RAPHAËL, MATHILDE
BAPHAEL, paraissant sur le balcon de la porte-fenêtre,- à gauche.
Vous êtes seule ? ^
MATHILDE
Seule! je vous attendais!... venez, venez!
RAPHAËL, entrant dans le salon.
Dieu soit loué!... je craignais d’arriver trop tard!
MATHILDE
Eh bien ! qu’avez-vous à m’apprendre, qu’ai-je à craindre ou à espérer?... Mais parlez, parlez donc! vous voyez bien que j’attends, que je meurs !... Qu’avez- vous fait? avez-vous vu cet homme ?
RAPHAËL
Je l’ai vu.
MATHILDE
Ah ! ch bien ! qu’avez-vous obtenu de lui ?
- RAPHAËL
Rien.
MATHILDE
Rien !...
Rien, Mathilde.
RAPHAËL
MATHILDE
Mais vous ne l'avez donc pas supplié...
ah ! j’aurais- dû me
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rendre chez lui, je l’aurais fléchi, moi... mais les hommes ! les hommes I ils ne savent que menacer, c’était la prière, c’étaient les larmes qu’il fallait pour l’attendrir.
RAI’IIAEL.
On n’attendrit pas le tigre ; et cet homme est un tigre affamé d’or... on n'attendrit pas le démon, et cet homme est le démon!
MATHILDE, üvec exaltaltoii.
Et vous ne l’avez pas tué !
RAPHAËL, amèrement.
Je ne le pouvais pas, Mathilde!
MATHILDE
Vous ne le pouviez pas?
Non!... et je suis d'autant plus à plaindre que contre lui je ne puis rien.
MATHILDE
Mais pourquoi?
RAPHAËL
Ne m’interrogez pas... il m’est impossible de vous répondre.
MATHILDE
Ainsi, cet homme viendra?
RAPHAËL
Ce soir à dix heures !
MATHILDE
Ainsi je suis perdue?
RAPHAËL
Non, si vous m’aimez comme je vous aime... non, si vous acceptez le seul moyen do salut qui vous reste.
MATHILDE
Et lequel?
RAPHAËL
Il faut fuir!
MATHILDE
Fuir?
' BAPH.VEL.
A l’instant avec moi!
Fuir avec vous !... jamais !
RAPHAËL
Aimez-vous mieux vous exposer à la colère de votre mari ?
MATHILDE
Mais vous ne savez donc pas ce qu’il a fait pour moi cet homme?... J’étais orpheline, il m’a recueillie ; j’étais pauvre, il m’a donné sa fort une. Et sans mémoire pour ses bienfaijs, sans pitié pour sa tendresse, sans respect pour cette vie si pure et si honorée, j’exposerais ce vieillard à la risée du monde, — car le monde est injuste et cruel, et s’il blâme la coupable, il raille la victime; non contentede l’avoir trahi j’attirerais le sarcasme et l’insulte sur celui qu'a aimé, qu’a vénéré ma mère... ma pauvre mère !... sur celui qu’elle bénissait à son lit de morten me