POTHIN, SAINT-ERNEST
POTHIN
Ma foi , voisin , vous avez bien fait d'arriver , car je faisais du chemin dans le cœur de la petite femme.
SAINT-ERNEST, souriant.
Quoi , vraiment ; vous penseriez pouvoir en être aimé ?
POTHIN
Mars, à peu près-, et voilà à quoi l'on s'expose quand on a des secrets pour ses amis. Si vous m'aviez dit franchement: mon cher voisin , je songe à me marier , j'ai en vue une femme charmante, Mme Dorsan... Mme Dorsan , vous aurais-je dit, peste! excellente acquisition! je ja connais, vous ne pourrez trop hâter cette affaire; et
vous sentez bien que dès-lors, l'amitié, la délicatesse, le respect dû aux propriétés... mais, pas du tout, le silence le plus absolu; je vous le repète, vous l'avez échappé belle et vous l'auriez bien mérité.
SAïNT-ERNEST.
Je n'en disconviens pas, mais convenez que c'est une femme charmante, et si vous connaissiez toutes ses qualités, ^ous la loueriez bien davantage.
POTHIN
Bravo , mon ami !
Air : de Prèville et Taconnet.
Ah! quel plaisir j'éprouve à vous entendre Louer ainsi la beauté , les vertus !
Continuez, cet hommage aussi tendre Doit vous valoir vingt conquêtes de plus. Les femmes ont cet avantage; Dans tous les temps on chante leurs attraits. Le mari chante avant le mariage, Et souvent les amis après.
[Il se dispose à rentrer chez lui.)