‹ Le vol a la duchesse drame en cinq actes et huit tableaux dont un prologueChapitre 64 sur 91 · ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III

RAPHAËL

Vous en avez fait de plus hasardeuses cent fois.

HAUBERT

Peut-être... mais celle-ci ne me va pas... Votre serviteur, messieurs. {Il rentre un instant dans le bureau.)

Grand Dieu! il refuse!,., que faire!... Comment me procurer cette somme?... Au nom du Ciel, monsieur Van-Gripp, mon cher monsieur Van-Gripp, laissez-vous attendrir! Cet argent m’est indispensable... Et vous, mon cher Salluces, parlezlui... parlez-lui donc!...

SALLUCES, tressaillant.

Moi?...

RAPHAËL

Votre prière aura peut-être plus de poids que la mienne! Dites-lui qu’il ne court aucun risque... dites-lui que, pour avoir cet argent, je donnerais ma vie.

HAUBERT, revenant.

Écoutez ! il y a peut-être une manière de nous entendre.

RAPHAËL

Oh! parlez, faites vous-même vos conditions, je suis prêt à tout accepter.

SALLUCES, à part.

Le malheureux 1

^ HAUBERT

Mon Dieu! je suis bon diable, moi... (Passant au milieu. A Salluces.) N’est-ce pas, monsieur le comte?. . je ne demande qu’à faire des affaires, mais je veux qu’elles soient sûres !

RAPHAËL

Après!... après!...

HAUBERT

M. le baron de Maubert vous aime comme son propre enfant.

Sans doute.

HAUBERT

Malheureusement j’ai connu des pères, de vrais pères, ceuxlà, qui, lorsqu’on leur présentait la lettre de change d’un fils adoré, refusaient bel et bien d’y faire honneur, jetaient feu et flamme contre ce scélérat de Van-Gripp, ce hrigand de Van- Gripp. — C’est comme cela qu’ils m’appelaient, et, s’ils finissaient par payer, me faisaient subir les réductions les plus odieuses, en me menaçant de la police correctionnelle.

RAPHAËL

Oh! vous n’avez pas cela à craindre cette fois.

MAUBERT

J 3 ne le pense pas, mais pourtant c’est possible.

RAPHAËL

Eh! bien, ce moyen dont vous me parliez?

UACBERT.

Voici. — J’ai imaginé un petit expédient qui ne ménque jamais son elTet, et qui rend les pères, les oncles, les tuteurs doux et coulants comme des petits agneaux.

Et cet expédient, quel est-il ?

HAUBERT

La chose la plus simple!... l’adolescent qui veut puiser dans ma caisse me signe un simple billet à ordre, mais il a soin d’ajouter de sa propre main, au dos du susdit billet, l’bonorable signature de son oncle ou de son tuteur...

RAPHAËL, vivement.

Monsieur; mais savez-vous bien que c’est un faux !

HAUBERT

Pardieu ! si je le sais, sans doute...

RAPHAËL

Et vous osez me proposer?

HAUBERT

Moi?... Je ne vous propose rien... je vous dis quelles sont d’ordinaire les garanties que j’exige des jeunes gens qui s’adressent à moi... voilà tout!... Je n’ai pas besoin d’ajouter que les billets do celte espèce ne sortent pas de mon portefeuille avant le jour de l’échéance, et que je les tiens sans cesse à la disposition de leurs souscripteurs, moyennant le payement intégral du capital et des intérêts, bien enU^ndu. — Voilà, monsieur le vicomte, ce que j’avais à vous dire, et j’ajouterai que si, d’ici à une heure, vous m’apportez une obligation de cinq mille cinq cents francs, payable dans huit jours, et endossée par M. le baron de Maubert, j’aurai le plaisir de vous compter cinq beaux billets de banque, de mille francs chacun. — Messieurs, je vous salue! {U s'assied à gauche.)

RAPHAËL

Ah ! plus d’espoir ! {Puis s'approchant de Salluces.) Sortons, mon ami, sortons de cet enfer, car ma tête se perd, et ce démon me tenterait peut être. {Il sort avec lui par le fond.)

HAUBERT le suit desyeux, puis il dit avec un sourire :

11 reviendra. {A peine a-t-il prononcé ces mots, qu'en effet Raphaël qui avait disparu un instant réparait par le fond avec Salluces.)

HAUBERT, à part.

Déjà ! le combat n’a pas été long !...

RAPHAËL, se rapprochant de Maubert,

C’est encore moi. /

HAUBERT

Ah ! ah ! et qui vous ramène ?

RAPHAËL

Je u’ai pas voulu m’éloigner, sans avoir tenté un 4ernier effort,

HAUBERT, se levant,

je vous ai dit mon ultimatum,

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