ACTE ni; SCÈNE III
SI
. MâimERT.
Je réponds que je l’ai déjà refusée trois fois et que je refuse une quatrième...
SALLUCES.
Mais pourquoi? Enfin, pourquoi?
HAUBERT
Parce que cela me convient, pardieu ! Je n’ai pas de comptes à vous rendre! Il ne tenait qu’à vous de ne pas vous mettre sous ma dépendance. Vous y êtes, restez-y !
SALLUCES, s’avançant vers le baron avec colère.
Monsieur le baron !
HAUBERT, avec calme.
Monsieur le comte?
SALLUCES.
Mais songez donc à ce que vous avez déjà exigé de moi?... songez donc à ce que vous en exigez encore?... Songez donc que ce jeune homme avec qui je ne me suis lié d’abord que pour obéir à vos ordres... maintenant que je le connais, maintenant que je sais dans quel abîme vous voulez l’entraîner, m’inspire une véritable amitié!... songez donc enfin que je suis gentilhomme ?...
HAUBERT
Et moi? est-ce que je ne le suis pas, mon cher?
SALLUCES, avec mépris. 4?
Vous!... vous! gentilhomme!... allons donc!... C’est au bagne que vous avez dû prendre vos titres de noblesse!...
HAUBERT, lentement.
Eb! eb! peut-être avez-vous raison, mon jeune ami; mais vous remarquerez que, non-seulement ce que vous médités là n’est pas poli, mais encore que, si je sors du bagne, j’ai de quoi vous y envoyer, et que par conséquent nous n’avons rien à nous reprocher l’un à l'autre.
SALLUCES.
Il faut cependant en finir !
HAUBERT
Comment l'entendez-vous ?
SALLUCES.
Yousavez ici des armes... Eh bien ! battons-nous sans témoins, jusqu’à ce que l’un de nous deux ait tué l’autre... et tout sera dit...
HAUBERT, sans donner le moindre signe d’émotion.
Âh ! vous croyez que tout serait dit? simplement... comme cela ? ...
SALLUCES.
Mais il me semble...
HAUBERT
Il vous semble mal, cher comte !... Oui, en effet, si je vous tuais, tout serait dit, peut-être ! mais au contraire, si vous aviez le malheur de me tuer.,.
SÀLLDCES.
Eh bien ?...
HAUBERT
Eh bien 1 certaine personne cjue je ne vous nommerai pas, et pour cause, mais qui est investie de toute ma confiance, a reçu l’ordre formel, dans le cas où je viendrais à trépasser de mort violente, d’expédier sur-le-champ, a M. le procureur du roi, certains autographes que vous connaissez. Comprenez-vous maintenant pourquoi tout ne serait pas dit ?...
SALLUCES, accablé.
Oh ! mon Dieu !... mais cet homme est donc invulnérable?
HAUBERT, passant à droite.
Comme Achille, mon bon ami, et plus qu’Achille même... car on ne peut pas me blesser au talon ! Prenez -en donc votre parti et cessez de jouer le mélodrame, ainsi que vous le faites depuis une heure!
SAi.LDCES, baissant la tête.
Ah! monsieur le baron, je suis bien à vous, je le sens!... Vous me tenez captif sous votre poignet de fer! et vous pouvez, quand il vous plaira, m’écraser en fermant la main!... Ordonnez donc, monsieur le baron, je suis votre esclave, mais non votre complice. J’obéirai, mais je proteste !...
HAUBERT
Eh mon Dieu ! protestez, mon cher, protestez ! peu m’importe, pourvu que vous obéissiez après !...
SALLUCES.
Que faut-il faire ?
HAUBERT
Exécuter en tous points ce que je vous ai expliqué hier ! Pardieu ! c’est bien simple, et je ne vois pas ce qu’il y a làdedans qui puisse vous faire jeter les hauts cris!... Est-il nécessaire que je vous le remette en mémoire?...
SALLUCES.
Non, je m’en souviens. — A quelle heure Raphaël doit-il venir ici?
HAUBERT
Mais, si je calcule bien, dans un quart d’heure, à peu près...
SALLUCES.
Je m’y trouverai. {Il fait quelques pas pour sortir, le baron le retient.)
HAUBERT
Un instant! Puisque nous voilà sur ce chapitre, dites-moi donc un peu où en sont les amours de Raphaël et de la duchesse?...
SALLUCES, d’un Ion sec.
Oh ! là-dessus je ne sais rien !
< HAUBERT
Mais, cependant, vous le voyez fous les jours...
SALLUCES, de même.
Ne me l’avez-vous pas ordonné?..,
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