‹ Le vol a la duchesse drame en cinq actes et huit tableaux dont un prologueChapitre 47 sur 91 · ACTE II, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE IX

un mois ces tristesses sans motif!... pourquoi ces larmes qui viennent sans cesse à mes yeux?... ces serrements de cœur que je ne m’explique pas moi-même? l^urqiioi recberché-je la solitude pour rêver... Rêver!... à quoi?... à qui ?... Autrefois j’aimais le monde... le bal... tout me rendait betirciise... la moindre fleur... le moindre bijou... le plus petit caprice accompli... Et maintenant... ob ! maintenant... je ne sais ce que j’ai... mais je souffre... je souffre!...

LE DUC, qui s'est approché doucement.

Vous, Mathilde ?...

MATHILDE, presque avec effroi.

Ah ! vous étiez là, monsieur le duel...

LE DUC

Autrefois, vous m’appeliez votre ami...

MATHILDE

Oh ! pardon ! pardon, mon ami ! je suis maussade, je suis injuste, cruelle avec vous... Pardon, encore uno fois pardon !...

LE DUC

Pardon 1... Ah ! c’est plutôt à moi de vous demander grâce...

MATHILDE, étonnéc.

Me demander grâce, mon ami !... et pourquoi ?

LE DUC

Oui, grâce pour les pensées qui m’assiègent, pour les soupçons jaloux qui me dévorent...

MATHILDE, S6 levant.

Vous me soupçonnez, monsieur le duc, moi, votre femme!

LE DUC

Non, Mathilde, non. Dieu m’est témoin que je ne vous soupçonne pas ! que je ne doute point de vous !... de vous la vertu même!... Mais un sentiment irrésistible, involontaire m’obsède et me torture... j’ai peur, Mathilde, j’ai peur!...

MATHILDE

Peur I de quoi ?

LE DUC

De tout! — des autres! — de moi-même !

MATHILDE

Je ne vous comprends pas ! {Elle remonte vers le fond.)

LE DUC, allant s'asseoir à droite.

Mathilde... écoutez-moi... {Elle revient près de lui.) En vous épousant, mon seul projet, ma seule pensée était de vous assurer ma fortune... Je croyais n’avoir jamais pour vous que l’amour d'un père... Mais bientôt l’idée que vous étiez à moi... que tant de beauté, de grâce, de jeunesse pouvaient m’appartenir, fit naître en moi un autre amour... Vous êtes jeune et belle... De muettes adorations vous entourent, sans doute, — beaucoup vous aiment peut-être ; car on ne peut pas, je ne le sais que trop, vous voir sans vous aimer... Et moi, moi, votre mari, que suis-je, hélas? — un vieillard !... voilà ce qui m’épouvante, Mathilde, voilà ce qui me fait des jours sans repos et des nuits sans sommeil... En vous est toute ma joie, tout

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mon bonlictir, et je frémis à cette pensée terrible, qu’un jour, demain peut-être, un inconnu viendra vous prendre votre âme, et me voler ainsi ma joie et mon bonheur!...

MATiiiLDC, très-êmul’.

Won ami !... mon ami !...

LK DUC

Oh ! laisscz-moi parler, car je veux tout vous dire... laissez* moi vous demander à genoux d’avoir de la pitié, si ce n’est de l’amour. — Vous êtes une noble et digne femme, — Mathilde, comme était votre mère... le seul et eiiaste amour de ma jeunesse... et vous accomplirez dignement la lâche que vous avez acceptée !... Ah! je le comprends, pauvre enfant, c’est un fardeau pesant (]ue l’amour d’un vieillard... et vous devez, parfois, me maudire bien amèrement de vous l’avoir imposé.

MATHILDE

Moi!...

LE DUC, continuant.

Subissoz-îe, cependant, Watbil 'e, avec vertu, avec courage! — Altendez... ayez patience... après moi vous serez libre ; et ce sera bientôt, je le sais... je le sens.

MATHILDE

Won ami!...

LE DUC

Mais moi vivant, n’aimez pas, n'aimez personne ! car celui que vous aimeriez, Mathilde, celui-là... oh! je le jure! je le tuerais avant de mourir... et que Dieu, qui m’écoute, me pardonne un semblable blasphème, plutôt que de vous voir a un autre, je vous tuerais aussi, Mathilde !...

MATHILDE, « elle-même, passant à droite.

Il me tuerait !... Oh! pourquoi m’a-t-il dit cela!... — Que Dieu me garde de tout danger maintenant, car, si je succombais, cette menace serait mon excuse !...

SCÈjSE X.

LES MÊMES, LA MARQUISE DE VILI.IEUS, MAUBERT, SALLUCES, puis LE MARQUIS DE VILLIERS.

LA .MAUQUiSE, entrant vivement.

Victoire ! hurra ! pour lord Archibald ! c'est lui qui remporte le prix I...

MAUBEKT.

! Et le vicomte Raphaël?

LE MAliQUIS DE VILLIEItS, SUrVCnaflt.

Lui ? on ne sait ce qu’il est devenu.

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