‹ Le voile déchiré; pièce en deux actesChapitre 25 sur 51 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

que tu m'en fis la remarque et que tu la questionnas. Elle te répondit qu'elle était lasse et triste sans raison. Mais, subitement, tout changea comme par enchantement. Robert s'annonçait. Et, tout de suite, elle se transforma. Elle eût pu se contenir, mais ce fut plus fort qu'elle : l'amour vous rend vite maladroit. Tiens, je les vois encore allant l'un vers l'autre, la main tendue...

MADAME FORTIER

Eh bien?

JACQUES

Jadis ils se seraient embrassés simplement. Je vois dans leur regard ce que je vis à cette minuto, quelque chose d'indéfinissable: cela ne dura qu'une seconde, mais ce fut tellement net qu'il me sembla qu'ils s'étaient tout dit devant moi ! Quand on s'aime, se sont toujours les yeux qui vous trahissent. Aujourd'hui ils ne rient plus et ne plaisantent plus comme le font des amis do dix ans... Non, on dirait, au contraire, qu'ils ont peur qu'une parole imprudente les démasque. Que Robert aime sa femme, soit... mais c'est Germaine qu'il désire 1 Ils m'ont trompé tous les deuxl

m'entends-tll? (Avec des sanglots dans la voix.) Et me

voilà maintenant désemparé! plus malheureux que le plus malheureux !

MADAME FORTIER

Jacques, je t'en prie, calme-toi !

JACQUES

Ma femme m'a trahi, mon ami m'a trahi, et je crève de chagrin, lentement, sans un cri, alors, tu comprends, je n'en puis plus, moi!... je suis à bout!... et je n'ai plus le courage de me taire!...

MADAME FORTIER

Ne pleure pas... ne pleure pas... tu mo désoles!... Tiens, si tu le veux, c'est moi qui lui parlerai tout à l'heure.

JACQUES

Non... laisse-moi faire.

MADAME FORTIER

Parle-lui donc... mais sois prudent, je t'en conjure, et ne prononce pas des mots irréparables. Quand on aime comme lu aimes... on ne juge plus sainement. Crois-moi, Germaine est légère parfois et souvent inconsciente, mais incapable, j'en suis sûre, d'une action

Page 1