MARTIAL, TRABUCOS
TRABUCOS, ouvrant la porte du fond et paraissant tout à coup.
Me voilà ! c’est moi !
MARTIAL, stupéfait.
Trabucos ! ! [H se lève.)
En personne naturelle! mon Dieu, oui!
MARTIAL
Comment? Pourquoi as-tu quitté cette femme que je t’avais donnée à garder ?
TRABUCOS
Comment? Tout simplement en fermant la porte et en mettant la clef dans ma poche. — Pourquoi? parce que tu n’avais rien voulu me dire... que j'étais las de marcher à l’aveuglette et que je tenais à y voir clair. — Voilà !
fit MARTIAL.
Eli bien ! après? que veux-tu ?
TRABUCOS
Ce que je veux?... Tu vas le savoir, mais procédons par or-
iO
dre. — Ah! ah! mon gaillard, nous séduisons les jeunes filles... nous les amenons clandestinement chez cette respectable Labrador... nous voulons devenir papa en catimini... sans en faire part à notre ami Trabncos... ça n’est pas maladroit !... mais notre ami Trabncos a le nez (in... il flaire le gibier, et quand celui-ci se cache il le suit à la piste et finit par le découvrir,— Ce qui veut dire, mon brave, que je t’ai suivi et que je sais tout ! ...
MARTIAL
Quoi? que sais-tu ?...
TRABUCOS
Tout! — Le nom delà belle, — son étal intéressant... Nous allons mettre au monde un petit citoyen !... Mon compliment, mon cher! — Et moi qui donnais dans tes bourdes; — moi qui croyais qu'il s’agissait d’une amourette... d’un simple enlève- , ment!... Ah ! nous donnons dans la noblesse !... Ah! nouspre- j nons des airs de perpétuer notre race!... ça change la thèse, | mon bonhomme! i
MARTIAL
Et, comment cela?
TRABUCOS
Parbleu! c’est bien simple. — Tu es venu me propo.ser, à moi. ton ancien ami, ton ex-compagnon d’orgies et d’estaminet, de t’aider à enlever une jeune fille et de me constituer gardien, pendant quelques jours, d'une vieille bonne femme, que je croyais .sa tante ou sa grand’mére... je ne sais pas au juste... i Tu m’as offert dix louis pour cela et j’ai accepté bonnement.— Mais maintenant que je suis au fait de la chose, — maintenant que je sais le véritable nom, — maintenant que je me doute de tes projets...
MARTIAL
Quels projets?
TRABUCOS
Eh! parbleu ! d’épouser! de faire un riche mariage!
MARTIAL, remontant au fond.
Tu ne sais ce que tu dis. — Ce mariage ne se fera pas !
TRABUdos, passant à droite.
Soit! mais, enfin, je possède un secret qui vautson pesant d’or. — f.a demoiselle est riche. — Il faut que le .«secret me rapporte!
MARTIAL
Finissons!... Que veux-tu pour te taire ?
TRABUCOS, s’asseyant.
Mais, dame! je ne crois pas être trop exigeant en te demandant une petite rente viagère de deux cents francs par mois, pour m’aider à soutenir nia frêle existence d’une manière plus positive que par les chances douteuses du carambolage et les faveurs changeantes de la dame de trèfle...
MARTIAL
Une rente de deux cents francs par mois? — Tu l’auras.
TRABUCOS
Pourrais-tu, sans te gêner, me compter un mois d’avance?
D (.oogle