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CHAPITRE XX

Les fonctions du visiteur du pauvre forment tout ensemble et l'introduction et le complément du grand art qui embrasse le système général des moyens propres au soulagement de l'humanité. Elles y préludent : car seules elles peuvent procurer l'ensemble d'expériences positives, nécessaire pour établir avant tout la situation des malheureux, leurs besoins, leur caractère et leurs habitudes, condition première de tout bon système de remèdes aux maux qu'ils éprouvent : elles en recueillent ensuite les conséquences , car elles mettent en pratique les applications dans lesquelles ce système doit se résoudre. C'est ainsi que les opérations des arts industriels ont fourni d'abondantes moissons de données expérimentales aux sciences physiques , et mettent en valeur les trésors dont ces sciences se sont enrichies.

11 n'est point exigé , pour faire un bon visiteur du pauvre , d'avoir fait aucune étude dans les livres. Un sens droit, l'esprit d'observation , cette perspicacité que donne un désir ardent d'êtie utile, quelque connaissance du monde et des secrets du cœur humain; voilà les seules conditions dont il ait besoin pour bien remplir ce qu'il y a d'essentiel dans ces fonctions. Mais si , en les exerçant, il a l'occasion , le loisir de se trans-

porter sur un plus grand théâtre, de parcourir le tableau des institutions fondées pour le soulagement de Ihumanité souffrante, d'examiner les recherches auxquelles elles ont donné lieu , avec quel vif intérêt il parcourra cette belle carrière d'études! que de lumières en jailliront pour lui ! Et si , à son tour, il se trouve appelé à prendre une part quelconque dans l'administration des établissemens publics dirigés vers le même but, combien en réunissant et les observations qui lui étaient propres , et les connaissances puisées dans ces études plus générales, il verra les unes se féconder par 1^ autres; combien s'étendra pour lui le cercle des vues utiles !

Rendons justice aux siècles qui nous ont précédés : on ne peut considérer sans une admiration profonde , sans une vive reconnaissance , les nombreux et magnifiques monumens qu'ils ont vu élever de toutes parts en Européen l'honneur de la bienfaisance , les riches dotations qui y ont été affectées, et ces créations dues quelquefois à la générosité d'une seule famille, d'un seul individu. Mais , sachons aussi rendre à notre siècle la justice qui lui est due : c'est lui qui a vu réduire en art, soumettre à des principes réfléchis les vues qui doivent présider à la création , à la direction des établissemens de bienfaisance. Cet art n'a pas seulement pour objet d'y porter un esprit d'ordre et d'économie ; il a aussi , il a essenliellement pour objet de faire en sorte que les moyens adoptés tendent réellement au but, qu'ils n'aillent pas contre le but, ce qui n'arrive que trop souvent. Les améliorations qu'ils procurent , en y portant un esprit d'ordre et d'économie, ne sont pas d'ailleurs à dédaigner, même sous le rapport moral;

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car elles aident à fiiire plus sûrement le bien, à le faire sur une plus grande échelle avec les mêmes ressources. L'avancement général des connaissances humaines , les progrès si rapides obtenus dans ces derniers temps , ont été mis ingénieusement à profit, pour l'art de la philanthropie ; toutes les branches des sciences économiques en particulier ont fourni d'abondantes contributions. Mais, ce qui importe surtout à cet art, c'est d'être éclairé par la masse d'observations que lui apporterait une bonne organisation de visiteurs du pauvre. C'est là le vœu que nous formons , c'est là ce qui manque peut-être encore, pour que l'art dont nous parlons ait atteint tout le perfectionnement dont il peut jouir ; c'est là en parlie, ce qui nous a fait attacher une si grande importance à l'institution du visiteur du pauvre, ce qui nous a engagés à développer avec étendue les résultats qui peuvent jaillir de ses fonctions : car, si toutes les idées justes reposent sur les notions expérimentales, Texpérience fondamentale est celle qui fait bien connaître la matière sur laquelle on opère. De même aussi ce qu'il peut y avoir de plus utile pour le visiteur du pauvre, c'est de voir contrôler par les observations d'autrui , par le spectacle des grands établissemens publics, les idées qu'il s'était formées dans sa pratique privée.

