette règle, sage dans tous les cas, s'applique surtout aux oeuvres de bienfaisance. Car , si , par un zèle louable dans son principe, mais mal dirigé, l'administration voulait dispenser les simples particuliers de soulager les misérables , elle arrêterait l'exercice de l'une des plus nobles vertus j comme elle ne peut, d'ailleurs, employer que les fonds que lui ont fournis les contribuables , elle ne ferait que convertir, pour les particuliers, en un tribut obligé , ce qui eût été un bienfait volontaire.
Rien n'est plus funeste, rien n'est plus injuste souvent, et cependant rien n'est plus ordinaire, qu'une disposition réciproque de défiance entre l'administration et les particuliers. On ne saurait croire tout ce que l'autorité acquerrait de puissance pour faire le bien, par la confiance générale: en se plaçant au centre des associations charitables , en les encouiageant , elle établirait un heureux concert entre ces associations diverses; en empruntant le concours de simples particuHers, elle éclairerait sur ses intentions; c'est à elle qu'il appartient de montrer le but, de donner l'exemple, de lever les grands obstacles, et de prévoir pour l'avenir:
mais elle doit ensuite faire un appel aux sentimens généreux , et rendre aux vertus privées le plus cligne hommage, en s'en remettant à elles pour achever son œuvre.
Multiplier indéfiniment les établissemens publics, accroître sans mesure leurs dotations , c'est aller contre le but, c'est encourager l'indigence; mais, assister le pauvre dans sa famille, placer les vieillards , les enfans en pension, en apprentissage/ autant qu'il est possible ; réserver les asiles publics à ceux qui ne peuvent en avoir d'autres ; approprier ces asiles à leur vraie destination, et par conséquent connaître avant tout, avec discernement , la situation individuelle de chaque pauvre; par conséquent aussi , organiser comme condition fondamentale, un bon régime d'information et de surveillance, tel est le véritable et le seul moyen de perfectionner le système des secours publics.
Voici donc la première conséquence à laquelle nous sommes conduitspar les considérations qui nous ont occupés : c'est que tout bon système d'administration des secours publics dépend essentiellement de l'institution des visiteurs du pauvre , du soin que l'administration mettra à les bien choisir, à en multiplier le nombre. L'idéal consisterait à faire en sorte que chaque famille pauvre pût se trouver sous la protection d'une famille aisée, y trouver son visiteur, son tuteur officieux. Cet idéal, dans l'état présent des choses, est difficile à atteindre : on obtiendra du moins un résultat d'autant plus parfait qu'on s'en rapprochera davantage. L'expérience prouvera aussi qu'on s'en rapprocherait progressivement par l'institution dont nous parlons.
Ce que nous disons de l'administration publique s'ap-
plique aussi, sous quelques rapports, aux fonctions des ministres des autels. Deux lieaux et saints ministères leur appartiennent: celui d'exciter et d'entretenir dans les cœurs, au nom delà religion dont ils sont les organes , le feu céleste de la charité, celui de porter à l'être souffrant et délaissé les plus vrais soulagemens, les consolations de l'évangile, et les plus utiles de tous les secours, je veux dire de sages conseils pour la réformation des mœurs. Sous ce double rapport, l'intervention des ministres des autels occupe donc le premier rang dans les institutions établies pour l'adoucissement des maux qui affligent l'humanité. Lorsqu'ils plaideront la cause du malheur , quelle éloquence prêteront à leurs paroles les inspirations de cette religion sublime qui a placé le culte dans l'amour, qui a identifié l'amour de Dieu et l'amour des hommes, qui a tenu compte de l'assistance donnée à nos frères , comme d'une offrande acceptée par Dieu même! Lorsque nous les voyons entrer sous l'humble toit habité par l'infortune, quelle aurore d'une douce espérance ne semble pas rayonner à leur aspect! comme le pauvre, instruit par eux de la dignité de sa condition , relève son front abattu ! Qui, mieux qu'eux, saura sécher les larmes , ranimer le courage, inspirer la résignation ? Avec quel respect nous les recevons dans nos assemblées formées dans quelque but utile à l'humanité, lorsqu'ils viennent nous y apporter l'exemple des intentions les plus pures, et les instructions de leur longue expérience ! La double fonction qu'ils remplissent, les rend naturellement dépositaires à la fois et des bienfaits destinés au malheureux par quelques-unes des personnes dont ils ont su attendrir le cœur , des secrets des infortunés qu'ils ont con-
