ROME
Et l'Aigle parlait à la Louve.
<( Louve, disait-elle, je trouve
Qu'il est temps. J'espère. J'attends.
'C'est l'heure où le Destin se règle.
L'Avenir lève comme un seigle. »
Et la Louve disait à l'Aigle :
<( Aigle, je trouve qu'il est temps. »
L'Aigle qui parle avec colère,
C'est l'Aigle jaune, à l'œil solaire,
Qui médite de se venger
Depuis qu'elle a vu dans l'Histoire,
Pour mieux contrefaire sa gloire,
En une sorte d'Aigle Noire
Un corbeau hideux s'arranger.
ia8 LE VOL DE LA MARSEILLAISE.
La LouVe est celle qui, farouche.
Verse à la tâtonnante bouche Des deux Jumeaux son lait frugal :
Sur eux elle arque un dur squelette, Et, pendant qu'elle les allaite, Peut voir la figue violette Tomber du Figuier Ruminai.
Depuis longtemps la Louve gronde.
Et songeant à ces tours du monde Qu'au-dessus de leurs rangs épais Les Cohortes lui faisaient faire, L'Aigle murmure : a Je préfère La hampe de l'Aquilifère Au perchoir d'une indigne paix! »
La Louve aux oreilles pensives Dit, en découvrant ses gencives :
(( Rome, tu dors! Permettra -ton Que tu sommeilles davantage.^ »
— (( Il est encore une Carthage I »
Dit l'Aigle, qui dut en partage Recevoir l'âme de Caton.