L'antiquité eut ses voyages d'explorations philosophiques, voyages célèbres qui conduisirent les sages de la Grèce en Orient, qui amenèrent Anacharsis en Grèce. Les temps modernes ont eu leurs voyages d'explorations commerciales et scientifiques, pour découvrir de nouvelles terres, étudier les productions des divers pays, observer la nature sur les théâtres divers où ses

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phénomènes se déploient. L'archéologie , les ails du dessin ont leurs voyageuis chargés de rassembler les élémens d'une exacte description de notre globe, de fouiller les ruines des monumens, de reproduire les sites, les costumes. Noire siècle a eu la gloire de voir naître une nouvelle classe d'explorateurs, celle des voyageurs philanthropes qui parcourent les diverses régions, pour y recueillir les exemples du bien. Howard leur a ouvert la carrière; ils s'y pressent sur ses traces. Chaque jour, nous les voyons arriver au milieu de nous, ces actifs et modestes messagers de la bienfaisance, avides de connaître tout ce qui est tenté pour consoler ou soulager les maux qui affligent l'humanité, pour réformer les mœurs , pour répandre l'instruction et de salutaires influences : ils visitent attentivement les divers asiles ouverts au malheur; ils s'enquièrentdes moindres détails; ils s'entretiennent avec ceux qui donnent, avec ceux qui reçoivent l'assistance; ils recherchent le commerce des personnes animées des mêmes sentimens qui respirent en eux; ils applaudissent à ce qu'ils découvrent d'utile; aucune prévention nationale, aucun esprit de rivalité ne trouble et n'altère la sympathie que cette découverte leur fait éprouver; ils en ressentent une joie sincère; on dirait qu'ils ont fait une conquête. Nous apprenons d'eux ce que nous pourrions faire de mieux , sans que leurs observations aient l'apparence de la censure. Les nombreuses comparaisons qu'ils ont faites, donnent à leurs investigations une pénétration et une étendue qui nous étonnent (i). Oh!

(1) Tel fut, entre autres, noire respectable duc Mathieu de Montmorency , enlevé si promptemcnt , Lclas ! à la France , à

qu'ils ne consei'vent point pour eux seuls la moisson qu'ils ont recueillie ! que ce trésor d'expériences comparatives devienne le patrimoine de tous les amis de l'humanité ! Qu'on nous donne le récit d'un voyage inspiré par la charité ! c'est un ouvrage qui manque, lorsqu'il en est tant d'inutiles.

Dans ce mouvement universel, dans cette agitation continue d'une foule de gens qui vont et viennent sans cesse d'un pays à l'autre, et qui offrent sur toutes nos routes un spectacle si animé, en est-il beaucoup qui voyagent dans un but d'instruction semblable à celui que nous indiquons ? Les exemples en sont rares sans doute. Le voyageur philanthrope reste inconnu à ceux qui se trouvent par hasard ses compagnons; il n'en serait peut-être pas compris. Peu d'hommes, il est vrai, ont le loisir et les moyens qu'exige une telle entreprise.

l'humanité , dont il était l'honneur et rornemcnt. Pendant l'exil qu'il subit en 1812 et 1813 , il explora avec soin toutes les institutions charitables des pays qu'il eut occasion de parcourir} il visita dans cet esprit nos principales villes j j'ai en ce moment sous les yeux la collection des notes dans lesquelles il consigna ses observations; c'est une sorte de statistique des établissemens d'humanité, relative à plusieurs de nos principales villes de province j je ne puis les considérer sans émotion et sans attendrissement. On regrette que ces notes, se rapportante une époque déjà ancienne, ne puissent plus être publiées aujourd'hui avec fruit j elles n'étaient destinées d'ailleurs qu'à ses études particulières. Le noble et vertueux duc mit de même à profit un voyage qu'il fit en Angleterre en 1815, et tous ceux qu'il eut occasion de faire en France à diverses cpoques. Il cherchait partout ce qui pouvait répondre au but de sa vie , au plus profond sentiment de son tœur.

