SCÈNE II
M™ JOSEPH, SAINT-ERNEST, sortant de chez
lui.
SAINT-ERNEST
Ah ï c'est vous ,, madame Joseph ?
Mme JOSEPH.
Comme vous dites, M. Saint-Ernest, c'est moi-même, qui viens de...
SAINT -ERNEST
Je descendais chez vous.
Mffie JOSEPH.
C'est bien de l'honneur pour moi. En quoi pourrais-je vous être agréable?
En rien, madame Joseph, je désirais seulement savoir si le facteur était arrivé.
Mœe JOSEPH.
Il y a un petit quart-d'heure.
Air : Adieu, je vous fuis > bois charmant.
J'ai reçu ce petit poulet , Pour la jeun' daine a" la mansarde ; Pour monsieur Bernard un protêt, Trois sommations, un billet d' garde.
L' journal des mod's pour le courtier, Les p'tites afficli's ,
SAINT-ERNEST
Bonne lecture , Où le notaire du premier ) ,-, • x Fait son cours de littérature, y '*
Et rien pour moi?
Mrae JOSEPH.
Rien, mais la journée est longue 3 et peut-être que tantôt...
SAINT-ERNEST
C'est singulier; j'attendais ce matin une lettre de Senlis, et la facture des marchandises que j'ai achetées pour ma future, et qu'on a dû porter à son hôtel; mes amis devaient venir me féliciter sur ma réception dans le corps des avocats , et tout me manque à la fois ! Je n'y comprends rien.
Mme JOSEPH.
G est donc bien vrai, M. Saint-Ernest , que vous vous mariez ?
SAINT-ERNEST
Oui, ma chère madame Joseph, et vous ne me reprocherez plus de vous faire coucher lard ou lever trop matin, quoiqu'il n'y ait pas grand mal à cela.
Air : Vers le temple de V hymen.
Garçon, par force ou par goût , On peut bien, oubliant l'heure , Quelquefois dans sa demeure , Rentrer tard. . .
Mad. JOSEPH.
Ou pas du tout.
SAINT-ESNEST.
Sortant des bancs du collège , Oui , fort souvent , Pàyotierai'-je ; J'abusai du privilège Que donne le célibat.
Mad. JOSEPH.
Vous m'avez , par vos folles, Causé bien des insomnies.
SAINT-ERSEST.
Grand Dieu ! que j'étais ingrat!
Oui , ma chère madame Joseph, j'épouse la plus jolie veuve de la capitale.
Oui dà !
SAINT- ERNEST
Je l'attends ce matin avec M. Bonnevilîe , son cousin, un riche manufacturier de Senlis, chez qui elle est allée passer trois mois 9 et dès que j'aurai la lettre de mon oncle, qui doit régler les articles du contrat, mon bonheur est certain.
Mme JOSEPH.
Vous allez donc enfin devenir raisonnable. A propos, votre voisin, M. Pothin, est descendu à sept heures dans ma loge pour me demander si vous étiez levé. Il veut vous parier au sujet de certaine affaire qui vous est arrivée hier, à ce qu'il dit, avec un jeune homme.
SAINT- ERNEST
Ah ! oui , oui t je sais.
Mme JOSEPH.
Si vous voulez , je vais aller lui dire que vous êtes, visible.
SAINT- ERNEST, la retenant.
Non pas, non pas! C'est un excellent homme qui me poursuit partout pour in "obliger, et que j'évite le plus qu'il m'est possible pour me rendre le même service... Vous lui direz que je le verrai à mon retour.
M™e JOSEPH.
Monsieur va sortir ?
SAINT-ERNEST
Puisque personne n'arrive.
En ce cas , je vais faire votre appartement.
SAINT-ERNEST
Hâtez~TOusj car, comme je vous l'ai dit, j'attends des
visites.
Mme JOSEPH.
C'est l'affaire d'une minute, vous savez que quand je fais des chambres je ne m'amuse pas.
( Elle entre chez Saint- Ernest,)