soles j et ce double dépôt ne peut être mieux confié. Ils sont donc les visiteurs-nés du pauvre. Ils sont les chefs de cette grande mission qui vient apporter le soulagement dansle champ des misères humaines. Mais, loin qu'ils excluent de cette belle mission les laïques des deux sexes, qu'ils n'aspirent qu'à leur servir de guides ; ils doivent désirer leur concours : car, ils n'auraient enseigné qu'une charité imparfaite, s'ils n'avaient pas inspiré le désir de joindre à l'aumône, l'activité des soins individuels; car encore , plus ils étudient eux-mêmes l'art de la charité, et plus ils sentent combien ce concours des séculiers est nécessaire pour subvenir à un si grand nombre, à une si grande variété de besoins. Aussi les curés de Paris avaient-ils provoqué autrefois la formation de ces compagnies de charité, composées de dames et de bourgeois de diverses classes; et leur exemple avait été suivi dans les paroisses des principales villes de France. Ainsi s'établira une troisième espèce d'harmonie, l'une des plus désirables sans doute, celle qui fera concourir l'assistance morale et religieuse, avec les secours matériels et les prévoyances de l'ordre
Il n'est peut-être pas sur la terre une existence plus digne d'envie que celle d'une sœur de la charité : car il n'en est pas où l'on goûie la douceur de se dévouer plus complètement pour les autres, avec un oubli plus absolu de soi-même; et cette douceur n'est troublée par aucun orage, aucune agitation de l'ambition ou de la crainte. Soit que, dans un hôpital , elle veille auprès du lit du malade ; soit que, dans un hospice, elle remplisse les fonctions de mère de famille, pour ceux qui ne peuvent pourvoir eux-mêmes à leurs besoins; soit qu'elle
préside à l'école, à l'ouvroir où s'instruisent les jeunes filles; soit que, dans la maison de secours, elle distribue les alimens, les médicaniens, les vôteinens, elle ne respire que pour faire du bien ; diligente et calme tout à la fois, intelligente, modeste, expérimentée, pleine d'ordre, attentive , réservée, indulgente, elle se délasse de ses fatigues dans la méditation et la prière. Elle n'est distraite en rien de ses touclians devoirs. Qu'elle puisse vaquer aussi à la visite des pauvres, ce ministère lui appartient de plein droit; qu'elle assiste particulièrement les infirmes. Qu'elle soigne l'exécution des prescriptions du médecin ; nous irons chaque jour la consulter, solliciter ses bons offices, et souvent elle nous aura devancés. Mais ces excellentes sœurs ne peuvent suffire à tout; il est beaucoup de choses dans lesquelles des convenances délicates ne leur permettent guère d'entrer; il leur est utile d'être assistées , suppléées par quelques personnes du monde. Alors même qu'elles pourraient tout voir et tout faire, il est une grande considération morale qui suffirait pour appeler autour d'elles des personnes du monJe, empressées à les seconder: c'est qu'on appellera en même temps ces dernières à étudier, à suivre leurs exemples, à partager leurs mérites ; c'est qu'on formera ainsi une vaste chaîne dont elles seront les principaux anneaux; c'est qu'on répandra ainsi de proche en proche dans la société ce céleste esprit de charité dont elles sont animées. L'exercice de cette admirable vertu ne saurait être un monopole, un privilège, prendre la forme d'une profession. Il est pour tous et un droit et un devoir, se réglant, pour chacun , sur ce que lui permet sa situation particulière. Nous serons bien loin, sans doute, d'inii-
ter do tels modèles: faisons du moins ce qui est en notie pouvoir ; notre part sera encore assez belle.
Une personne du monde, une mère de famille qui remplit les fonctions de dame de charité , loin de se laisser par là distraire et détourner des devoirs que lui imposentlesliens qu'elle a contractés, n'en sentque'mieux le prix , ne met que plus d'empressement à les accomplir. Les momens qu'elle donne à la visite du pauvre, ne sont pris que sur les heures perdues pas d'autres en choses futiles. La pratique habituelle d'une générosité éclairée répand dans son commerce quelque chose de bienveillant , de sei'cin et de doux , dont ceux qui ont le bonheur de l'approcher, ressentent l'influence, sans peut-être en connaître la cause. Elle ne fait point parade de son zèle; on ignore mêmeautour d'elle tout le bien qu'elle fait. Quelquefois cependant elle se fait accompagner de ses enfans, etleur confîeson secret, en récompense de la satisfaction qujls lui ont donnée. L'expérience qu'elle a acquise dans la direction de son ménage , les relations qu'elle entretient dans la société, lui fournissent mille moyens naturels d'être utile aux malheureux. Les femmes ont un art admirable pour pénétrer dans le cœur de ceux qui souffrent, et un inépuisable génie pour trouver les moyens de les soulager.
