‹ Le vol a la duchesse drame en cinq actes et huit tableaux dont un prologueChapitre 55 sur 91 · ACTE ni; SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE ni; SCÈNE III

SI

. MâimERT.

Je réponds que je l’ai déjà refusée trois fois et que je refuse une quatrième...

SALLUCES.

Mais pourquoi? Enfin, pourquoi?

HAUBERT

Parce que cela me convient, pardieu ! Je n’ai pas de comptes à vous rendre! Il ne tenait qu’à vous de ne pas vous mettre sous ma dépendance. Vous y êtes, restez-y !

SALLUCES, s’avançant vers le baron avec colère.

Monsieur le baron !

HAUBERT, avec calme.

Monsieur le comte?

SALLUCES.

Mais songez donc à ce que vous avez déjà exigé de moi?... songez donc à ce que vous en exigez encore?... Songez donc que ce jeune homme avec qui je ne me suis lié d’abord que pour obéir à vos ordres... maintenant que je le connais, maintenant que je sais dans quel abîme vous voulez l’entraîner, m’inspire une véritable amitié!... songez donc enfin que je suis gentilhomme ?...

HAUBERT

Et moi? est-ce que je ne le suis pas, mon cher?

SALLUCES, avec mépris. 4?

Vous!... vous! gentilhomme!... allons donc!... C’est au bagne que vous avez dû prendre vos titres de noblesse!...

HAUBERT, lentement.

Eb! eb! peut-être avez-vous raison, mon jeune ami; mais vous remarquerez que, non-seulement ce que vous médités là n’est pas poli, mais encore que, si je sors du bagne, j’ai de quoi vous y envoyer, et que par conséquent nous n’avons rien à nous reprocher l’un à l'autre.

SALLUCES.

Il faut cependant en finir !

HAUBERT

Comment l'entendez-vous ?

SALLUCES.

Yousavez ici des armes... Eh bien ! battons-nous sans témoins, jusqu’à ce que l’un de nous deux ait tué l’autre... et tout sera dit...

HAUBERT, sans donner le moindre signe d’émotion.

Âh ! vous croyez que tout serait dit? simplement... comme cela ? ...

SALLUCES.

Mais il me semble...

HAUBERT

Il vous semble mal, cher comte !... Oui, en effet, si je vous tuais, tout serait dit, peut-être ! mais au contraire, si vous aviez le malheur de me tuer.,.

SÀLLDCES.

Eh bien ?...

HAUBERT

Eh bien 1 certaine personne cjue je ne vous nommerai pas, et pour cause, mais qui est investie de toute ma confiance, a reçu l’ordre formel, dans le cas où je viendrais à trépasser de mort violente, d’expédier sur-le-champ, a M. le procureur du roi, certains autographes que vous connaissez. Comprenez-vous maintenant pourquoi tout ne serait pas dit ?...

SALLUCES, accablé.

Oh ! mon Dieu !... mais cet homme est donc invulnérable?

HAUBERT, passant à droite.

Comme Achille, mon bon ami, et plus qu’Achille même... car on ne peut pas me blesser au talon ! Prenez -en donc votre parti et cessez de jouer le mélodrame, ainsi que vous le faites depuis une heure!

SAi.LDCES, baissant la tête.

Ah! monsieur le baron, je suis bien à vous, je le sens!... Vous me tenez captif sous votre poignet de fer! et vous pouvez, quand il vous plaira, m’écraser en fermant la main!... Ordonnez donc, monsieur le baron, je suis votre esclave, mais non votre complice. J’obéirai, mais je proteste !...

HAUBERT

Eh mon Dieu ! protestez, mon cher, protestez ! peu m’importe, pourvu que vous obéissiez après !...

SALLUCES.

Que faut-il faire ?

HAUBERT

Exécuter en tous points ce que je vous ai expliqué hier ! Pardieu ! c’est bien simple, et je ne vois pas ce qu’il y a làdedans qui puisse vous faire jeter les hauts cris!... Est-il nécessaire que je vous le remette en mémoire?...

SALLUCES.

Non, je m’en souviens. — A quelle heure Raphaël doit-il venir ici?

HAUBERT

Mais, si je calcule bien, dans un quart d’heure, à peu près...

SALLUCES.

Je m’y trouverai. {Il fait quelques pas pour sortir, le baron le retient.)

HAUBERT

Un instant! Puisque nous voilà sur ce chapitre, dites-moi donc un peu où en sont les amours de Raphaël et de la duchesse?...

SALLUCES, d’un Ion sec.

Oh ! là-dessus je ne sais rien !

< HAUBERT

Mais, cependant, vous le voyez fous les jours...

SALLUCES, de même.

Ne me l’avez-vous pas ordonné?..,

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