Cependant, en exige- t-elle plus que les voyages si fre'quemment exécutés dans des vues de plaisir ou de curiosité? Dans le cours même de ceux qui nous sont commandés par les devoirs et les affaires , n'y aurait-il pas quelques instans que nous pourrions réserver à la visite des établisseinens qui honorent la nature humaine, dont la vue console le cœur? Nous accourons de loin, nous venons habiter quelques mois une grande capitale, nous la parcourons dans tous les sens; ses palais , ses musées , ses théâtres , ses sociétés , ses hommes céKbres , tout a successivement attiré nos regards ; nous avons tout vu, tout... hors une seule chose, les créations de la vertu, les prodiges qu'elle a enfantés, ce grand et admirable spectacle qu'elle présente, en remplissant sur la terre la mission que lui confia la Providence! Que dis-je? et quelle n'est pas notre indifférence? Avons-nous même pris la peine de connaître les richesses de ce genre que l'enferment les lieux de notre résidence habituelle? Combien y-a-t-il de personnes à Paris, même parmi les personnes bienfaisantes, qui aient une seule fois visité nos hôpitaux et nos hospices, qui en aient observé le régime ? Combien d'établissemens de charité qui sont peut-être situés à notre porte, et dont nous ne soupçonnons pas l'existence! Parmi ceux d'entre nous qui prennent un intérêt réel au sort des malheureux, combien en est-il qui sont bien instruits des ressources qu'on peut trouver pour leur être utile, dans les institutions existantes autour de nous? Y a-t-il beaucoup de personnes à Paris, qui savent que les pauvres gens peuvent aller se faire arracher gratuitement les dents à l'hôpital de la Charité, au lieu de se faire estropier par un charlatan , sur une

place publique? Ne rencontrons-nous pas chaque jour des personnes qui ignorent l'existence de nos dispensaires et les facilites qu'ils offrent pour faire traiter un malade, pendant'toute l'année, avec un simple abonnement de 3o fr. par an ?

Du reste, pour recueillir de ces explorations les fruits utiles qu'elles promettent, il faut être préparé à bien voir, il faut s'attacher aussi à bien observer. Ayons des termes de comparaison propres à nous éclairer, des échelles auxquelles nous puissions rapporter ce que nous aurons remarqué. Parmi les termes de comparaison, il en est peu d'aussi essentiels que celui du pauvre, vivant dans son domicile, quand on le rapproche du pauvre reçu dans un établissement public. Dans les parallèles que nous voudrons former entre les divers établissemens publics, il est nécessaire d'avoir égard à la diversité des circonstances locales; il faut surtout ne pas considérer chaque établissement en particulier , d'une manière isolée; il faut avant tout, embrasser l'ensemble et le système général de ces institutions, pour voir comment elles s'aident, se suppléent ou se coordonnent les unes avec les autres; il est telle institution qui tire ses principaux avantages, ou voit naître ses principaux inconvéniens , de son concours avec celles qui coexistent en même temps , dans le même lieu. En visitant un établissement d'humanité, nous pourrons être frappés au premier coup-d'œil de certains signes généraux, d'une certaine physionomie, si l'on permet cette expression, qui annonce plus ou moins l'esprit d'ordre et la régularité de la discipline. Cependant ne nous arrêtons pas trop aux apparences ; souvent une propreté extérieure couvre le secret de bien des négligences;

ne craignons point d'entrer dans les détails; examinons le régime alimentaire, la qualité, la quantité du pain , de la viande, du bouillon, de la boisson j examinons le coucher, la situation des salles et des dortoirs; voyons si l'air y circule et s'y renouvelle facilement, si l'humidité n'y règne pointj visitons la pharmacie, la lingerie, les magasins qui contiennent les provisions, les bains, la cuisine , la buanderie ; sachons quel est le nombre des employés, des gens de service, et la distribution de leurs offices; sachons comment se fait le service de santé, si les prescriptions des médecins sont bien observées : sachons comment ont lieu les admissions, si elles ne donnent sujet à aucun abus; obtenons, s'il est possible, communication des registres; voyons comment est tenue la double comptabilité des deniers et des matières , si le système de cette comptabilité est simple et clair, quels sont les moyens de surveillance et de contrôle; comparons les diverses branches de dépenses entre elles , la dépense totale avec le nombre des sujets secourus.

