L. DURANDEAU
18, rue M***, à Paris.
Les Bureaux sont ouverts de iO à i heures.
« Madame,
« J'ai l'honneur de vous faire savoir que je viens de fonder une maison appelée à rendre les
plus grands services à l'entretien de la beauté des dames. Je suis inventeur d'un article de toilette qui doit rehausser d'un nouvel éclat les grâces accordées par la nature.
({ Jusqu'à ce jour, les ajustements n'ont pu être dissimulés. On voit la dentelle et les bijoux, on sait même qu'il y a de faux cheveux dans le chignon, et que la pourpre des tëvres et le rose tendre des joues sont d'habiles peintures.
(( Or, j'ai voulu réaliser ce problème, impossible au premier abord, de parer les dames, en laissant ignorer à tous les yeux d'où venait cette grâce nouvelle. Sans ajouter un ruban, sans toucher au visage, il s'agissait de trouver pour elles un infaillible moyen d'attirer les regards et de ne pas faire ainsi de courses inutiles.
c( Je crois pouvoir me flatter d'avoir résolu entièrement le problème insoluble que je m'étais posé.
« Aujourd'hui, toute dame qui voudra bien m'honorer de sa confiance, obtiendra, dans les prix doux, l'admiration de la foule.
(( Mon article de toilette est d'une simplicité extrême et d'un effet certain. Je n'ai besoin que de le décrire, madame, pour que vous en compreniez tout de suite le mécanisme.
« N'avez-vous jamais vu une pauvresse auprès d'une belle dame en soie et en dentelle, qui lui donnait l'aumône de sa main gantée ?Avez-vous remarque combien la soie luisait, en se détachant sur les haillons, combien toute cette richesse s'étalait et gagnait d'élégance, à côté de toute cette misère ?
« Madame, j'ai à offrir aux beaux visages la plus riche collection dévisages laids qu'on puisse voir. Les vêtements troués font valoir les babils neufs. Mes faces laides font valoir les jolies faces.
« Plus de fausses dents, de faux cheveux, de fausses gorges ! plus de maquillage, de toilettes dispendieuses, de dépenses énormes en fards et en dentelles ! De simples Repoussoirs que l'on prend au bras et que l'on promène par les rues, pour rehausser sa beauté et se faire regarder tendrement par les messieurs !
«Veuillez, madame, m'honorer de votre clientèle. Vous trouverez chez moi les produits les plus laids et les plus variés. Vous pourrez choisir, assortir votre beauté au genre de laideur qui lui convient.
« Tarif : L'heure, 5 francs ; la journée entière, 50 francs.
« Veuillez agréer, madame, Tassurance de mes sentiments distingués.