TOUS
SALLUCES.
MAUBERT
Allons donc, mon cher, est-ce qu’il faut se faire prier ainsi?... Racontez, racontez, puisque ces messieurs le veulent. — Je sois certain que vous vous en tirerez à merveille !
SALLUCES, après avoir regardé fixement Maubert, et buvant un grand verre de punch.
Soit!
MONTLOUIS
Voyons... d’abord le sujet de la querelle.
SàLLCCES.
Connaissez-vous celte industrie ténébreuse que dans l’argot du bagne et des prisons on appelle le chantage?
BAVILLE
Le chantage ! roa foi non ! que diable est-ce là?
MONTLOUJS, debout.
Attendez!... je connais un peu mon argot, moi... Le chantage, n’est-ce pas une honnête spéculation qui consiste à découvrir le côte faible, le défaut de la cuirasse, pour tirer ensuite parti de la découverte? Une contribution imposée à l’amour-propre... une lettre de change tirée sur la réputation, la vanité, le talent?
SALLUCES.
Oui. Mais ce que vous dites là ne peut s’appliquer qu’aux petits industriels du genre, pauvres diables que la faim pousse, et dont on se débarrasse en leur jetant une aumône ; mais il y en a d’autres qui ont placé leurs spéculations sur une plus vaste échelle... Ceux-là ne se contentent pas de quelques misérables pièces d’or, il leur faut une ample curée... Ceux-là ne s’adressent pas à la vanité, ils s’attaquent à l’honneur des familles, au repos des ménages! Malheur à la jeune tille qui a commis une faute! à la femme qui a oublie un instant ses devoirs!... A l’homme qui peut se reprocher une erreur de jeunesse! Sitôt qu’ils ont surpris ce secret, dès qu’ils possèdent la preuve de celte faute, ils exigent pour se taire une largo rançon... Et si cette rançon on ne peut la payer, alors c’est la honte, c’est le désespoir.!, c’est quelquefois mort!...
HAUBERT, tout en fumant, et froidement.
Ab ! c’est un métier bien ignoble !
KONTLOUIS.
A quoi tend ce beau préambule, mon cher Salluces, et quel rapport cela peut-il avoir avec l’histoire que nous te demandons?
SALLUCES.
Vous le saurez bientôt. Hier au soir j’avais la migraine, j’étais resté chez moi et je me préparais à me mettre au lit, lorsque j’entendis sonner violemment à ma porte. Mon domestique va ouvrir, et, quelques instants après, je vois paraître Albert de Lansac, pâle, les yeux hagards, les vêtements en désordre. — Avez-vous cinquante mille francs? me dit-il.— Non, lui répondis-je, assez étonné d’une semblable question. — Pouvez-vous me les procurer? — Quand? — D’ici à une heure. — Vous êtes fou !... — Alors, reprit-il, en faisant quelques pas
r tour sortir, dans une heure je serai mort. Je m’élance vers ui ! je l’arrête ! — Quel est ce projet, lui demandai-je, et que vous est-il arrivé?... Après avoir hésité pendant quelques instants, il m’avoua que depuis cinq ou six mois il était l’amant de M”“* Wilson !
UONTLOUIS.
La femme du banquier?
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