‹ Le vol a la duchesse drame en cinq actes et huit tableaux dont un prologueChapitre 31 sur 91 · ACTE r, SCÈNE T · texte numérisé non relu

ACTE r, SCÈNE T

MAüBERT.

Eh bien, je Tiens de vous rendre un service énorme.

RAPUACL,

Un service !

HAUBERT

Énorme! je maintiens le mot.

RAPHAËL

Et quand cela?

HAUBERT

Tout à l’heure.

Ceci est une plaisanterie, monsieur!...

HAUBERT

Je ne plaisante jamais!

RAPHAËL

Alors, vous êtes fou !

HAUBERT

Je vais vous obliger à convenir du contraire !

RAPHAËL

Ah! par exemple!...

HAUBERT

Où alliez-vous, quand je vous ai abordé?

RAPHAËL, tressaillant.

Où j’allais?... Après tout, que vous importe?

HAUBERT

11 m’importe peu, en effet, que vous me le disiez... car je le sais.

RAPHAËL, avec incrédulité.

Vous?

HAUBERT

Vous alliez traverser la rue Richelieu , puis la rue de- Rohan... la place du Carrousel... pour arriver à la Seine— par le plus court chemin... Vous alliez vous noyer...

Monsieur!...

HAUBERT, froidement.

Voyons!... est-ce vrai? Vous ne répondez pas?...— Et pourquoi vouliez-vous en Unir avec la vie, je vous le demande?... pour les raisons les plus frivoles.

RAPHAËL, amèrement.

Frivoles!

MAUBERT

Eh ! sans doute, frivoles ! F.st-ee qu’à votre âge on doit jamais désespérer de l’avenir? Parce que vos poches sont vides,

)arce que les vêlements que vous avez sur le corps sont en )iteux état... parce qu’on vous a renvoyé faute de payement lu logement que vous occrtpiez... parce qu’enlin vous n’avez )eut-étre pas déjeuné ce matin, et qu’à coup sûr vous n’avez )as dîné CO soir!,.. ,

RAPHAËL

Monsieur!... monsieur!... vous me connaissez donc?

HAUBERT

Pas le moins du monde, je vous le répète.

Mais alors, comment pouvez-vous savoir?...

HAUBERT

Je ne sais rien !... Je devine, et votre étonnement me prouve que je devine juste.

RAPHAËL

Et vous ne trouvez pas suffisantes les raisons qui me poussent au suicide?

HAUBERT

Je les trouve pitoyables !

RAPHAËL , ironiquement.

En vérité !

HAUBERT

C’est comme j’ai l’honneur de vous le dire.

RAPHAËL, avec amertume.

Je voudrais vous voir à ma place.

HAUBERT

Ah ! pardieu, je voudrais in’y voir aussi, j’aurais vingt-cinq ans de moins, ce qui m’arrangerait fort !

RAPHAËL

Eh! qu’importe mon âge, puisque je suis décidé à mourir!

HAUBERT

Vous? allons donc, jeune homme! allons donc! Vous ne mourrez pas le moins du monde, c’est moi qui vous le dis.

Auriez-vous, par hasard, la prétention de vous opposer à ma volonté?

HAUBERT

J’ai celte prétention.

RAPHAËL

Par la violence?

HAUBERT

Par la persuasion.

RAPHAËL

Mais, monsieur, vous ne savez donc pas que je n’accepterais maintenant la vie qu'à la condition de pouvoir satisfaire tons mes goûts, réaliser tous mes rêves !

HAUBERT

Après ?

RAPHAËL

Vous ne savez donc pas que mes instincts me poussent à tous les plaisirs, à toutes les sensualités?...

HAUBERT

Si vraiment!... (A part.) J’y compte bien!.,.

RAPHAEP.

Et comment cela ?

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