LE VOL A I.A DUCHESSE
HAUBERT
Des lettres de madame la duchesse à son amant.
LE DUC, bondissant.
Son amant !
Amant anonyme, il est vrai... mais lettres infiniment claires et significatives, un véritable corps de délit pour un procès en adultère.
LE DUC, cachant sa tête dans ses mains.
Oh! mon Dieu I mon Dieu !... {Après un moment.) Combien voulez-vous de CCS lettres? ^
HAUBERT
Six cent mille francs !
LE DUC
Vous dites ?
HAUBERT
Je dis six cent mille francs ! Peut-être trouvez-vous que c’est un peu cher, mais je ne vous force pas ; c’est à prendre ou à laisser. {Il fait un mouvement pour s’éloigner.)
LE DUC, avec force.
Ab! misérable que vous êtes! lâche et menteur!... Mais vous n’avez donc pas compris que je lisais au fond de votre pensée, où se cache je ne sais quelle épouvantable spéculation... Vous n’avez donc pas compris que je ne vous croyais pas... que j’allais vous chasser honteusement de chez moi !... et que je vous chasse, en effet... {Maubert salue avec le plus grand calme, et fait quelques pas pour sortir.) Ecoutez! {Maubert se rapproche.) Dites-moi que vous avez menti; dites-moi que cette preuve n’existe pas... et je vous donne cent mille francs.
HAUBERT, froidement et appuyant sur ses mots.
Je n’ai pas menti; cette preuve existe ; et je l’ai sur moi, là, dans mon portefeuille...
Voulez- vous me la montrer?
HAUBERT
Je vous la montrerai, si vous me l’achetez.
LE DUC
Mais vous ne songez donc pas que je pourrais sonner me.s gens, leur donner l’ordre de vous fouiller, et vous enlever ainsi ces lettres ?
HAUBERT
Je vous en défie, monsieur le duc !
LE DUC
Et pourquoi cela ?
HAUBERT
Parce que, moi, je dirais à vos gens ce que contiennent ce> lettres, que vous voudriez me voler.
LE DUC, après un moment de silence.
.Monsieur, je vous aenète ces lettres !