‹ Le vol de la MarseillaiseChapitre 33 sur 77 · LE VIEIL HIDALGO · texte numérisé non relu

LE VIEIL HIDALGO

Il meurt, semblable à ses Images, Long et sec, près d'un cierge ardent.

Il est sur son lit à ramages.

Il a son bonnet tolédan.

Le Barbier dort. La Gouvernante S'endort, après avoir pleuré.

On entend hennir Rossinante.

Sancho veille avec le Curé.

Le Curé demande : « Et la Nièce? »

Sancho répond : a Nous avons dû L'emmener dans une autre pièce. »

Puis tous deux songent, l'œil perdu.

LE VIEIL HIDALGO. i-iS

Ils sont tristes, mais, quoique tristes. Sentent la Paix venir sur eux Qu'assure aux sages égoïstes Le départ d'un fou généreux.

Ils sont l'Espagne molle et grasse.

C'est l'Espagne maigre au beau front Qui meurt. Ils causent à voix basse.

Ils savent qu'ils hériteront.

Et soudain, le grand don Quichotte Rouvre l'œil, se voit alité.

Et, sortant de son lit, chuchote :

« Je sors de la neutralité. »

— « Recouchez- vous ! — Non! la Romance Dit : Mes repos sont les combats,

— Bonté du Ciel! tout recommence! »

Gémit le Chapelain tout bas.

(( Chevalier errant.., — Nous y sommes! » Gémit l'Ecuyer. — (( ... je me rends Au pays de Flandre, où les hommes Sont tous des chevaliers errants!

« Je suis Celui, par excellence, Qui croit aux chiffons de papier; Et je pars, le bout de ma lance Posé suu le bout de mon pied !

« Qu'on mette à mon cheval sa housse!

— Chut! » fait le couple, qui pâlit.

Et l'Espagne grasse repousse L'Espagne maigre vers son lit.

(( Recouchez-vous! plus de chimère!

— Moi, dormir? quand sur le chemin Il est des enfants que leur mère

Ne peut plus prendre par la main.'^

(( Dormir!... Vous avez lu la liste Des atrocités, cependant... »

Le Curé dit : <( Je suis Carliste. »

Et Sancho dit : « Je suis prudent. »

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« — Ils ont, plus écumants de haine

Que Ginjs le bohémien,

Violé des femmes... — Pas la mienne!

— Détruit des clochers... — Pas le mien!

u — • Ils brûlent tout quand ils sont ivres, Moulins, bibliothèques... — Oh! »

Répond le Curé, « quant aux livres!...

— Et quant aux moulins!... » dit Sancho.

« — Seigneur Curé, Dieu crie à l'aide. Je suis un chevalier chrétien.

Et j'ai rencontré Déroulède Du côté de Saint-Sébastien!

« — Recouchez vous ! — Non, je me lève! Et puisqu'un .sordide Enchanteur Veut remplacer l'emploi du Glaive Par l'emploi de la Puanteur,

(( C'est ici le combat suprême Où je me dois de me ruer!

— Bah ! pour défendre qui? — Moi-même, Car c'est moi que l'on veut tuer!

i4'' LE VOL DE LA MARSEILLAISE.

(( Car je suis mort si je supporte Qu'on fasse — ô Ciel, tu l'as souffert! D'une évanouie une morte, Sans recevoir mon gant de fer! »

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Il bondit. Mais on le rattrape.

On le remet au lit, criant :

« Je veux aller parler au Pape!

Je veux... )) Et soudain, suppliant :

« Bon Sancho, partons en campagne !

Allons au moins jusqu'en Artois Crier : Saint Jacque et ferme Espagne ' Contre ces païens discourtois 1

(( Sur ma triste face ridée

Goule un grand pleur joyeux et pur,^

Puisque pouf défendre l'Idée

Tout un peuple. est casqué d'azur!

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