K'ayons garde de nous borner aux investigations matérielles ; pénétrons, autant qu'il nous sera possible, dans le régime moral : quel esprit règne dans cette maison ? Quelle union et quel concert entre les personnes qui la dirigent ou y servent? Quel empressement, quelle attention , quelle délicatesse respirent dans les soins qui sont donnés aux malheureux ? Quelles consolations leur sont offertes? Quel est le degré de sévérité ou de douceur? Quelles précautions sont prises dans l'intérêt des bonnes mœurs? Quel est l'ordre, le caractère des exercices religieux ? Gomment a-t-on enfin résolu le grand et difficile problème de concilier ce qu'exigent le respect , l'affection dus au malheur, avec les

précautions indispensables pour ne pas appeler et encourager la fausse indigence? Etudions ce qui contribue à rendre les hommes meilleurs; n'est-ce pas apprendre ce qui sert à les rendre plus heureux ? Recueillons avec un religieux respect , tous les exempfes des bonnes actions! Plus d'une fois nous apprendrons de touchantes anecdotes dont nous aimerons à conserver le souvenir. Ne nous bornons pas à nous entretenir avec les chefs et les pre'posés des établissemens; conversons aussi avec les pauvres gens qui habitent ces asiles. Revenons plusieurs fois et à des heures diverses. Nous sortirons même de l'enceinte des établissemens, pour en suivre les ramifications extérieures, pour voir, par exemple, les petits enfans en nourrice et à la campagne, les apprentis chez leurs maîtres, etc. Après avoir recueilli toutes ces informations, essayons de les résumer sous une forme simple et abrégée, qui puisse nous permettre d'en embrasser l'ensemble d'un coup-d'œil , et qui se prête facilement aux nouvelles comparaisons que nous pourrons laire par la suite.

Les faits qu'on a recueillis par soi-même , sont, lorsqu'on a bien vu, plus instructifs que tous les livres. Cependant, comme nous n'avons pu beaucoup voir, comme nous ne sommes pas certains d'avoir bien vu , nous aimerons à nous composer une petite bibliothèque philanthropique. Je dis une petite bibliothèque ; car en ce genre, comme dans beaucoup d'autres, il vaut mieux se restreindre à un bon choix, que d'accumuler les volumes. D'ailleurs , le nombre de ceux qui existent n'est pas considérable, et c'est, je crois , de toutes les bibliographies, la plus bornée, que celle des ouvrages relatifs aux étabUssemens d'humanité. N'accusons pas

de cette stérilité les auteurs seuls : les livres abondent toujours quand ils trouvent des lecteurs ; cette stérilité accuse aussi l'indiflérence et la frivolité du public.

Nous partagerons ces ouvrages en deux classes : la première comprendra ceux qui renferment des descriptions , des récits , où sont exposées , décrites, la marche, la situation des établissemens ; la seconde comprendra les dissertations et les traités sur les principes et les règles du grand art de la bienfaisance publique ou privée. Au reste , les meilleurs écrits sont ceux qui réunissent à la fois ce double caractère.

