SCÈNE V
MAUBERT, RAPHAËL, MATHILDE, puis LE DUC DE LA TOUR- DU-PIC, sur le balcon.
RAPHAËL
Cette femme... comme elle est jolie!... Etccs hommes qui peuvent lui parler, lui sourire... s’enivrer de ses regards!... Oh! l’enfer a-t-il donc voulu réunir autour de moi toutes les tentations !
MATHILDE, OU duc QUI Vient derrière elle.
Quelle magnilique soirée, mo,n ami !
LE DUC
Prenez garde, chère Mathilde, prenez garde, mon enfant... l’air est vif; vous allez vous faire mal !
’ MATHILDE
Oh ! ne craignez rien, mon ami, je suis trop heureuse pour que le Ciel veuille me faire mourir !
LE DUC, avec tendresse.
Vous êtes heureuse, chère Mathilde ?
MATHILDE
Et comment ne pas l’être?... Vous ôtes si bon pour moi... et puis j’ai tant dansé ce soir!...
LE DUC, souriant.
Chère enfant!... Allons, allons, venez. (On entend un motif de valse.) Vous voyez bien qu’on vous cherche pour une valse.
mathii.de.
Une valse! oh! alors, rentrons vite, mon ami. (Ils rentrent tous deux.)
MAUBERT, qui a observé ïïapha'él, à part.
Jeune! beau! sensuel I joueur et pauvre!... Je chercherais ()i.x ans sans trouver aussi bien !
RAPHAËL, amèrement, se levant.
C’est trop souffrir!... cette existence misérabîe me pé^#.. u faut en finir... quelques rues à traverser et je trouverai la rivière... ses flots ne sont pas comme l’or, il y en a pour tout lô monde. [Il va s'éloigner orécipitamment ; Maubert, qui s^est approché, le salue, le jeune homme s'arrête.)
HAUBERT
Monsieur, j’ai l’honneur de vous souhaiter le bonsoir î RAPHAËL, sèchement, le saluant.
Bonsoir, monsieur, je ne vous connais pas! que me vouleir vous ?
HAUBERT
Vous plairait-il, monsieur, de m’accorder la faveur d’un moment d’entretien ?
RAPHAËL
Moi?
HAUBERT
Vous-môme !
J’ai tout lieu de supposer qu’il y a erreur de votre part, et que vous me prenez pour un autre.
HAUBERT
Non, monsieur, il n'y a pas d’erreur!
RAPHAËL
Ainsi, vous croyez me connaître?
HAUBERT
Nullement, j’ai, au contraire, la certitude de vous rencontrer pour la première fois de ma vie.
RAPHAËL
Mais alors, je ne comprends pas...
HAUBERT
C’est précisément pour vous expliquer ce que vous ne comprenez point que j’ai pris la liberté do vous demander quelques minutes d’entretien.
RAPHAËL. '
Soit, je vous écoute !
HAUBERT
Je vous porte, monsieur, un intérêt très-vif...
RAPHAËL
Vous, à moi?
HAUBERT
Moi, à vous, — oui, monsieur !
Et pourquoi cela ?
HAUBERT
Parce qu’on s’attache aux «ens, en raison de l’importance des services qu’on leur a rendus... -
RAPHAËL
Eb bien?