VON KLLGK SE BAIGNE
« Je roule dans des brumes bleues...
Mon cerveau, dès lors, est brouillé...
J'ai roulé pendant tant de lieues.
Et l'Empereur a tant crié!
« Où suis-je.-^ Je ne peux comprendre.
Quel est ce parc rempli d'oiseaux.-^ C'est Paris que je devais prendre, Et maintenant je prends les eaux!
« Retour des choses! Fond des coupes!
Il disait vrai, le roi thébain!
Hier je commandais mes troupes, Aujourd'hui je commande un bain! »
Ainsi gémit, qui se décharné Et qui prend l'œil fixe des fous, Ce chef auquel, après la Marne, La Science a dit : « Baignez-vous! »
Et nos poilus à gueule noire
Se sentent, pendant leurs combats.
Consolés par cette baignoire
De toutes celles qu'ils n'ont pas!
i38 LE VOL DE LA MARSEILLAISE.
Songez, vous dont l'espoir se lasse, A ce que souflFre ce baigneur!
En vain le portier du Palace L'appelle : « Gracieux Seigneur... »
Triste, il va. Son pas lourd chancelle. Et quand la femme en tablier Demande : « Quelle source? — Celle, Répond-il, qui fait oublier 1 »
Il rôde, essuyant son front moite.
On l'entend, dans le parc fleuri, S'écrier : a Comment, sur ma droite, l\'ai-je pas prévu Maunoury? »
Le médecin dit : « Je conseille Le calme. Il faut que vous dormiez. »
Mais, dès qu'il dort, il se réveille Et dit : « J'étais à Coulommiers.
VON KLÛCK SE BAIGNE. iSy
<( Quelle manœuvre ai-je donc faite?
J'ai fui, je commence à le voir!
Mais c'est à se casser la têtel J'avais Paris. J'allais l'avoir.
« Mais c'est à briser la fayence Quand on sGfhge : J'étais tout près De Paris, et c'est de Mayence Que je suis près, huit mois après! »
O vous que parfois décourage Cette guerre par sa longueur.
Pensez à sa rage! — à leur rage!
— A la rage de l'Empereur!
Ce Xerxès vêtu de fumée Garde encor d'orgueilleux semblants Quand il est devant ses armées; Mais ses cheveux deviennent blancs;
Déjà la crainte le transperce;
Il revoit son père au linceul :
<( Hélas! » fait-il comme le Perse.
<( Hélas! » fait-il, dès qu'il est seul..
l4o LE VOL DE LA MARSEILLAISE.
(( Hélas 1 hélas! tous mes beaux hommes! Les plus beaux hommes de chez nous! »
— Sire, ils dorment de fameux sommes
Dans la forêt de Champenoux!
« Hélas! et mes porte-fascines !
Mes grenadiers d'un si bel air! »
— Sire, ils sont entre les racines Des sapins de l'Hartmanswiller!
« Hélas! et ma Garde! » — Ta Garde Est dans les marais de Saint-Gond!
« Tous ces beaux jeunes gens! » — Regarde Ce qu'il y a dans ce wagon :
Liés, quatre par quatre, en gerbes !
« Hélas! et mes souffleurs de gaz! »
— Ils sont accrochés dans des herbes Et dans des écluses! — « Hélas!
VON KLLCK SE BAIGNE. l'xi
« Et mes canons, mes lance-boinbes Que j'ai perdus tous ces jours-ci! »
— Ils sont rangés devant les tombes Des morts français de Garency!
« Hélas! et mes drapeaux splendides Que l'on m'enleva, qu'en fait-on? »
— Le Tapissier des Invalides Les présente à Napoléon!
« Hélas! mon Ruprecht de Bavière,
Mon TulfF von Tschepe und Weidenbach? »
— Ils ont repassé la rivière Avec ton fils au noir colback!
« Et mon von Kliick qui m'a fait dire Que Paris serait foudroyé? »
— Votre von Kliick est au bain, Sire, Où nos soldats l'ont envoyé!