Notre bibliothèque se trouverait toute formée, si le recueil publié par le zélé Duquesnoy eût été continué et complété. Tel qu'il est du moins, il nous offrira certainement l'ensemble le plus riche, le tableau le plus varié qui existe. Nous y pourrons étudier en détail toutes les grandes créations qui ont été conçues et exécutées en Europe, depuis un demi-siècle. Nous assisterons à cette merveilleuse réformation exécutée à Munich par le comte de Rumford , qui a fait disparaître le fléau de la mendicité, à l'aide d'un système de prévoyance habilement concerté ; qui a rendu une population dégradée, au travail, aux bonnes mœurs, à l'habitude de l'ordre et de la discipline. Nous contemplerons ces beaux étabhssemens de Hambourg , où le travail était sagement employé comme moyen d'éducation pour l'enfance, comme préservatif contre l'indigence , où le traitement des malades à domicile était procuré avec les soinsles mieux entendus,oùla visite et lerecensement des pauvres servaient de préliminaire et de garantie au système entier des secours. Nous admirerons ces institutions de la Hollande^ si admirables en effet, parce qu'elles

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n'ont rien que de simple , rien qui ne puisse être facilement imité, parce qu'elles ont cherché le remède contre l'indigence , non dans des moyens extraordinaires , mais dans la nature même des choses ; si efficaces cependant, que les hôpitaux et les hospices y sont réservés aux cas absolument indispensables, que la distribution des secours à domicile , à l'aide des quêtes volontaires , porte dans toutes les familles le genre et le degré d'assistance nécessaire à ces besoins. Nous arrêterons nos regards sur les mesures prises en Danemarck, par une administration toute paternelle , pour la distribution des secours publics, et qui, depuis vingt-cinq ans, époque à laquelle cette notice fut publiée, ont reçu encore des perfectionnemens sensibles. Nous connaîtrons les institutions de bienfaisance fondées à Berlin et à Potsdam en faveur des artisans. Nous retrouverons à Dublin le comte de Rumford , opérant une réforme semblable à celle dont la Bavière lui avait été redevable , réorganisant la maison d industrie, y excitant l'émulation du travail par tous les moyens , et en particulier par l'ingénieuse distinction des classes, et l'établissement d'une classe de mérite. Nous verrons à Edimbourg, le zèle du principal de sa célèbre université et de plusieurs gens de bien , former , pour donner du travail aux pauvres, une institution qu'on donne pour modèle à Londres même. En parcourant les principales villes de l'Angleterre, de l'Ecosse et de l'Irlande, nous rassemblerons une foule de détails curieux : à Liverpool nous remarquerons l'asile ou école d'instruction pour les aveugles ; à Kendale, un ensemble de mesures concertées avec une heureuse harmonie , pour aider les indigens à tirer le plus grand parti de

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leurs propres ressources; dans les villages, des dlspensations qui respirent une généreuse sollicitude, comme , par exemple, des boutiques de denrées et autres objets de première nécessité , des dîners communs pour les enfans, des dîners de paroisses pour les indigens , des concessions momentanées de petites portions de terrains incultes, des constructions de chaumière, etc. Nous n'oublierons pas de remarquer aussi dans les villes ces dépôts formés par des dames charitables, pour la vente des ouvrages confectionnés par les pauvreshon teux. Nous posséderons aussi dans le recueil de Duquesnoy, plusieurs des ouvrages les plus importans sur la théorie, et nous recueillerons avant tout, de la bouche de l'excellent, du pieux Howard, les observations qui furent le fruit de ses pénibles et longs pèlerinages , et qui, bien que son ouvrage| semble ne concerner que les prisons et les lazarets, renferment cependant tant de documens utiles sur les diverses institutions de bienfaisance. Nous recevi'ons de la main de M. de Liancourt, un extrait substantiel du grand et bel ouvrage de Fréd. Morton Eden , intitulé : Etat des pauvres , ou Histoire des classes travaillantes de la société en Angleterre , si propre à nous faire connaître, chez nos voisins, et les abus que nous devons éviter, et les exemples que nous pourrions suivre ; où nous remarquerons, en particulier, un fort utile modèle pour dresser l'état de situation des indigens d'une paroisse. Nous serons frappés de l'abondance des vues que Jérémie Bentham a pu semer dans Vescpiisse d'un ouvrage enfaveur des pauvres y esquissequi, comme dans tout ce qui est sorti des méditations de ce célèbre publiciste, rattache tout à quelques principes simples j nous y