Un avantage inappréciable de l'intervention des visiteurs du pauvre , c'est qu'elle crée, pour l'indigence, un ordre entier de secours nouveaux et aussi variés qu'abondans. Nous voyons souvent les fonctions de dames de charité remplies par des personnes que les malheurs des temps passésontdépouillées detoute leurfortune, et souvent aussi ce sont celles de qui les malheureux recueillent la plus efficace assistance. Elles ne peuvent
guère les aider de leur bourse ; elles font bien plus; elles deviennent, pour eux, une sorte de providence sensible- Nous en pourrions citer qui , dans la situation la plus gênée , trouvent encore le moyen de s'imposer des privations, qui réussissent à procurer à l'indigent, par des moyens indirects, tout ce que réclament ses besoins. Elles font plus que le riche, avec son opulence; elles créent les ressources , comme par une sorte d'enchantement. Quel est donc le trésor où elles puisent? ce trésor, c'est leur tendre sollicitude, leur infatigable activité. Elles devinent tout, prévoient tout. Comme elles prennent à cœur les intérêts du pauvre! Mais aussi combien le pauvre les chérit! que de bénédictions les accompagnent! Que ne nous est-il possible d'exprimer ici la profonde vénération qu'elles nous inspirent, l'attendrissement avec lequel nous contemplons leur belle vie, notre reconnaissance pour tant de bienfaits qu'elles ont su imagine^r! Que ne nous est-il possible de conduire sur leurs traces, ceux qui lisent cet écrit, d'offrir ces touchans modèles à leur admiration ! ils en apprendraient bien plus, dans ce seul spectacle, que nous n'avons pu en dire dans le cours de cet ouvrage. Le peu que nous savons nousmême, c'est à l'école de ces anges de vertu que nous l'avons appris.
Et pourquoi chacun de nous ne suivrait-il pas ces exemples, en ce qui dépend de lui, selon la condition où il est placé, et dans la sphère qui lui est propre? Car ils nous enseignent le véritable mode d'exercer la charilé. Si nous sommes en état de faire d'abondantes aumônes, visitons les pauvres; nous emploierons mieux ces aumônes. Si nous ne sommes pas en mesure de donner beaucoup, nous suppléerons aux secours pé-
cuniaîres par des soins qui ont encore plus de prix. En vain nous prétexterions nos occupations, le défaut de loisir, les difficultés del'cxécution. Quel est celui qui ne peut découvrir dans son voisinage une ou deux familles indigentes, et paraître de temps en temps dans l'asile où elles sont réfugiées? Voici donc la seconde conséquence à laquelle conduisent les vues exposées jusqu'ici : la visite du pauvre est aussi, pour chaque particulier, la meilleure manière de faire le bien. Le devoir de la charité n'est que très-imparfaitement rempli , si nous nous bornons à la simple aumône proprement dite. Au lieu de donner au hasard, aveuglément, aux indigens qui se présentent et s'annoncent pour tels, ayons nos pauvres d'adoption, bien connus, auquel nous nous attacherons, dont nous suivrons la vie, dont nous connaîtrons tous les intérêts, sur lesquels nous concentrerons tous nos secours. Si l'on employait de cette manière les sommes répandues en largesses qui sont perdues, ou deviennent même funestes, il y en aurait assez pour fournir à tous les besoins réels de l'indigence.
Telle est donc l'assistance que nous invoquons , que nous sollicitons avec instance , en faveur de l'infortune; assistance facile et douce, autant que fructueuse, qui coûte peu et se prête à toutes les conditions , qui récompense celui dont elle émane, assistance cependant trop peu connue ou trop négligée. Nous réclamons pour le pauvre de vrais protecteurs , des amis.
Nous avons connu vm vieillard vénérable qui avait porté au plus haut degré de perfeclion ce mode d'exercer la bienfaisance privée. Etranger à la France , mais étant venu y passer les dernières années de sa vie , il s'était fait donner, dès son arrivée, le nom d'un certain
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nombre cl indigons inscrits au bureau de charité de son quartier j il avait fait ensuite, si l'on peut dire ainsi , la connaissance de chacun de ces malheureux , avait recherché les causes de leur détresse, examiné leur situation, observé leur conduite, et avait en conséquence dressé un tableau exact et détaillé de leurs besoins. Il fournissait d'après cela, le linge, les habillemens , le coucher, les alimens, selon les circonstances, mais toujours en nature. Quoiqu'accablé d'infirmités, et dans un âge très-avancé, il allait régulièrement lui même les visiter, s'enquérir de l'usage qu'on avait fait de ses dons, pourvoir aux besoins nouveaux. Il portait en mèuîe temps des consolations, donnait des encouragemens, des conseils, quelquefois il employait des réprimandes. Il tenait un registre dans lequelétaientconsignés riiistoire de chaque indigent, le tableau de sa position, l'indication de tous les objets qui lui avaient été successivement fournis, et les renseignemens propres à servir de contrôle aux demandes qui lui étaient adressées. Il succomba bientôt aux infirmités dont il était atteint; mais, la veille de sa mort il fit encore une distribution de plusieurs effets qu'il avait chez lui en approvisionnemens: en mourant il légua àl'undeses amis le registre de ses pauvres, le soin de leur continuer encore quelque temps des secours, et une somme destinée à cet emploi.
Nous pourrions citer bien des exemples semblables. Si nous avons pu contribuer à en augmenter le nombre , le but que nous nous sommes proposé dans cet ouvrage sera rempli.