trouverons des tableaux aussi complets qu'il est possible , de tous les genres d'infirmité et de pauvreté : nous discuterons avec l'auteur , ses idées sur la grande administration centrale des secours, surl'indépendance qu'il veutlui accorder, et sur la réunion des pauvres dans de \astes étahWssemens paiwpù'ques , placés dedistance en dislance. Nous consulterons les recherches sur lespauvres, dans lesquelles l'écossais Macfarland fait une critique si sévère, quelquefois si juste, des hôpitaux et des hospices, fait aussi une apologie si développée du régime des secours à domicile, sans cependant prévoir ni indiquer avec le même soin , les inconvéniens et les abus auxquels ce régime peut être exposé. Nous étudierons , à Pécole du comte de Rumford , tous les détails du régime alimentaire du pauvre^ des procédés les plus économiques pour subvenir aux divers besoins de la vie; nous emprunterons au même auteur ces modèles de formules si clairs, si exacts, si précis pour consigner un résultat de nos observations. Nous suivrons dans sir Richard Burns , VEtat ancien et moderne de la législation anglaise concernant les pauvres , et nous y verrons les plans qui ont été conçus pour améliorer cette législation. Nous jetterons un coup d'oeil sur la dissertation de Good , et l'essai de Samuel Crumps, relativement au travail à procurer au pauvre, etc., etc. Surtout nous lirons, nous relirons avec un plaisir[toujours nouveau, ces rapports de la Société anglaise pour améliorer le sort des pauvres , où l'esprit de la bienfaisance se montre tout vivant, et répand de si abondantes lumières.

A côté de cette riche collection , nous placerons encore quelques ouvrages essentiels , et d'abord , en re-

montant aux ouvragos les plus anciens sur le système général des secours publics , il en est un publié par un anonyme, à Amsterdam, en 1765, sous le titre ^le 1 Homme en société , où nous puiserons des notions utiles sur les hôpitaux, les pauvres, la mendicité. L'Essai d'annales de la charité ou de la bienfaisance chrétienne ^ par Richard, en 1785, nous fournira quelques exemples intéressans. Nous pourrons consulter les œuvres de M. de Chamousel, quelques cahiers des Ephémérides du citoyen j l'Essai sur la mendicité , par Lambin de Saint-Félix, etc.

Notre attention sera puissamment attirée vers le beau et vaste travail sur les secours publics , présenté à l'Assemblée constituante par l'un de nos plus illustres elde nos meilleurs citoyens, par celui qu'on pourrait appeler aujourd'hui le Nestor des philanthropes français. Nulle part, les principes de la matièrene s'offriront à nous exposés d'une manière plus grande, plus saine , plus lumineuse ; nulle part l'importance des secours à domicile, l'utiHté des institutions de prévoyance, la nécessité de l'offre du travail, pour parvenir à réprimer la mendicité , ne sont mises dans un plus grand jour. Deux hommes qui , comme M. de Liancourt, ont joint la pratique à la théorie, qui, comme lui, ont servi avec zèle nos administrations de secours publics, BIM. Gérard de Mesley et Dupont de Nemours, nous ont laissé un legs précieux , l'un, dans ses Réjlexions sur les étahlissemens debienfaisance , l'autre dans son Essai sur les secours à donner aux pauvres malades dans les grandes 'villesj et nous profiterons de leurs méditations et de leurs exemples, en nous sentant échauffés par le zèle qui les animait. Nous trouverons

d'utiles documens sur l'administration des secours publics, dans le tableau historique des établissemens pour les pauvres à Hambourg , par le baron de Voght; dans le grand tableau qui porte poui titre Pietas Londinensis ; dans les rapports faits en 1807 et 1808^ à la chambre des communes d'Angleterre, par le comité chargé de l'examen des lois sur les pauvres , dont nous devons une traduction à M. Lafond de Ladebat ; dans les deux ouvrages sur les pauvres et la législation qui les concerne, publiés à Londres, en 1822 et i823, par MM. Frédéric Page et Georges Ensor, etc.

En nousattachantspécialementà ce qui concerne les hôpitaux et hospices, nous voudrons posséder, avant tout , le Mémoire sur les hôpitaux , publié par Tenon , en 1788, ouvrage fondamental pour l'étude de cette grande branche des secours publics. A sa suite se rangent les Observations sur les hôpitaux, par Cabanis, le rapport des commissaires de l'Académie dessciences, sur l'examen d'un projet d'Hôtel-Dieu , le rapport général de Camus sur les hôpitaux et hospices de Paris , le rapport de M. dePastoret , sur le même sujet, embrassant les dix années de 1802 à i8i3, les comptes annuellement publiés par l'administration des hospices civils de Paris. Nous y joindrons les statuts et réglemens de quelques hospices et hôpitaux étrangers, ceux de Rome, de Florence, de Londres, etc.

Enfin, nous chercherons à réunir les rapports annuels de la société philanthropique, de la caisse d'épargnes, et celui de nos associations de bien public qui font imprimer le compte rendu de leurs travaux.

L'estimable D' Friedlander a donné, sur l'histoire des établissemens d'humanité qui existent en Aliema-

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gne(i), et sur la bibliographie des ouvrages relatifs à ce sujet, publiés clans le même pays, un précis extrêmement succinct, mais qui peut servir de modèle, et qui, en un petit nombre de pages , présente la nomenclature des faits essentiels et des indications principales. On désirerait avoir un tableau semblable pour les autres contrées de l'Europe. Nous prendrons du moins celuici pour guide dans nos recherches sur cette portion de l'Europe, où existent tant d'institutions d'un grand intérêt.

N'aimerons-nous pas aussi à assigner, dans notre bibliothèque, un rang distingué , aux vies de S*. -Vincent de Paule , d'Howard , de l'abbé Legris Duval , de ceux qui consacrèrent leur vie au service de l'humanité souffrante? En présence de ces vénérables images, le visiteur du pauvre éprouvera une émotion profonde et douce; il admirera en eux les grands instituteurs de l'art qu'il s'essaie à exercer; il se sentira animé d'un zèle tout nouveau; il goiitera une noble récompense , en sentant qu'il lui a été permis de marcher de loin sur leurs traces. Dans les momens où nous serons atteints par les injustices des hommes ou par les caprices delà fortune , dans les jours de souffrance et de découragement, lorsque nous serons affligés du spectacle des vices et des désordres qui régnent sur la terre , lorsque nous entendrons calomnier l'humanité, notre âme, ranimée par ces touchans exemples, s'ouvrira à la conso-

(1) Bibliographie méthodique des ouvrages publiés en Allemagne sur les pauvres ,' précédée d'un coup d'œil sur les pauvres , etc. Paris , 1822. Celte notice a été rédigée sur l'invitation de M. Benjamin Delesscrt.

lation,à l'espérance, elle conservera le sentiment delà dignité de notre nature.

Maintenant que nous avons formé notre choix d'une bibliothèque philanthropique, il resterait à nous procurer aussi quelque ouvrage périodique sur le même sujet. Ce serait le moyen de nous tenir informés du bien qui se fait en diverses contrées de l'Europe ; nous aimerons à savoir quels sont les nouveaux établissemens institués, quels essais ont été tentés et quels résultats ils ont donnés, quelles améliorations ont été introduites, quelles vues ont été présentées. Nous pourrons ainsi continuer en quelque manière nos voyages d'exploration, en visitant, par la pensée, les théâtres divers où s'exerce la bienfaisance publique ou privée. Nous nous abonnerons au philanthrope de Bruxelles ; nous pourrons faire venir de Gœttinofue, le recueil intitulé : Matèriaux concernant le soin des pauvres, ou le Magasin pour r industrie et le soin des pauvres ; de Wurtzbourg, les Archives générales pour la santé et le soin des pauvres (i). En France..., serait-il vrai que nous n'en trouverons aucune ? serait-il vrai que celles qui ont été tentées n'ont pu se soutenir (y)? En France, où il se fait tant de bien, nulle part on ne recueille le récit de celui

(1) Plusieurs autres publications périodiques en Allemajrne , traitent plus ou moins de ce sujet , notamment le Mcignsin pour l'industrie de Hanovre , la Gazette nationale de M. Becker , etc. Ou nous assure que le philaïUhropiste a cessé de paraître à Londres ; nous ne connaissons aucun autre ouvrage périodique de ce genre , en Angleterre .

(2) On trouve cependant quelquefois de précieux documens sur ce sujet dans le Journal de la société de la Morale chrétienne. Nous avons aussi sous les yeux le premier numéro d'un ouvrage

qui s'opère, et l'on paraît si peu empressé à le connaître !

Pourquoi n'avons-nous pas dans la capitale un centre où viennent se réunir toutes les informations sur les belles institutions qui existent dans nos provinces , et dans la capitale elle-même, où elles viennent se révéler les unes aux autres, toutes ensemble à l'attention publique, qui leur prèteetleurenvoie des lumières mutuelles, où se déroule le grand, le touchant tableau de l'empire de la charité dans notre France? Quoi ! au milieu de tant de réunions académiques qui embrassent toutes les branches des sciences et des arts, on n'a pas songé encore à en instituer une pour cette science féconde, pour cetarl salutaire, qui embrasse les divers moyens de soulager l'humanité ! Celle-ci n'offrirait point un aliment à la vanité et à l'amour-propre; elle n'exciterait ni rivalités haineuses, ni prétentions frivoles; elle ne s'épuiserait point en discours d'apparat, en spéculations oiseuses. Mais on tirerait de l'oubli une foule de faits ignorés ; on les rapprocherait les uns des autres , et par là on les rendrait plus instructifs. On mettrait en commun toutes ces recherches éparses sur la surface de la France; on leur rendrait ainsi une valeur toute nouvelle. Ce serait une société analogue à ce Conseil général des prisons, dans lequel une élite de gens de bien s'occupe de l'un des plus grands intérêts moraux de la société , sous les auspices d'un Prince si digne de présidera tout ce qui est bon. Mais celle-ci aurait un but plus étendu encore et plus varié ; ce serait une société semblable

qui commence à paraître à Marseille, sous le titre à'' Ami du Bien, et qui promet quelques informations du même genre.

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à celle qui existe à Londres pour améliorer le sort des pauvres , que nous avons souvent citée, et qui excite une si juste admiration 5 mais elle serait bien plus utile en France, où les provinces restent plus étrangères les unes aux autres, où les moyens de publicité sont moins rapides et moins multipliés ; elle recevrait d'ailleurs en France des avantages particuliers de notre situation géographique ; elle deviendrait le centre naturel de communication et de correspondance, pour toutes les institutions philanthropiques et charitables des divers pays de l'Europe ; elle serait le rendez-vous général des amis de l'humanité de toutes les nations. Là , seraient déposés , comme dans de communes archives, les documens relatifs à l'histoire générale des institutions de bienfaisance ; là , seraient rédigées des annales de cette histoire si instructive pour les gens de bien , si honorable pour la nature humaine: là, se réuniraient en un faisceau, les lumières qui auraient jailli des expériences nombreuses et variées , faites dans les différentes contrées ; là aussi , les notions empruntées aux sciences physiques, aux arts économiques, seraient mises à profit pour les applications utiles aux établissemens d'humanité ; là , les auteurs des améliorations obtenues , ceux qui en méditent de nouvelles, auraient occasion de se connaître, d'entrer en rapport, de concerter leurs vues. Quel magnifique tableau serait offert à notre aspect ! Que de belles créations, aujourd'hui ignorées, deviendraient fécondes à leur tour, en provoquant l'imitation! Combien les idées s'étendraient, se rectifieraient par ces vastes comparaisons ! Combien l'émulation du zèle s'enflammerait en présence de tant de nobles exemples ! Oh ! oui , une telle institution convient

éminemment à la France ; la France en est digne ; elle couronnerait si bien le système entier de nos établissemens de charité, en les unissant entre eux par une heureuse harmonie !

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